« Je ne viens pas pour acheter, c’est plus une distraction »

Un samedi matin au marché de la Bocca…

Des « approchez, approchez » combinés à des odeurs de poisson frais, de viande, de fromage, de fruits et légumes ou même de fleurs. On est bien au marché de la Bocca. Sous les halles ou sur le parking, les marchands exposent leurs produits : des aliments, des vêtements et autres babioles. Il est 10 heures et il n’y a bientôt plus de place pour se garer. Le marché est très fréquenté ce samedi. Le temps n’y est pas pour rien. Il fait doux et quelques rayons de soleil apparaissent.

Emmanuella est au stand des habits. Elle est ravie. Elle vient tous les samedis matins d’Émilie-Romagne, une région d’Italie, pour visiter ce marché : « il est intéressant et grand. On peut acheter, les prix sont bas » (sic). Les prix bas expliquent en effet l’attrait des gens pour le marché. Mais pas seulement : « A la base, on vient pour les fruits et légumes. On a une petite marchande attitrée ». Cette femme et sa fille viennent régulièrement faire leurs courses sur le marché. Elles trouvent l’ambiance sympathique et peuvent flâner autour des étals. D’ailleurs, elles viennent de trouver une paire de chaussures qui ne restera pas longtemps dans sa boîte…

 

Le marché de la Bocca attire les visiteurs par ses prix bas (Crédit photo : Camille Degano)

Le marché de la Bocca attire les visiteurs par ses prix bas (Crédit photo : Camille Degano)

 

Le marché est un moment de partage

 Un peu plus loin, on rencontre de vieilles connaissances, on surprend une conversation entre des jeunes qui racontent leur soirée au bowling, des plus vieux qui se plaignent du mauvais temps, ou qui sont fiers de venir se balader avec leurs petits-enfants. Denise (la grand-mère), Yvonne (sa fille) et Janis (sa petite-fille) sont devant le stand des tissus. Elles discutent : « J’ai acheté un pyjama pour mon arrière-petit-fils. Je ne viens pas pour acheter, c’est plus une distraction ».  Ce qui compte avant tout pour ces gens, c’est de vivre un moment de partage et de bonne humeur pour oublier les tracas du quotidien. Jeannine tâte un avocat pour vérifier s’il est mûr. Elle choisit de bons fruits et légumes pour concocter son plat du midi. L’odeur est alléchante. Le goût l’est sûrement aussi. « J’habite à côté donc j’y vais tous les jours. Je viens dire bonjour, je discute ». Jeannine est veuve. Ça lui fait passer le temps. « Je parle de la pluie et du beau temps. Ça m’occupe. Je n’achète pas grand chose à chaque fois mais j’aime bien prendre une fois du poisson, une fois de la viande, ou de la charcuterie. L’autre jour, j’ai pris du céleri et du boudin. Le marché, c’est très agréable ».

 

Le marché est l'occasion de faire ses courses et surtout de papoter (Crédit photo : Camille Degano)

Le marché est l’occasion de faire ses courses et surtout de papoter (Crédit photo : Camille Degano)

 

Les militants politiques sont aussi sur le marché

On dépasse le marchand de fromages, et voilà qu’on arrive près des militants politiques. Dominique Henrot est un des responsables du PCF (Parti Communiste français) de Cannes,  tête de liste aux élections municipales. Sur la table du Front de gauche, comme tous les samedis, il y vend deux hebdomadaires (L’humanité dimanche et Le Patriote Côte d’Azur) et distribue des tracts avec ses collègues. L’homme, qui surprend par sa grande taille, explique qu’il y a plus de monde à l’approche des municipales. « Habituellement, on est tout seuls mais avec les municipales, on voit la concurrence de Lisnard, de Tabarot (ndlr : tous deux candidats UMP à la mairie de Cannes) et du PS. Parfois du Front National. On se retrouve très nombreux à distribuer des tracts, si bien qu’à la fin, les gens ne prennent plus. » Le marché est un enjeu stratégique pour lui : « on se sert de cet espace pour diffuser notre propagande ». A deux pas, Pascale Vaillant parle avec un homme qui demande des informations sur le candidat David Lisnard. La retraitée de l’Éducation nationale et adjointe à l’environnement explique que ça fait 40 ans qu’elle distribue des tracts sur le marché de la Bocca : « Je le fais par passion politique. J’ai toujours été engagée pour ma ville ». Elle remarque qu’il y a « plus de monde sensibilisé avec la campagne. En général, on vient demander un tract. Mais il y a toujours des indifférents, des gens qui s’en fichent ». Comme quoi sur le marché, tout s’échange, même les idées !

 

Camille Degano