« J’aime les films qui portent la caméra dans la plaie »

Porté sur les questions altermondialistes, Vincent Glenn a réalisé plusieurs documentaires, notamment Davos, Porto Alegre et autres batailles et Pas assez de volume, notes sur l’OMC. Son engagement l’a même poussé à co-créer en 2006 la coopérative DHR (Direction humaine des ressources) pour produire et diffuser le travail d’autres cinéastes. En plus de son rôle de juré du Grand Prix, il présentera cet après-midi à 16 h aux Arcades La Dette de Sophie Mitrani et Nicolas Ubelmann, produit par la coopérative.

Vincent Glenn : « Je suis assez attentif aux enjeux sociaux et écolos » (J.M.)

Vincent Glenn : « Je suis assez attentif aux enjeux sociaux et écolos » (J.M.)

En tant que documentariste, à quels éléments prêterez-vous attention dans les films de la sélection ?

Sans doute que les RCC m’ont proposé ce rôle de juré parce qu’elles aiment l’idée d’avoir une diversité de regards. En même temps, j’ai fait l’école nationale Louis-Lumière où on voyait beaucoup de fictions, et actuellement je travaille sur une fiction.

En tant que documentariste, je suis assez attentif aux enjeux sociaux, écolo, qui sont compatibles avec la fiction. La vraie différence entre fiction et documentaire, c’est que dans le deuxième, on ne paie pas les acteurs. [rire]

Regrettez-vous qu’il n’y ait pas de documentaires dans la sélection ?

Non, il peut y avoir des fictions très politiques et des documentaires qui le sont peu. J’aime les films qui portent la caméra dans la plaie, qui viennent titiller nos consciences, nous interroger sur le monde social dans lequel on vit. Je regrette plutôt une uniformisation liée au mode de financement à la télévision et au cinéma.

Dans vos longs-métrages, il y a une remise en cause du libéralisme. Y a-t-il des difficultés à faire ce genre de films ?

On pourrait en parler deux heures [rire] ! Quand Pas assez de volume est sorti, c’était en même temps que la naissance d’une coopérative de diffusion qui regroupait une cinquantaine de petits producteurs de films, musiques, etc. J’ai donc bénéficié de cette dynamique. On était également dans un contexte d’émergence des idées altermondialistes.

A la télévision, si le film ou votre gueule ne plaisent pas aux distributeurs, vous êtes éliminé tout de suite. Au cinéma, c’est différent : il y a des milliers de salles indépendantes en France, et donc une place pour ce genre de film ; à condition de titiller la curiosité du spectateur lambda. Ça, c’est le boulot du distributeur, grâce à des réseaux, des associations-relais. Quand on sort des films en salle avec notre coopérative DHR, on constate qu’ils continuent à passer après un an, deux ans, voire trois parce qu’il y a une demande d’information qualitative, « bio », vérifiée, travaillée dans la durée.

Votre prochain projet ?

Ça fait déjà cinq ans que je suis dessus, c’est une fiction sur un cinéaste altermondialiste, looser, qui ne va pas bien, qui boit, qui se fait plaquer par sa femme, et qui, suite à une série de déclics et de paires de claques, a une idée qui va lui faire gagner beaucoup d’argent. Le film raconte ce qui se passe dans la tête du personnage et son environnement. J’aimerais le finir cet été et le distribuer à l’automne, mais pour l’instant, il n’est que très partiellement financé.

Recueilli par Romane Idres et Jérôme Morin