Mathieu Gallet s’installe à la « maison ronde »

Jeudi 27 février, Mathieu Gallet est devenu le nouveau PDG de Radio France.

« Avec Mathieu Gallet, la « maison ronde » devrait davantage s'orienter vers le numérique. » Crédit photo : Colm MacCarthaigh

« Avec Mathieu Gallet, la « maison ronde » devrait davantage s’orienter vers le numérique. » Crédit photo : Colm MacCarthaigh

Ils étaient douze à avoir déposé leur dossier pour succéder à Jean-Luc Hees. Puis, le 12 février, seulement six d’entre eux avaient été retenus. Mathieu Gallet, président de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA), apparaît alors comme une surprise parmi les cinq autres retenus : Martin Ajdari (secrétaire général de France Télévisions et ancien directeur général de Radio France), Anne Brucy (ancienne directrice de la communication chez France 3, ancienne directrice de France Bleu, et actuellement à la tête d’une mission sur la chaîne des régions), Anne Durupty (directrice générale d’Arte France), Philippe Gault (président du syndicat interprofessionnel des radios et télévisions indépendantes), et Jean-Luc Hees, candidat à sa propre succession. Une candidature d’autant plus surprenante que le président de l’INA avait clairement démenti être candidat à la direction de Radio France.

Qui es-tu, Mathieu Gallet ?

Président de l’INA depuis mai 2010, Mathieu Gallet a aussi été responsable de l’administration des ventes internationales chez Pathé et chargé de mission aux relations institutionnelles au sein du groupe Canal +. En 2007, sous le gouvernement Fillon, il devient conseiller technique pour l’audiovisuel et les médias. En 2009, Frédéric Mitterrand, successeur de Christine Albanel au poste de Ministre de la Culture et de la Communication, promeut Mathieu Gallet directeur de cabinet adjoint. Il est alors chargé de dossiers importants tels que la réforme de France Télévisions et la suppression de la publicité sur les chaînes publiques. Il s’exprime notamment en faveur de la nomination du président de Radio France et de France Télévisions par le Président de la République, Nicolas Sarkozy. Cette prise de position apparaît aujourd’hui comme un paradoxe pour celui qui a été nommé à la tête de Radio France par le CSA.

Au sein de l’INA, Mathieu Gallet s’est notamment consacré à la numérisation de l’institut. Dès son arrivée, il signe un nouveau contrat d’objectifs et de moyens (COM) avec l’État. Ce contrat prévoit notamment la poursuite de la sauvegarde et de la numérisation des archives audiovisuelles. Alors qu’il s’investit rapidement et exprime son envie d’ouvrir l’institut à un large public, la presse remet très vite en question sa nomination.

« Mathieu Gallet (à gauche), nouveau PDG de Radio France et Jean-Luc (à droite), président sortant de la maison ronde. » Crédit photo : Radio France/Christophe Abramowitz

« Mathieu Gallet (à gauche), nouveau PDG de Radio France et Jean-Luc (à droite), président sortant de la maison ronde. » Crédit photo : Radio France/Christophe Abramowitz

Pourquoi Mathieu Gallet à la tête de Radio France ? 

Pour Olivier Schrameck, président du CSA, la nomination de Mathieu Gallet est un choix « d’audace et de dynamisme ». De l’audace et du dynamisme, justifiés par son âge. À seulement 37 ans, Mathieu Gallet devient le plus jeune PDG de l’histoire de Radio France. Mais aussi par ses projets ; il se place notamment en faveur du développement du numérique, qui représente pour lui des enjeux indispensables.

Le nouvel objectif de Radio France avec Mathieu Gallet est de « regarder la radio », comme il l’écrit dans son dossier de candidature. Il souhaite développer le numérique autour de chaque antenne avec du son (évidemment), de la vidéo, des textes mais aussi des réseaux sociaux et plus de services comme le covoiturage, la météo, l’info-trafic, ou encore l’emploi.
Un autre point important de son dossier : le « tout-gratuit ». Le nouveau PDG de Radio France veut restreindre la gratuité de Radio France avec des podcasts payants. Ainsi, les podcasts, c’est-à-dire les enregistrements d’émissions initialement disponibles gratuitement sur internet, deviendront payants au bout d’un certain temps. Mathieu Gallet ne s’est pas encore exprimé quant au tarif, mais le prix sera déterminé selon la concurrence et cette mesure s’appliquera en priorité aux « grandes émissions ». Cette contrepartie se justifie par les coûts d’archivage, d’éditorialisation et de distribution.
Trois autres antennes sont également clairement ciblées par les projets de Mathieu Gallet. Pour France Info, « le direct sera la règle », « le pré-enregistré l’exception ». L’antenne s’ouvrira également davantage à l’information internationale et au sport. Pour Le Mouv’, le nouveau PDG veut en faire « véritablement la chaîne des jeunes et des cultures urbaines » en changeant le nom de l’antenne et en s’associant à une offre de musique en ligne. Enfin, France Inter devra donner une information plus généraliste et France Bleu devra faire preuve de plus de proximité avec les auditeurs.
Plus généralement, Mathieu Gallet veut proposer « une offre globale cohérente » et clarifier la ligne éditoriale des radios. Autant de projets qui ne manquent pas d’audace et promettent une nouvelle dynamique pour Radio France.

Le nouvel homme de la situation pour Radio France prendra ses fonctions le 12 mai prochain. Il disposera alors de 5 ans pour rendre concrets ses projets, pour « préparer Radio France à la décennie 2020 » et satisfaire les mécontents.

Eloïsa Patricio

 Retrouvez plus d’actualité des médias sur L’Oeil de l’Info.