Vers une organisation de libre-échange latino-américaine

Le Pérou, la Colombie, le Chili et le Mexique forment un bloc commercial depuis 2011. Début février, lors de leur 8e  Congrès, les présidents de ces pays ont décidé la création d’un espace de libre-échange en détaxant 92% de leurs produits.

Ils représentent 40% du PIB latino-américain et 55% des exportations, 216 millions d’habitants. Ensemble, ces pays constituent la 8ème économie mondiale et leur PIB « per capita » est de 14 000$ annuel. Pour le président de la Colombie, Juan Manuel Santos, « ces quatre pays sont mieux préparés pour affronter la volatilité des marchés. Ils ont des croissances fortes, des taux d’investissement importants, une excellente situation fiscale et de vastes réserves monétaires ». Le Costa Rica devrait intégrer l’organisation vers la fin de l’année. Ces cinq pays (tous sauf le Pérou), gouvernés par des partis conservateurs, sont les plus tournés vers l’Occident (États-Unis et Europe) parmi les autres pays du continent. Ils veulent rivaliser avec le Mercosur, l’autre organisation commerciale du « sous-continent », et qui s’est toujours opposée à un espace de libre-échange.

 

Carte Alliance du Pacifique / Crédits : ipe.org.pe

Carte Alliance du Pacifique / Crédits : ipe.org.pe

 

L’Alliance du Pacifique est une initiative de l’ancien président péruvien Alan García (de droite), pour « renforcer l’intégration régionale et tisser des liens commerciaux avec l’Asie ». Ce dernier point reste pour le moment à développer. Dans la déclaration de Lima du 28 avril 2011, il ajoute : « c’est une intégration romantique, poétique, réaliste, devant le monde et pour le monde ». Mis à part l’aspect économique, des programmes de mobilité étudiante et de bourses sont mis en place, le tourisme est développé et certains corps diplomatiques sont unifiés.

Les antécédents du libre-échange dans le continent

Le Mexique fait partie de l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain) depuis 1994. Ceci a permis de multiplier par trois ses exportations mais cela a provoqué une dépendance totale à l’économie étasunienne (79% de ses exportations se font vers les USA). C’est pour cette raison que la gauche latino-américaine et les mouvements altermondialistes se méfient de ces accords. De plus, l’ALENA n’est qu’un accord commercial, la libre circulation des personnes étant complètement oubliée. Et c’est bien le problème des migrations qui ravage la stabilité politique mexicaine, avec des milliers de morts chaque année, aux mains des mafias, des cartels et de la police.

 

« De gauche à droite : Sebastián Piñera (président du Chili), Ollanta Humala (président du Pérou), Juan Manuel Santos (président de la Colombie), Enrique Peña Nieto (président du Mexique) et Laura Chinchilla (présidente du Costa Rica) »   Crédit photo : eluniversal.com.co

« De gauche à droite : Sebastián Piñera (président du Chili), Ollanta Humala (président du Pérou), Juan Manuel Santos (président de la Colombie), Enrique Peña Nieto (président du Mexique) et Laura Chinchilla (présidente du Costa Rica) » Crédit photo : eluniversal.com.co

 

Les États-Unis, et en particulier le gouvernement de  W. Bush, souhaitaient élargir l’ALENA sur tout le continent en créant la zone de libre-échange des Amériques (ZLEA). Celle-ci engloberait 34 pays, soit toute l’Amérique excepté Cuba. En juillet 2005, lors d’un vote très serré, le Congrès américain adopte un traité de libre-échange avec 6 pays d’Amérique centrale (République dominicaine, Nicaragua, Salvador, Guatemala, Honduras et Costa Rica), ce qui devrait être un premier pas vers la ZLEA. Cependant, l’analyse des conséquences de ces accords sur le Mexique et le basculement vers la gauche de beaucoup de pays sud-américains font que pour l’instant, ce projet est abandonné.

D’autres formes d’organisation en Amérique latine

En avril 2005, le président vénézuélien Hugo Chávez lance l’ALBA, l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique – traité de commerce des peuples. Elle est aujourd’hui constituée par le Venezuela,  la Bolivie, l’Équateur, le Nicaragua et Cuba. Avec des connotations anti-impérialistes et antilibérales, l’ALBA veut se construire sur des principes de solidarité, de complémentarité, de justice et de coopération face au « capitalisme sauvage » du libre-échange « imposé » par les États-Unis.

Mais c’est surtout le Mercosur, le Marché commun du sud, qui représente une alternative à l’Alliance du Pacifique. Créé en 1991, le Mercosur regroupe l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay, le Paraguay, et le Venezuela, c’est-à-dire 82% du PIB sud-américain. C’est le 4ème bloc économique mondial en termes d’échanges ; c’est aussi la plateforme industrielle la plus dynamique et la plus compétitive de tout l’hémisphère sud. Le Mercosur n’est pas seulement une zone économique ; la libre circulation des personnes est garantie entre les pays membres. En 2012, lors de la destitution inquiétante du président paraguayen Fernando Lugo, le Mercosur avait suspendu le Paraguay, ce qui montre un engagement de la part de cette organisation en faveur de la démocratie.

A la fin du XXème siècle, l’Amérique latine a été le laboratoire du néolibéralisme. Un exemple flagrant serait la crise argentine survenue entre 1998 et 2002, lorsque l’endettement de l’Etat envers le FMI et l’Occident avait conduit à la privatisation (et à la destruction) de la plupart des services publics pour retrouver un peu de souplesse budgétaire. En 2001, le FMI refusait de faire un nouveau prêt à l’Argentine qui avait alors dû puiser dans les fonds de pension, provoquant des manifestations et l’effondrement économique et social quelques mois après. Une situation qu’auront par la suite connue certains pays européens tels que la Grèce, pointant les dangers d’une trop grande dépendance à l’économie étasunienne.

César Prieto Pérochon