Nouvel Obs : Joffrin et Collin démissionnent

Mercredi 12 mars, Laurent Joffrin, directeur de la rédaction du Nouvel Observateur, a annoncé sa démission par un communiqué de presse. Tout comme Nathalie Collin, directrice générale du groupe et co-présidente du directoire.

 

 

Laurent Joffrin quitte ses fonctions de directeur du Nouvel Observateur. (Crédit photo : BALTEL / SIPA)

Laurent Joffrin quitte ses fonctions de directeur du Nouvel Observateur. (Crédit photo : BALTEL / SIPA)

 

La démission du tandem apparaît à un moment clé de l’histoire du Nouvel Observateur. Comme une conséquence du rachat de l’hebdomadaire par « le trio BNP », déjà propriétaire du Monde : Xavier Niel, Pierre Bergé, et Mathieu Pigasse. Claude Perdriel, fondateur et propriétaire du Nouvel Obs, a cédé pour 65% de son journal (pour 13,8 millions d’euros) à ses nouveaux investisseurs. Claude Perdriel est revenu jeudi 20 mars sur la vente du news magazine, lors d’un déjeuner organisé par l’Association des Journalistes Médias (AJM). Il a notamment avoué que le coût final de cession était de 4,1 millions d’euros et a également déclaré : « J’ai considéré que je ne pouvais pas vendre l’Obs et que je devais donc le donner ». Mais ces opérations ne concernent pas les deux autres titres du groupe Perdriel : Challenges et Sciences et Avenir. Les rédactions de ces magazines sont d’ailleurs sur le point de quitter la Place de la Bourse pour aménager dans le septième arrondissement de Paris.

Quelles limites pour les groupes de presse ?

Les trois nouveaux actionnaires devront donc mettre en place une nouvelle équipe dirigeante. Le Figaro  ose avancer quelques noms : Renaud Dély, directeur de la rédaction ou encore Sylvain Courage et Arnaud Leparmentier, respectivement journalistes au Nouvel Observateur et au Monde. Cet investissement considérable par « le trio », déjà propriétaire du groupe Le Monde et donc des publications associées (Courrier International, Le Monde Diplomatique, Télérama, La Vie, Le Monde des religions… etc.), soulève de nombreuses problématiques liées au développement des groupes de presse. D’autant plus que ces trois mousquetaires de la presse ont déclaré, le 23 mars, qu’ils « seront là », si le quotidien Libération  est à vendre.

Le "trio BNP", de gauche à droite : Mathieu Pigasse, Pierre Bergé et Xavier Niel. (Crédit photo : Thomas Samson/AFP)

Le « trio BNP », de gauche à droite : Mathieu Pigasse, Pierre Bergé et Xavier Niel. (Crédit photo : Thomas Samson/AFP)

 

« Il y a circularité, pour ne pas dire « mercato » ou chaises musicales, des directeurs de rédaction »

Le fait qu’un groupe de presse détienne autant de titres n’est-il pas une atteinte à la pluralité des médias ? Cet investissement ne remet-il pas en question la ligne éditoriale de l’hebdomadaire ? Les groupes de presse ne sont-ils pas les principaux acteurs de l’information de masse ? Quelles en sont les limites ?

Tiphaine Ruppert, jeune journaliste au Dauphiné Libéré, a accepté de livrer son point de vue et avec toute son humilité, a tenté de répondre à ces questions complexes.

 « En réalité, je ne lis plus beaucoup Le Nouvel Obs. Ça ne correspond pas réellement au journalisme qui me fait rêver ni à celui auquel j’ai envie de m’identifier. Je n’ai donc pas vraiment d’avis sur la « mise à pied » du binôme Joffrin/Collin. Deux réflexions cependant. Dans une revue de 2012, Les clés de la presse, sur la thématique assez racoleuse « Le vrai visage de la presse », Laurent Joffrin disait ceci : « L’avenir de la presse passe par la qualité, nous devons l’accroître pour justifier le prix […] c’est ce que nous avons fait [en 2011] avec la nouvelle formule […] ». À le lire, le journal alliait désormais « vivacité » et « approfondissement ». Pour autant, j’entendais à la radio un journaliste du Nouvel Obs, cité anonymement, dire qu’en gros tout ça sommeillait un peu. Bref, peut-être y a-t-il en effet besoin d’un peu de sang neuf ?

Cela m’amène à ma seconde réflexion. S’il y a circularité de l’info, il y a aussi circularité, pour ne pas dire « mercato » ou chaises musicales, des directeurs de rédaction. Pour moi, les Joffrin, Giesbert et consort sont la représentation d’un système de main-mise sur les éditos de nos journaux. L’Obs, Libé puis re-l’Obs… Allez, je ne pense pas qu’il ira au Point parce qu’il faut conserver une façade. Mais je ne me fais pas de souci. Un changement d’actionnaire et bien souvent de direction est un chamboulement pour une rédaction mais pour moi c’est un épiphénomène. Comme c’est Paris et comme c’est Le Nouvel Observateur, ça prend de la place dans les journaux. Mais le jour où Jean-Pierre Souchon, directeur de rédaction du Dauphiné Libéré est déboulonné, on n’en parlera pas à Paris. »

Eloisa Patricio