« Ce qui importe, c’est que le film soit vu »

L’acteur et réalisateur Mathieu Kassovitz s’est exprimé lors d’une rencontre avec la presse aux RCC. Il parle avec prudence mais sans retenue. Après avoir suscité de nombreuses polémiques, il mesure chaque mot qu’il prononce, jusqu’à couper ses phrases. Cela ne l’empêche pas de dire ce qu’il pense. Hier matin, il animait une masterclass pour les élèves de BTS et autres curieux. Aujourd’hui, trois de ses films sont projetés (1). Nous lui avons posé quelques questions.

Qu’est-ce qui vous a incité à venir aux Rencontres, alors que vous vous faites plutôt rare en France et dans les festivals ?

Les organisateurs ont bien insisté [rire]. J’avais deux jours libres, j’ai entendu Cannes, alors je suis là. Je ne connaissais pas du tout, mais on m’a proposé de faire la masterclass, et ça m’attire beaucoup plus que les festivals. En général, j’aime beaucoup dire aux autres quoi faire. [sourire espiègle]

Avez-vous vous-même eu l’occasion d’assister à des masterclass ?

Oui, j’ai vu Scorsese, Spielberg. C’est toujours fascinant de découvrir la vision du cinéma de ces gens-là, de savoir comment ils procèdent, ce qui les amène au résultat. Picasso pouvait faire un dessin magnifique en cinq secondes, mais derrière, c’est trente ans de travail.

Vous avez beaucoup critiqué le cinéma français dernièrement, pourquoi ?

Il ne me met pas au défi. Globalement les films français ce sont des téléfilms de base. C’est sympa, on met son cerveau à zéro. Il ne m’a jamais inspiré, je suis beaucoup plus cinéma américain, Scorsese, Coppola…

Le cinéma a beaucoup de pouvoir, mais ces dernières années, il est devenu un produit. Il n’est plus français comme il l’était avant, on a liquéfié notre exceptionnalité. Il y a un manque d’identité. En fait, il y a une perte d’identité dans le monde lui-même.

Vous aimeriez refaire un film politique sur des faits réels comme l’Ordre et la morale ?

Oui bien sûr ! Je veux faire un film sur le 11-Septembre. Parce qu’on ne nous dit pas tout. C’est même pire : ce qu’on nous dit n’est pas vrai. Mais ça ne se fera pas comme ça, il va me falloir beaucoup de temps.

Faire du cinéma politique c’est primordial. De nos jours, les journalistes n’ont pas les moyens de faire leur travail, et nous, on peut éveiller les gens avec des films quand on en a les moyens. Cogan par exemple, avec Brad Pitt, ça a été une vraie claque dans la gueule. Comme pour la Haine, ça a marqué les gens, ça a déclenché quelque chose en eux. Ce sont des films qui restent. L’Ordre et la morale restera aussi. Il faut savoir être percutant et innovant.

Un nouveau genre apparaît comme un concurrent au cinéma, les séries…

J’avais un projet aux États-Unis, ça n’a pas abouti. Mais c’est très intéressant, on prolonge dans la durée un univers, des personnages. J’y réfléchit. Ça va s’ouvrir en France je pense. Pour le moment c’est pas terrible, surtout si on compare à des Breaking bad ou les Sopranos

Le web peut-être ?

Ah oui ! Quand on voit la série de David Fincher, sur Netflix [House of Cards], le web, c’est effectivement une bonne idée pour sortir des contraintes des chaînes de télé.

J’attends de voir le jour où la télévision et le cinéma seront complètement séparés. Le plus important pour faire un film, c’est l’achat télé, et les télés s’en foutent que le film marche au cinéma. Ils posent des conditions nombreuses et contraignantes. Ils pensent à la diffusion, aux pubs. Alors qu’au fond, je m’en fous de faire de l’argent. Tout ce que je veux c’est que le film soit vu.

Recueilli par Lucie Hovhannessian

et Victor Vasseur

(1) Un héros très discret sera projeté aux Arcades à 14 heures. Il sera suivie de Amen à 16h. L’Ordre et la morale sera lui diffusé au Studio 13 à 16h.

Publicités