« J’ai 20 ans, qu’est-ce qui m’attend ? »

Vendredi soir, le théâtre de la Licorne à Cannes-la-Bocca accueillait la compagnie des Piétons de la Place des Fêtes et leur pièce « J’ai 20 ans, qu’est-ce qui m’attend ? ». Une pièce adressée aux jeunes donc, mais pas seulement. Avec un langage osé et des textes qui reflètent la réalité, chacun se reconnaît, trouve sa place et s’interroge sur la société. Le rideau est levé.

La vidéo fait partie intégrante de la mise en scène de Cécile Backès. (Crédit photo : Thomas Faverjon)

La vidéo fait partie intégrante de la mise en scène de Cécile Backès. (Crédit photo : Thomas Faverjon)

Avant même que la pièce ne commence, les spectateurs font face à des jeunes. Plusieurs portraits sont projetés sur les trois murs qui plantent le décor. Trois murs et de nombreuses portes, comme autant d’occasions à saisir. Les six jeunes acteurs entrent dans la pièce, la vident des cartons qui l’encombrent et parlent. Leurs discours, sur la jeunesse, s’entrecoupent finalement, transmettant une impression de confusion, presque de chaos. La première pièce commence dans cette ambiance, tout comme celles qui suivront. La transition se fait toujours de cette façon : discours saccadés, entrecoupés sur fond vidéo de portraits. Musique (parfois agressive), vidéos, sons, radio… Autant de moyens d’expression pour ces jeunes. Le dispositif scénique de Cécile Backès est varié et maitrisé.

« Les textes ont été écrits à partir d’interviews réalisées sur des jeunes issus de milieux hétérogènes à propos de l’emploi et du logement » explique Issam Rachyq-Ahrad, jeune acteur de la pièce et ancien étudiant de l’Ecole Régionale d’Acteurs de Cannes  avec Pauline Jambet  et Juliette Peytavin. Deux thèmes d’actualité, qui correspondent à la réalité des choses et qui expliquent la collaboration d’Aurélie Filippetti (ministre de la Culture et de la Communication) dans l’écriture des textes. Elle est l’une des cinq auteurs ayant participé à la réalisation du scénario avec Maylis de Kerangal, Arnaud Catherine, Joy Sorman et François Bégaudeau. Deux thèmes qui reflètent également les différentes personnalités, les opportunités à saisir (ou pas) et la vision de l’avenir propre à chacun. Alors que certains vivent déjà à deux et envisagent un avenir commun, d’autres vivent plus ou moins difficilement en colocation, ou bien seul. La colocation est d’ailleurs une scène à part entière du spectacle. Issam Rachyq-Ahrad incarne un jeune étudiant pris dans un interrogatoire presque indiscret alors qu’il tente d’intégrer la colocation de cinq jeunes. Et puis, alors que certains font encore des études, d’autres travaillent.

« J’serai jamais la grande étoile »

Le monde du travail alimente d’ailleurs le monologue de Lucie (excellemment interprétée par Pauline Jambet), 19 ans, allure de jeune étudiante, et mécanicienne. Elle fait face au public. Utilisant des mots crus, rythmés par les réponses de la radio qui est à ses pieds, elle décrit sa vie quotidienne dans cette société actuelle qu’elle ne comprend pas toujours. Pendant vingt minutes, les spectateurs partagent l’ambiguïté permanente entre la jeune fille qu’elle est et sa vie de mécanicienne, ainsi que sa vie de couple. Des problèmes d’adolescente dans une vie qui ressemble fort à celle d’une adulte. Mais apparaît aussi la lutte incessante dans ce milieu masculin et la difficulté d’être crédible à 19 ans. Joy Sorman a su créer un personnage touchant, reflet de la jeunesse en perte de repères, mais qui garde le sourire.

Les jeunes côtoient aussi l’absurde avec la dernière pièce de la représentation. Vêtus de « maillots messagers », réunis autour de la fontaine à eau d’une entreprise où tous s’appellent Stéphane ou Stéphanie. Les acteurs perdent leur personnalité, voire leur humanité, et débattent longuement sur la température des robinets : le robinet blanc, qui distribue de l’eau à température ambiante, peut-il distribuer de l’eau plus fraîche que le robinet bleu, qui lui est censé distribuer de l’eau plus fraîche que le blanc ? Un dialogue qui perd son sens, où chacun justifie sa présence ici par le même refrain répété en boucle : « Ça fait de l’expérience. »

Avec une première partie de tournée qui a « hyper bien marché », résume Issam Rachyq-Ahrad, la compagnie compte maintenant environ 70 dates à travers toute la France.

La compagnie en vidéo

 

Eloïsa Patricio

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