Tatouage : le respect du client passe par l’hygiène

Pour Fred, tatoueur cannois, l’hygiène est une priorité dans l’exercice de sa profession. Il affirme qu’à ce jour, aucun de ses clients n’a déclaré d’infection ou de maladie suite à un tatouage. Pour lui, il y a une conduite à tenir. Il nous l’expose.

 Une musique très rock’n’roll, une panoplie de guitares électriques et de dessins en tous genres. Bienvenue au Body Lounge ! C’est ici que nous accueille son propriétaire, ex-graphiste reconverti en tatoueur dans les années 90. Malgré son air très décontracté et son humour décalé, l’artiste fait preuve de beaucoup de sérieux lorsqu’il s’agit d’hygiène. Il y consacre d’ailleurs une page entière sur son site internet.

Le tatouage implique une certaine  vigilance (Crédit photo : Fred la rocka)

Le tatouage implique une certaine
vigilance (Crédit photo : Fred la rocka)

L’usage des différentes aiguilles

On distingue deux types d’aiguilles, toutes deux à usage unique. Les tatoueurs soudent et stérilisent eux-mêmes les premières. Cependant, leur usage est de moins en moins fréquent et concerne quelques tatouages spéciaux. Malgré le risque d’infection ou de maladie, « certains s’en servent encore et font dix ou quinze tatouages », déplore Fred. Pour remédier à cela, de nouvelles aiguilles déjà stérilisées ont fait leur apparition il y a une dizaine d’années. Après utilisation, toute aiguille est mise dans une poubelle réservée aux déchets infectieux avec ceux des hôpitaux.

« Le tatouage, c’est devenu un business »

Aujourd’hui, le matériel nécessaire au tatouage est disponible sur Internet. Comme pour tout produit, il existe une large gamme de prix, dont dépend la qualité : « les trois-quarts des sites vendent des trucs vraiment pourris. Par exemple en Chine, c’est déplorable, mais ça ne coûte rien. C’est devenu un business ». Seule l’expérience permet le discernement. Fred, pour sa part, préfère acheter un matériel qu’il juge de meilleure qualité, aux Etats-Unis et en Angleterre. Il va jusqu’à tester ses pigments et ses aiguilles sur lui au préalable : « je suis un peu vieille école », glisse-t-il dans un sourire.

Etre à la fois un artiste rebelle et un tatoueur responsable, c’est possible ! (Crédit photo : The Body Lounge)

Etre à la fois un artiste rebelle et un tatoueur responsable, c’est possible !
(Crédit photo : The Body Lounge)

« Je suis très casse-couilles » 

Outre les règles d’hygiène lors du tatouage, il donne des consignes pour la suite des soins. Celles-ci diffèrent en fonction du tatouage. Fred rit lui-même de son caractère bien trempé : « je suis très casse-couilles, mais il y a des trucs à bien respecter ». En fonction de la taille du tatouage, il demande à ses clients de revenir, notamment pour s’assurer qu’il n’y ait ni problème ni retouche à faire. En effet, il ne fait pas signer de décharge à sa clientèle, contrairement à certains tatoueurs. Dans ce formulaire, le tatoueur prétend qu’il n’y aura pas de problème infectieux. De cette façon, si cela arrive malgré tout, il est déjà déresponsabilisé et donc protégé. Ainsi, le client n’a aucun recours.

Tandis qu’en Angleterre les professionnels doivent faire des bilans sanguins pour éviter tout risque d’infection, en France aucune loi n’encadre la profession. Seuls deux arrêtés concernent la salubrité. Le premier oblige tout apprenti à suivre durant trois jours la formation obligatoire à l’hygiène. Le second contraint le tatoueur au respect des règles sanitaires de base. Tout repose donc sur la confiance du client en la conscience professionnelle de l’artiste.

Pauline Brisset

Manon Bazerque