Une après-midi avec les Roms de Grasse

 À Grasse, une vingtaine de Roms habitent depuis plus de trois ans dans un bâtiment prêté par la mairie. Leur expulsion planait depuis plusieurs semaines, après une autorisation du préfet. Les familles viennent néanmoins d’obtenir une prolongation jusqu’en avril prochain.

Stephan montre la pancarte avec laquelle il fait la manche. Crédit Photo : Nicolas Richen

Stephan montre la pancarte avec laquelle il fait la manche. Crédit Photo : Nicolas Richen

En ce 5 février pluvieux, la lumière diminue alors qu’il n’est que 17h. Situé à côté d’un garage, à l’entrée de la ville de Grasse : un squat. L’habitation relativement grande est le refuge de Roms qui l’occupent depuis quelques années. Deux hommes discutent dans la cour en écoutant de la musique. « On a quitté la Roumanie. Pas de travail. On est mieux ici », explique Stephan dans un français approximatif. Ce père de famille, qui a laissé ses enfants dans son pays natal, se montre  méfiant aux premiers abords quand on tente de l’interviewer. Au début de la conversation, il affirme que dix personnes occupent la propriété prêtée par la ville.

Plusieurs personnes sortent de la maison, dont deux adolescents. Un jeune homme de quatorze ans dit aller à l’école. C’est semble-t-il le seul qui étudie, d’après plusieurs occupants. Il est pris en charge par la CAF (Caisse d’Allocations familiales) et rend visite à sa famille pendant la journée.

Vue extérieure du squat de Grasse. Crédit photo : César Prieto.

Vue extérieure du squat de Grasse. Crédit photo : César Prieto.

 

Une voiture s’arrête devant la maison. Le conducteur vient aussi de Roumanie et maîtrise un peu mieux le français : « Le préfet de Nice a dit que nous pouvions rester encore deux mois ici. Après, le squat va fermer […]. Nous sommes cinq ou six familles. 25 personnes vivent ici. » Par la suite, « nous allons nous retrouver dans la rue. Nous allons rester à Grasse, car nous habitons ici depuis plusieurs années. » Pour manger et avoir du gaz, « tout le monde fait la manche deux ou trois fois par semaine, même les plus jeunes. Nous n’avons pas d’allocations pour les enfants ». Une partie de l’argent perçu en mendiant est envoyé aux membres des familles restées en Roumanie.

La plupart des enfants du squat ne sont pas scolarisés. Crédit photo : César Prieto.

La plupart des enfants du squat ne sont pas scolarisés. Crédit photo : César Prieto.

 

Une fois par mois, l’association Pralès vient les aider en leur fournissant « un peu de nourriture ». Cette communauté cherche du travail, même si les démarches n’ont visiblement pas été enclenchées. « Je ne sais pas encore comment chercher du travail. Je vais demander au préfet de Nice », explique l’un d’entre eux, auparavant maçon et chauffeur. Dans son pays natal, il ne gagnait pas plus de 200 euros par mois. « Qu’est-ce que je peux faire avec 200 euros pour une famille de cinq personnes ? Ici, j’ai fait du jardinage pour 30 ou 40 euros par jour. » Ce père de famille explique qu’il ne pouvait pas gagner plus de 7 euros par jour en Roumanie. Tout ce qu’il espère aujourd’hui, c’est trouver un travail et un lieu où dormir s’il venait à être expulsé.

La pluie redouble d’intensité. Tout le monde rentre dans la maison. Dans l’une des pièces, quelques chaises, un lit, une télévision et une plaque chauffante au sol. Il n’y a guère plus de lumière qu’à l’extérieur.

N’ayant pas d’antenne, ils regardent des DVD comme les « Power Rangers ». Quant à Internet, ils y accèdent seulement au McDonalds. Ils évoquent Adrian Mutu, le footballeur vedette roumain de l’Ajaccio et de Chelsea, que les enfants rêvent d’imiter. Les plus jeunes connaissent également Facebook. Peu à peu, et malgré leurs conditions de vie déplorables, on commence à comprendre que leur quotidien n’est pas si différent de celui du reste des Français. Lorsqu’on leur parle de xénophobie ou des multiples attaques de Christian Estrosi, le maire de Nice, contre la communauté des Roms, ils évitent le sujet et disent simplement que « les Français en général sont gentils, ils nous donnent à manger et nous aident ». Il faudra attendre le mois d’avril pour connaître le sort de ce squat, que la préfecture considère comme le dernier « squat de Roms du département ».

 

La famille se prête au jeu et se laisse photographier. Crédit Photo : César Prieto.

La famille se prête au jeu et se laisse photographier. Crédit Photo : César Prieto.

César Prieto Pérochon

Nicolas Richen