Réfugiés politiques sur la Côte d’Azur #2

Pour aider les réfugiés politiques, dans une situation souvent très délicate, bénévoles et militants associatifs répondent présents. Mais l’arrivée sur le territoire français reste difficile.

Siège d’Amnesty International : « Maison d’Amnesty International à Nice ». Crédit photo : C.P.P

Siège d’Amnesty International : « Maison d’Amnesty International à Nice ». Crédit photo : C.P.P

Des bénévoles qui jouent le rôle de l’État

Pour Martine, du groupe niçois d’Amnesty International pour les réfugiés, ces derniers sont très nombreux dans la région.  Les membres d’Amnesty International s’occupent seulement des demandeurs d’asile, c’est d’ailleurs le seul domaine où ils réalisent du travail de terrain. « Les autres migrants sont orientés vers des associations spécialisées dans leur situation ». Martine est de Menton et a particulièrement suivi l’arrivée subite de réfugiés du « Printemps arabe » à Vintimille en 2011. « Parfois les gens ne savent pas qu’ils ont droit à l’asile, ils sont désemparés … Notre travail est de les accompagner dans leurs démarches, de préparer leur dossier pour la Cour Nationale du Droit d’Asile. Pour cela on les suit parfois pendant des années ». Face à des situations dramatiques, elle estime qu’elle tient le rôle que devrait jouer l’État. « Il y a trop de cas extrêmement douloureux non pris en compte. Je me souviens d’une famille tchétchène, avec 6 enfants, qui a reçu une aide de l’État français pour rentrer chez elle. Le père a été arrêté dès son retour, emprisonné et torturé pendant 7 mois. Heureusement ils ont pu revenir à Nice et demander l’asile. » Pour Martine, la France est loin d’être un paradis pour les réfugiés. Son espoir c’est la réforme promise du droit d’asile. Amnesty a fait des propositions auprès de la Commission des Lois. Mais, pour l’instant,  Martine se dit « déçue » de l’attitude du gouvernement.

Il existe plusieurs associations sur Nice qui s’occupent des réfugiés et des sans-papiers en général : Forum Réfugiés, le Secours Catholique, la CIMADE, Habitat et Citoyenneté…Chez cette dernière, Hubert, un vétéran volontaire pour diverses ONG explique les démarches administratives à suivre pour un réfugié : tout d’abord une domiciliation et une demande de dossier à la préfecture. Le dossier est ensuite traité par l’OFRA. Il y a près de 100 000 dossiers par an dont le traitement est accepté et environ 30 000 demandes sont accordées. En ce moment ils reçoivent beaucoup de Libanais, de Kosovars, de Jordaniens, de Tchétchènes, de Nigérians…  Pour Hubert « l’accueil en France est répressif ». Il donne cet exemple : « Une femme sans-papiers n’est prise en charge [logement, soins médicaux, ndlr] qu’au huitième mois de grossesse ». Et de rappeler une réalité qu’on oublie souvent : « la plupart des réfugiés se déplacent entre pays du sud, pas du sud au nord ».

« Plusieurs des personnes avec qui j’étais sont mortes noyées »

Hubert a vécu plusieurs années en Afghanistan, pendant la guerre, et il connaît un peu les langues locales. C’est pour cette raison que Noradin, un Afghan de 18 ans qu’il a accueilli chez lui il y a quelques mois, se sent très à l’aise avec lui. Noradin avait 15 ans quand sa famille lui a dit de partir. Les dangers, liés à la guerre contre les talibans, étaient trop importants. Il s’est d’abord réfugié au Pakistan, puis en Iran et en Turquie. À chaque fois il passait la frontière de façon clandestine, car il ne possédait aucun document d’identité. « J’ai vu des amis mourir aux frontières parce qu’ils s’arrêtaient pas aux contrôles ». Dans ces pays il séjournait  dans des communautés afghanes et passait ses journées à la mosquée. Il est ensuite passé en Grèce. Durant la traversée, sa barque a coulé et il est arrivé à la nage jusqu’à la côte. Il confie : « Plusieurs des personnes avec qui j’étais sont mortes noyées ».

C’est en Grèce que Noradin a vécu le pire épisode de son calvaire. « Il n’y avait pas de travail et les immigrants sont très mal traités ; à Athènes j’ai été kidnappé par une bande organisée». Il raconte que c’est quelque chose d’assez fréquent. Très souriant, plein de vie, il raconte avec beaucoup d’enthousiasme son histoire : « La traversée de la Grèce à l’Italie a été l’étape la plus dure de mon voyage. J’ai passé 30 heures sous un camion. Je connais des gens qui sont morts parce que le camion allait trop vite et il avait un accident ». Avant de réussir à arriver en Italie il a dû essayer un grand nombre de fois, en bateau et en camion. Maintenant il est à Nice, et il se sent heureux même s’il recherche, en vain, du travail. Son voyage a duré un an et demi. « Je suis très content ici, je ne retournerai jamais en Afghanistan. »

 « La cour nationale du droit d’asile statue sur les recours formés contre des décisions rendues par l’OFRA. » Crédit photo : ihej.org

« La cour nationale du droit d’asile statue sur les recours formés contre des décisions rendues par l’OFRA. » Crédit photo : ihej.org

« J’aime la France, je veux m’intégrer ici, je veux juste du travail »

Dans le local d’Habitat et Citoyenneté, situé rue Dabray, derrière la gare de Nice, il y a beaucoup d’agitation ce vendredi après-midi. Des gens de toutes origines, parlant des langues très différentes, déposent des papiers et demandent des conseils. Je croise Boubakir, un Tunisien qui est ici depuis trois ans. Malgré l’insistance de son ami Noradin il refuse d’abord  de parler : « C’est toujours pareil : on parle beaucoup avec vous et après rien ne change ». Mais très vite il change d’avis et se confie. Il y a trois ans, au moment de la révolution, il a pris place dans une embarcation rudimentaire pour Lampedusa. « Chez moi j’étais mécanicien de bateaux et il n’y avait pas de travail, pas de conditions  de vie dignes. Je préférais risquer ma peau que de rester là-bas … J’ai connu des expériences terribles de traversée de la mer, des gens qui jetaient d’autres gens à la mer parce que le bateau coulait. » Et de conclure : « qu’auriez-vous fait dans cette situation ? ».

Pour Boubakir le pire l’attendait à Nice. Pas de travail, pas de logement, condamné à la rue, aux berges du Var et aux squats. « Je sens beaucoup le mépris des gens ; mais ils ne connaissent même pas mon histoire ». Il dit avoir perdu 19 kilos depuis qu’il est ici ; ses collègues d’Habitat et Citoyenneté le confirment. Lui n’a pas droit à l’asile politique. Sa faute : être tunisien. Pourquoi reste t-il ? « Là-bas c’est la merde et ici aussi ; mais j’aime la France, je veux m’intégrer ici, je veux juste du travail. » Boubakir est étranger, et pour les étrangers, sans-papiers ni aide de l’État, ce n’est pas facile. « Mais ça veut dire quoi étranger ? Le monde est trop petit pour que le mot étranger signifie quelque chose ».

César Prieto Pérochon