La marche : entre cri d’espoir et traité sur la tolérance

Sorti en salle le 27 novembre, La Marche, de Nabil Ben Yadir, est un film librement inspiré de la marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983. Il n’a pas été salué unanimement par la critique. Retour sur un film qui fait directement écho à la crise sociale actuelle.

La marche, c’est quoi ?

La marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983 a connu un succès inattendu. (Crédit photo : AFP)

La marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983 a connu un succès inattendu. (Crédit photo : AFP)

 « La marche des Beurs », comme l’ont appelée les médias, fête ses 30 ans. En 1983, des Lyonnais de la cité des Minguettes se lancent dans cette entreprise audacieuse. Dans une époque marquée par les crimes racistes et les bavures policières, ils décident de marcher de Marseille à Paris pour l’égalité et contre le racisme. Ils partent à 32 et arrivent à 100 000, soutenus par tous les bords politiques, à l’exception de l’extrême droite. Un succès inespéré. L’événement a fait partie des temps forts des années 1980 et a fait frissonner d’espoir la génération des parents et des grands-parents des jeunes d’aujourd’hui. Après cette marche, les immigrés obtiennent une carte de séjour valable dix ans, alors que jusque-là, ils disposaient d’une carte de séjour et d’une carte de travail, les deux à renouveler tous les trois ans. SOS Racisme est créé, le célèbre slogan « Touche pas à mon pote » est apparu. Les marcheurs n’ont néanmoins pas adhéré à l’association et déploraient la récupération politique d’un mouvement sincère, apolitique et humain.

La Marche : retour en 1983

Affiche du film sorti en salle le 27 novembre.

Affiche du film sorti en salle le 27 novembre.

Certains reprochent au film de ne pas coller à la réalité. Mais il est précisé que celui-ci est « librement inspiré » de la Marche de 1983 et ne prétend pas être un film historique.  Nabil ben Yadir nous offre un portrait plutôt réaliste de la société du début des années 1980. Les personnages, leur look, leur façon de parler, mais aussi les relations entre immigrés, enfants d’immigrés et Français, entre les jeunes et les moins jeunes : c’est un véritable retour en 1983 pendant un peu plus d’1h30.

Le jeu des acteurs est d’une justesse et d’un réalisme frappants. Chaque personnage est complexe et singulier, loin de toute caricature. Pari largement réussi pour Tewfik Jallab, interprète du personnage principal, Mohamed. L’acteur s’était déjà illustré comme premier rôle dans Né quelque part, sorti il y a quelques mois. Il y jouait là aussi un fils d’immigré : espérons qu’il ne s’enferme pas dans ce rôle. Une belle découverte aussi : le personnage de Farid, le plus jeune des marcheurs, incarné par M’barek Belkouk. Son jeu n’est pas seulement juste, il est aussi très touchant, et rend le personnage attachant. Seul bémol : Jamel Debbouze, qui d’Angela à Indigènes nous avait habitués à mieux. Dans La Marche, il est passé à côté de son personnage Hassan, un toxicomane détesté des marcheurs qui prend part à La Marche. Trop dans la surenchère, on ne voit pas Hassan, on voit Jamel Debbouze.

La bande annonce officielle du film La marche:

Un film qui tombe à pic

Probablement calculé, c’était le bon moment pour sortir ce film. Avec la montée de l’extrême droite, la xénophobie qui se décomplexe et la crise sociale qui n’en finit pas, ce film fait contrepoids et redonne de l’espoir. La Marche, c’est un appel à la tolérance, au vivre-ensemble, à la solidarité. En trame de fond, l’amour. Un amour inconditionnel pour la France, l’amour pour ses amis, l’amour de et dans la diversité, et l’amour que les jeunes apprennent à découvrir et à dompter.  En somme, un film émouvant, et surtout, une piqûre de rappel à propos des dangers du racisme.

Romane Idres

A lire également, l’interview d’une « marcheuse » originelle…

La Marche, 30 ans après : une marcheuse se confie

Marie Laure Mahe, une des ''marcheuses'' originelles, a écrit le livre « La Marche ». (Crédit photo : Laurent Burlet/Rue89Lyon)

Marie Laure Mahe, une des  »marcheuses » originelles, a écrit le livre « La Marche ». (Crédit photo : Laurent Burlet/Rue89Lyon)

« La Marche pour l’égalité et contre le racisme » fête cette année son 30ème anniversaire. Initié par SOS Minguettes, cette marche à travers toute la France avait pour but de dénoncer les conditions de vie des classes populaires et immigrées et l’enchaînement des meurtres à caractères racistes qui avaient lieu dans les années 80. 100 000 personnes composées La Marche lors de son arrivée à Paris le 3 Décembre 1983 mais au départ de Marseille il n’était que 17. Buzzles a interviewé l’une d’entre elles.

30 ans après, la Marche continue d’être présente dans les esprits. A l’occasion du 30ème anniversaire de la Marche et de la sortie du film éponyme, Marie Laure Mahe, marcheuse originelle qui a écrit le livre « La Marche », est revenue sur le parcours qui l’a mené à rejoindre le mouvement.

En salle depuis le 27 novembre, La Marche de Nabil Ben Yadir est librement inspiré de la marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983. Il n’a pas été salué unanimement par la critique qui lui reproche ses libertés scénaristiques. Marie Laure Mahe retient quant à elle l’esprit de la « Marche » qu’elle a retrouvé dans le film malgré les libertés prises par le réalisateur.

Alors que les derniers mois ont été marqués par de nombreux propos racistes, Marie Laure Mahe s’exprime sur ce que certains médias ont qualifié de libération de la parole raciste.

Lhadi Messaouden