« Il y a trop de films à sortir »

Elle nous reçoit sur le balcon de sa chambre d’hôtel et enchaîne les cigarettes. Brigitte Roüan avoue être «triste en ce moment». L’Europe, la Grèce, l’état du cinéma, l’écriture de son scénario en pause… Elle nous raconte ce qui lui tient à cœur.

Brigitte Roüan : « Je suis en stand-by dans l'écriture de mon prochain scénario. Pour le moment le titre, c'est George Sand divorce, cochonne de Berrichonne. »

Brigitte Roüan : « Je suis en stand-by dans l’écriture de mon prochain scénario. Pour le moment le titre, c’est George Sand divorce, cochonne de Berrichonne. » (A.S.)

Qu’est-ce qui vous a fait venir aux RCC ?

Je suis en stand-by dans l’écriture de mon prochain scénario, alors je me suis dit : pourquoi pas ? Pour le moment le titre, c’est George Sand divorce, cochonne de Berrichonne. A ses 30 ans, c’était la star du moment, elle couchait avec tout le monde ! Des hommes, des femmes, même son avocat !

Comment cela se passe- t-il en tant que jurée ?

C’est très étrange, on se voit très peu avec les autres membres. C’est plus sympa quand on peut échanger et qu’on se voit plus souvent. J’ai déjà un coup de cœur, mais je ne peux rien dire de plus. La programmation est très bonne !

Vous avez présenté Tu honoreras ta mère et ta mère, qui se déroule en Grèce, et Stop à la Grèce en slip. Quelles sont vos relations avec ce pays ?

Quand j’avais 20 ans, j’ai navigué à la voile, j’ai été à Epidaure, un théâtre antique impressionnant. L’acoustique y est parfaite. J’ai aussi été à la première manifestation libre qui a suivie la chute des Colonels. C’était très émouvant, tout le monde dansait, chantait. C’était la joie du retour de la démocratie. Ensuite, j’y suis allé avec mon fils qui voulait arrêter le grec à l’école. Et enfin, c’est à cause d’Œdipe que j’y suis retournée et que j’y ai tourné mon film.

Pourquoi avoir interrogé les gens qui ont travaillé sur le film pour votre documentaire, Stop à la Grèce en slip ?

N’étant ni économiste ni politologue je ne me sentais pas légitime pour faire un film sur la crise avec un angle politique. Ils ont accepté de répondre à mes questions. J’ai eu accès à un homme d’affaire très important grâce à Lakis Lazopoulos, qui joue le maire dans mon film, et qui est une grande star là-bas. Les Grecs travaillent très bien. Ils prennent ce qui se présente, même si c’est à un niveau inférieur de leur qualification. Une costumière se retrouve habilleuse par exemple. Un des assistants est maçon maintenant. C’est une vraie grosse crise !

Comment voyez-vous l’avenir de l’Europe ?

On est dans une société pas très poilante. J’ai été faire un peu de shopping de Noël, il n’y a pas foule dans les magasins, il y en a plein de fermé, même les restaurants sont à moitié vide. Et puis la France n’est pas aussi influente qu’on aimerait nous le faire croire. Il n’y a qu’à voir la cérémonie d’hommage à Nelson Mandela. Obama fait un grand discours alors que Sarkozy et Hollande font de la figuration. Je voudrais une Europe juste pour tout le monde, et pas une Europe des banques.

Vous touchez à tout, scénariste, actrice, réalisatrice…

Productrice aussi ! J’y suis arrivée par nécessité. Mais je ne le fais que pour mes films, je suis incapable de faire ça pour les autres. Je m’étais mise à chercher de l’argent pour faire Post coïtum, animal triste. Finalement, j’ai trouvé tout le financement. J’avais un coproducteur parce que je ne sais pas gérer les budgets. J’ai joué dans un film que j’ai réalisé : je ne le ferai plus, c’est trop fatigant. Un journée de tournage, c’est seize heures, avec la préparation, le tournage en lui-même et la post-production.

Vous êtes-vous préparée pour la masterclass ?

Non, pas vraiment. Je pense que j’en sais suffisamment sur le cinéma. Il faut prévenir le public de ce qui l’attend. Aujourd’hui, les films sortent mal, ou ils ne sortent pas,et il y en a trop. On sait que si un film sort dans moins de cent salles, c’est un film mort, il n’y a même pas besoin d’en faire la promo. En plus, on confond la promotion et la critique. Il vaut mieux passer au 20-heures qu’avoir quatre bonnes critiques dans la presse. Mais les places sont chères. Une bonne promotion ça se paie. Un film en première page d’Allociné, ce n’est pas le meilleur, c’est celui qui a le plus gros budget.

Recueilli par Lucie Hobhannessian et Alexia Samuel