XV de France : une équipe moyenne ?

Après quatre journées, le bilan des Bleus lors de ce tournoi des VI nations 2014 est de trois victoires. On pourrait facilement s’en contenter. Pourtant, le XV de France n’est, semble-t-il, pas au niveau.

Un fond de jeu absent

Oublié, le french flair. Aujourd’hui et depuis l’arrivée de Philippe Saint-André, le beau jeu à la française a laissé place à un rugby morose et peu efficace. Les amateurs du ballon ovale le savent : pour réaliser un beau match, il faut d’abord respecter les fondamentaux. Parmi eux, la conquête. Et cette base du rugby n’est pas maitrisée par les joueurs du XV de France (comme en témoignent les huit touches perdues contre l’Ecosse samedi et les plusieurs mêlées glanées par le XV du Chardon).

Celui qui avait initié « l’essai du bout du monde » en 1994 devait apporter un peu de folie au XV du coq mais il n’y est pas arrivé. Pire encore, il semble être le premier responsable des tristes copies rendues par ses joueurs depuis son arrivée fin 2011.

Philippe Saint-André n’incarne pas le renouveau du rugby français, alors que c’est ce que l’on attendait de lui. (Crédit photo : FRANCK FIFE / AFP).

Philippe Saint-André n’incarne pas le renouveau du rugby français, alors que c’est ce que l’on attendait de lui. (Crédit photo : FRANCK FIFE / AFP).

Pas de match référence

Avec seulement cinq victoires en deux ans, il est difficile de trouver le match référence. Et ça tombe bien, puisqu’il n’y en a pas vraiment. Cette année, aucun match n’a été complètement maitrisé par le XV de France. Une victoire à l’arrachée contre l’Angleterre (26-24), une victoire difficile contre une faible équipe d’Italie (30-10) et un hold-up contre l’Ecosse (17-19). Au milieu de tout cela, il faut rappeler l’énorme défaite contre le Pays de Galles (27-6). 

Le XV du coq n’arrive pas à convaincre par le jeu et depuis trois saisons, les résultats ne sont même plus là pour rassurer les supporters. Les trois victoires en quatre matchs ressemblent un peu à l’arbre qui cache la forêt. Les Anglais disent « Winning ugly is still winning » mais quand on « win ugly » (gagner de la moins belle des manières, ndlr) face à l’Italie ou à l’Ecosse, c’est anormal. La France est une équipe de rugby à trois finales de Coupe du monde. Elle ne peut donc pas s’en contenter.

Mais où sont les leaders ?

Quand une équipe est en difficulté, son coach doit sortir la tête de l’eau et rentrer dans ses joueurs pour les révolter. Hors, il est trop souvent reproché à « PSA » d’être trop gentil avec ses joueurs, trop neutre en conférence de presse… Bref, trop « mou » !

Du côté des joueurs, c’est un peu la même chose. Depuis la blessure du charismatique Thierry Dusautoir, personne n’a vraiment su s’imposer. Pascal Papé a bien essayé, mais l’ancien Berjallien manque un peu de sang froid.

Puis d’un match à l’autre, aucun joueur n’est sûr d’être titulaire. L’exemple le plus frappant est celui de Louis Picamoles. Le meilleur joueur du pack français a été sorti du groupe au lendemain du match contre le Pays de Galles (une sanction liée à un geste d’humeur alors que ce dernier venait de prendre un carton jaune). Etait-il nécessaire de laisser de côté un joueur qui est au-dessus du lot et qui semble s’imposer comme un leader, alors que l’équipe en manque ?

Et la charnière ? Doussain, Parra, Machenaud, Pelissié ? Associé à Plisson (qui semble un peu limité lors de ce tournoi), Talès (qui semble un peu tendre), Trinh-Duc (qui n’a pas été rappelé alors qu’il surnage avec Montpellier) ?  Trop de questions et pas assez de certitudes.

Finalement, à un an et demi du Mondial en Angleterre, seuls Brice Dulin, Wesley Fofana et Yoann Huget semblent titulaires indiscutables (et indiscutés).

Sorti en applaudissant (non sans ironie) l’arbitre du match Pays de Galles-France après un carton jaune, le talentueux Louis Picamoles n’a pas été rappelé contre l’Ecosse. Une décision discutable quand on connaît le niveau du joueur… et celui de ses remplaçants. (Crédit photo : D.R.)

Sorti en applaudissant (non sans ironie) l’arbitre du match Pays de Galles-France après un carton jaune, le talentueux Louis Picamoles n’a pas été rappelé contre l’Ecosse. Une décision discutable quand on connaît le niveau du joueur… et celui de ses remplaçants. (Crédit photo : D.R.)

Une victoire contre l’Irlande samedi 15 mars pourrait peut-être ressembler enfin à un match référence. Mais quand on voit la performance du XV du trèfle contre l’Italie avec pas moins de sept essais, on se demande bien comment les Bleus pourraient faire douter les coéquipiers de Bryan O’Driscoll (qui disputera son dernier match international).

Pierrick Ilic-Ruffinatti