FIPA : Les étudiants allemands ouvrent la Jeune Création

Créée depuis dix ans, la section Jeune Création, non compétitive, permet chaque année de mettre en lumière les premiers essais d’étudiants en audiovisuel. Les premiers à projeter leurs réalisations étaient de jeunes diplômés de l’école allemande d’arts et médias. Trois des quatre réalisateurs étaient présents pour l’occasion.

L’École Supérieure des Arts et Médias de Cologne était la première en lice (parmi lesquelles l’INSAS de Bruxelles, la Wadja School de Varsovie, la Stanford Univeristy de Californie et les Pépinières Européennes) à présenter son travail ce mercredi 22 janvier au FIPA de Biarritz. Un peu anxieux face au regard de la centaine de spectateurs présents, les trois réalisateurs présents pour l’échange s’adossent à l’estrade. Ils sont pressés de montrer le panel de ce qui peut se faire dans leur établissement. L’école de Cologne est la seule école allemande à proposer un cursus original mêlant art et audiovisuel. Les quatre courts-métrages durent de 10 à 40 minutes. Ils traitent d’art, de pouvoir, de tendresse naissante, de rencontres improbables, de libre arbitre…

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Inspirations intimes

Certains des scénarios se sont construits autour d’idées, d’autres autour de réflexions philosophiques ou même du vécu des artistes. C’est le cas de Stephan Ganoff. Dans son film Die Kakerlake, il s’inspire directement de ses souvenirs d’enfance. Bulgare d’origine, il retrace des « fragments de mémoire de sa vie ». L’odeur des cuisines de sa mère, ses mains, la dualité avec ses amants, la violence des autres enfants, les cigarettes avec les pseudo-copains… Sur les sept semaines de tournage en Bulgarie, l’artiste a tenu à faire un film familial. Sa mère est productrice, son oncle est taxi et son neveu joue le rôle de sa vie. Sa volonté d’être réaliste l’a poussé à dédaigner la cinquantaine de candidats auditionnés au profit d’enfants du village de son grand-père. « Parce que non inondés d’images toute la journée ils étaient beaucoup plus frais devant la caméra, et ça a marché ».

Affirmation de l’artiste

Tama Tobias-Macht s’est, elle, confrontée aux nécessités de s’affirmer, bien qu’étant une jeune artiste.  Son film documentaire 2 000m2 mit Garten fait état d’une somptueuse villa habitée par deux femmes férues d’art. « Nous nous sommes rencontrées régulièrement pendant huit mois avant de tourner ». Malgré un important travail avec ses figurantes, la jeune femme d’origine israélienne est régulièrement rentrée en confrontation. « Ce sont des artistes, et elles me donnaient parfois des directives. Il fallait que je leur fasse comprendre que c’était moi, en tant que réalisatrice, qui dirigeait ». Pour que son film puisse être diffusé, il fallait à Tama Tobias-Macht l’accord des deux femmes après visualisation. Peut-être un peu angoissée par le regard que pouvaient porter ces artistes sur son travail d’artiste, la réalisatrice a mis plus de cinq mois à monter les 40 minutes diffusées sur les 100 enregistrées. Mais c’est avant tout le besoin de mettre en relief l’abstraction qui lui a donné du fil à retordre. Dans son film, les lieux vivent davantage que les humains. « L’art vit, la vie devient l’art« .

Abstractions

Le court-métrage Moirai joue avec notre propre sens de l’abstraction. Ce film d’animation, réalisé par Kerstin Unger et Jasper Diekamp, traite du fil de la vie que tissent les Moires grecques. Ils y interrogent la notion de destin, de libre arbitre, de pulsions… Les robots sont soumis aux excès d’animalité des humains sur fond de désert. Ces rapports de force et de haine cherchent à nous embarquer dans une promenade psychologique sur des questions fondamentales. Moirai donne à réfléchir sans chercher à convaincre. « Nous n’avons pas voulu apporter de réponses, car nous n’en avons pas nous même... » explique Kerstin Unger.

Vendredi se clôturait la section avec les réalisations des Pépinières Européennes. Présente dans plus de 32 pays, l’organisme a cette année voulu montrer dix films venus d’Italie, de Grèce, d’Espagne, d’Angleterre et de France.

 Léa Reguillot

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