Egypte : 54 morts en 24 heures pour l’anniversaire de la révolution

Alors qu’un nouvel attentat contre la police fait encore trembler Le Caire, la commémoration de la révolution de 2011 a donné lieu à une vague de violences et d’affrontements samedi 25 janvier. Le gouvernement égyptien fait état d’au moins 49 morts, dont 26 au Caire et dans sa proche banlieue, tandis que 168 personnes ont été blessées et plus de 1 000 personnes arrêtées. Le Front de défense des manifestants a, quant à lui, dénombré 54 morts, noms à l’appui.

Des manifestants opposés

Les partisans du président déchu Mohammed Morsi avaient appelé à 18 jours de manifestations pacifiques à partir de samedi. Les cortèges comptaient aussi des « Jeunes de la Révolution » de 2011, anti-gouvernement. Un appel avait été également lancé par un mouvement libéral et laïc rassemblant des anciens militants de la révolte anti-Moubarak, à manifester contre l’armée au pouvoir qui, selon eux, renoue avec les méthodes de l’époque Moubarak.

Le régime a appelé les Egyptiens à se rassembler Place Tahrir pour montrer leur soutien aux autorités dans ce qu’ils appellent la « guerre contre le terrorisme », et pour fêter les trois ans de la révolution.

La foule est en liesse Place Tahrir ce jour-là. Des dizaines de milliers de personnes ont répondu présent à l’appel du gouvernement. L’armée a bouclé le périmètre et ne laisse rentrer que les admirateurs du général Al-Sissi. Les hélicoptères de l’armée sillonnent le ciel en larguant des drapeaux égyptiens et des portraits du général, nouvel homme fort de l’Egypte qui a déclenché le coup d’Etat ayant destitué le président islamiste Morsi en juillet 2013. Ce dernier jouit d’un très fort soutien populaire, considéré par un grand nombre de personnes comme la solution aux trois dernières années de chaos. Les Egyptiens reprennent en chœur des chants militaires, donnant lieu à des scènes d’hystérie collective agrémentées de lynchages publics sous l’œil bienveillant des forces de police.

Des Egyptiens rassemblés Place Tahrir pour afficher leur soutien à l’armée, le samedi 25 janvier. (Crédit photo : Mohamed Abd El Ghany / Reuters / X02738)

Des Egyptiens rassemblés Place Tahrir pour afficher leur soutien à l’armée, le samedi 25 janvier. (Crédit photo : Mohamed Abd El Ghany / Reuters / X02738)

54 morts

Mais les vrais révolutionnaires se situent en dehors de la célèbre place. Les premières violences ont eu lieu en début d’après-midi dans le quartier de Mohandessine, partie Ouest du Caire. Un millier de manifestants, pour la plupart révolutionnaires, certains Frères Musulmans se sont rassemblés devant la mosquée Mostafa Mahmoud, point de départ emblématique des révolutions de 2011. Ils n’y seront restés que dix minutes et n’auront chanté que quelques slogans. Des tirs de grenades lacrymogènes d’une violence exceptionnelle les ont forcés à se retirer, tandis que des riverains leur jetaient des pierres.

Plus tard, aux abords de la Place Tahrir, un cortège d’une centaine de manifestants pacifiques ont subi des tirs de fusils à pompe à balles réelles et de grenades lacrymogènes. Sayyed Wiza, militant du parti 6 Avril à l’origine des mouvements révolutionnaires de 2011, y a été abattu. Les forces de l’ordre ont poursuivi les manifestants dans les rues adjacentes, encouragées par les commerçants des alentours.

Incitations à la haine et honorables citoyens

Depuis le renversement du Frère Musulman Mohammed Morsi par l’armée en juillet 2013, le ministère de l’Intérieur s’est tranquillement assuré une nouvelle contenance, épaulé par l’armée. Toute forme d’opposition est systématiquement réprimée par la police, à coups de gaz lacrymogènes et de matraques, dans le meilleur des cas. Une violence aveugle soutenue par une grande partie de la population, nourrie aux discours de haine et de xénophobie diffusés par la quasi-totalité des médias. Un concept d’ « honorable citoyen » s’est ancré dans les esprits. Comprenez la délation systématique aux forces de l’ordre des personnes soupçonnées d’être révolutionnaires, Frère Musulman, ou encore journalistes. Le pouvoir militaire est très fortement soutenu par le peuple. Une conversation jugée contestataire par une oreille indiscrète et vous voilà remis aux mains de la police.

Faisant campagne pour le « oui » au référendum sur la nouvelle Constitution donnant plus de pouvoirs aux militaires, le général Al-Sissi avait déclaré qu’il se présenterait aux élections présidentielles dans moins de trois mois, « si le peuple le réclame ». Lundi 27 janvier, le Conseil suprême des Forces Armées l’y a autorisé. A grands coups de propagande, le général vise déjà la présidence. Comme un air de Moubarak, vous dites ?

Mathias Hubert

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