Solidarité avec les journalistes otages en Syrie

Jeudi 6 février, le site internet Francetv Info organisait une soirée de solidarité pour les quatre journalistes français enlevés en juin 2013 en Syrie. Le but ? Ne pas oublier Didier François (reporter à Europe 1) et son photographe Edouard Elias, ainsi que Nicolas Hénin (reporter pour Le Point et Arte) et le photographe indépendant Pierre Torres. Cet hommage était aussi l’occasion d’apporter des précisions sur le métier de reporter de guerre. 

L’ex-otage suédois Magnus Falkehed raconte son expérience (Crédit photo : Francetv info)

L’ex-otage suédois Magnus Falkehed raconte son expérience (Crédit photo : Francetv info)

Sur le plateau du 20h de France 2, beaucoup de journalistes se succèdent ce soir-là. Le comité de soutien des otages (dirigé par l’ex-otage Florence Aubenas et Serge July, cofondateur de Libération), l’organisation Reporters Sans Frontières, de nombreuses personnalités des chaînes de France Télévisions, des ex-otages et des responsables de presse sont présents. Un public restreint et uniquement constitué d’étudiants en journalisme participe également au débat. Plus largement, tous les internautes ont droit à la parole. Ils peuvent poser des questions sur le site Francetv info, ou réagir sur Twitter par l’intermédiaire des hashtags #otagesensyrie et #6fevrier 

« Parler de nous, c’est important »

La semaine dernière, la France a reçu une preuve de vie des quatre reporters. Si l’on ignore s’ils sont ensemble, on sait qu’ils sont détenus par le groupe ISIS (Islamic State of Iraq and Syria), une branche d’Al-Qaïda. Plusieurs ex-otages et reporters de guerre témoignent. Parmi eux, Hervé Ghesquière, libéré en juin 2011 après deux ans de captivité en Afghanistan (avec son reporter d’image Stéphane Taponier), affirme : « Parler de nous, c’est important ». Pierre-Yves Hénin a aussi répondu présent afin que son fils Nicolas Hénin ne soit pas oublié. Tous espèrent que les otages entendront parler de cet événement.

Ne les oublions pas : Pierre Torres (h.g.), Nicolas Hénin (h.d.), Didier François (b.g) et Edouard Elias (b.d) retenus en otage en Syrie (Crédit photo : 20 minutes)

Ne les oublions pas : Pierre Torres (h.g.), Nicolas Hénin (h.d.), Didier François (b.g) et Edouard Elias (b.d) retenus en otage en Syrie (Crédit photo : 20 minutes)

Faut-il continuer à envoyer des journalistes dans des territoires en guerre ?

Depuis le début du conflit en Syrie, 24 journalistes ont perdu la vie, selon Libération. A travers des retransmissions de vidéos de combats syriens, de reportages de guerre plus ou moins récents, Francetv Info pointe du doigt les risques considérables que prennent les reporters. Alors pourquoi continuer de les envoyer dans des zones dangereuses ?

Selon les journalistes présents sur le plateau, leurs confrères qui  partent en reportage sont tous « accomplis et volontaires » (Françoise Joly). Mais ils n’en restent pas moins des cibles privilégiées. Christophe Deloire se bat afin que les enlèvements des journalistes soient considérés comme des crimes de guerre (comme c’est déjà le cas pour les membres de l’ONU).

Sur le site de Francetv Info, un sondage incite les internautes à participer au débat : « faut-il que les journalistes continuent d’aller en Syrie ? ». A cette question, plus de 60% répondent non. Cette réponse provoque une vive réaction de la part des journalistes sur le plateau, comme Thierry Thuillier (directeur de l’information de France Télévisions) qui s’exclame : « On doit y aller, c’est pour ça qu’on exerce ce métier ». Florence Aubenas, quant à elle, explique : « nous, on meurt d’envie d’y partir pour les téléspectateurs ».

Comment protéger les journalistes ? 

Un stage est proposé à chacun d’eux. Ils apprennent à reconnaître certaines armes, quelques gestes de survie ou comment se protéger. Les téléspectateurs ont même droit à une démonstration des équipements que les reporters doivent porter (gilets pare-balle, casque…). On parle de matériels géo localisés (pour suivre leur trace) ou de kits de survie numérique (qui permettent de crypter les données afin qu’elles ne tombent pas entre de mauvaises mains). Pour certains, ce journalisme moderne est une réelle protection. Patrick de Saint-Exupéry, lui, appelle cela des « gadgets » et reste convaincu que « le meilleur moyen de se protéger, c’est le stylo-papier ». Selon lui, le plus grand ennemi du reporter est son équipement trop visible.

Les différents types de journalisme en reportage de guerre 

Il existe un autre type de journalisme, très récent. Les journaux reçoivent désormais des vidéos amateurs de citoyens sur place.

Vidéo faite par un « journaliste-citoyen » (Crédit photo : Francetv info)

Vidéo faite par un « journaliste-citoyen » (Crédit photo : Francetv info)

Mais face à l’émergence de ce nouveau concept, deux problèmes se posent. Est-ce du journalisme ? A cela, les journalistes répondent par l’affirmative, mais encore faut-il « décrypter les informations envoyées et connaître leur contexte ». Cette information est-elle crédible ? Entre la propagande djihadiste et celle du régime, il est parfois difficile de le savoir. Thierry Thuillier ajoute que, depuis la mort du reporter Gilles Jacquier en 2012, « nous ne franchissons plus la frontière autrement qu’avec un visa, donc avec une forme d’encadrement des autorités syriennes. Du côté des rebelles, nous ne sommes pas ».

Malgré les risques, Serge July conclut : « si on n’y va pas, c’est l’abandon d’un peuple, c’est non-assistance à personne en danger ; on les sacrifie ».

Voir aussi : La Syrie ou le pays de la guerre invisible #2

Manon Bazerque

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