Rwanda : vingt ans après le massacre

800 000 victimes en une centaine de jour, c’était en avril 1994 au Rwanda. Le pays a lancé cent jours de commémoration du génocide de la minorité Tutsi par les Hutus.

La France n’est pas la bienvenue au vingtième anniversaire du génocide rwandais. Les commémorations ont débuté lundi 7 avril à Kigali, la capitale, sans aucun représentant français. Vingt ans après, les tensions sont toujours vives entre les deux pays. Tout a commencé avec les accusations du président rwandais Paul Kagamé. Il affirme que la France a joué « un rôle direct dans la préparation du génocide » et qu’elle y a même participé. Résultat, la France a immédiatement annulé le déplacement de la ministre de la justice, Christiane Taubira, pour les cérémonies. Paris devait être représentée uniquement par son ambassadeur sur place : Michel Flesch. Nouveau rebondissement le 7 avril, les autorités rwandaises ont retiré l’accréditation de l’ambassadeur de France. Elles lui ont même refusé le droit de poser une gerbe au mémorial du génocide.

« Le président rwandais Paul Kagame pendant son discours pour le vingtième anniversaire du génocide,  le 7 avril 2014 à Kigali (photo : AFP/ Simon Maina) »

Le président rwandais Paul Kagame pendant son discours pour le vingtième anniversaire du génocide, le 7 avril 2014 à Kigali (photo : AFP/ Simon Maina)

 

Des relations tendues

En 1994, la France était l’alliée du régime extrémiste Hutu à l’origine du génocide. Son rôle dans les massacres reste controversé. Malgré une réconciliation officielle entre la France et le Rwanda en 2010, les relations restent très instables. La France admet « de graves erreurs d’appréciation » au Rwanda mais n’a jamais présenté ses excuses. Un incident diplomatique avait déjà eu lieu lors des commémorations du dixième anniversaire du génocide en 2004. La délégation française avait raccourci sa visite suite au discours du président Kagame où il reprochait aux français d’avoir eu « l’audace de rester là sans s’excuser».

Retour en arrière

Le génocide au Rwanda a eu lieu d’avril à juillet 1994. Les Tutsis, bien que ne représentant que 15% de la population ont longtemps été privilégiés par le pouvoir colonial belge. L’indépendance du pays en 1962 a redonné le pouvoir aux Hutus et les Tutsis, pourchassés et massacrés, ont dû fuir. En 1990, les exilés Tutsis lancent une offensive militaire depuis l’Ouganda et fondent le Front Patriotique Rwandais (FPR). En août 1994, des espoirs de démocratisation se dessinent avec l’accord de paix d’Arusha qui prévoit un gouvernement de transition, des élections, etc. Lorsque le 6 avril 1994, l’avion du président Habyarimana appartenant à l’ethnie Hutu est pris pour cible et s’écrase sur la piste de l’aéroport de Kigali ne faisant aucun survivant, le génocide va être déclenché.

« 800 000 personnes ont trouvé la mort au cours du génocide au Rwanda (photo : DR) »

800 000 personnes ont trouvé la mort au cours du génocide au Rwanda (photo : DR)

Des mots qui tuent

Ce fut le génocide  le plus rapide de l’histoire et le plus important en termes de décès survenus chaque jour. Le rôle des médias a été crucial. Ils ont conditionné les esprits et les ont préparés aux massacres. Après « l’accident» d’avion du président, la Radio Télévision des milles collines (RTLM), radio rwandaise aussi surnommée « Radio-Télé-La-Mort » ou « Radio-Machette », lance un appel au massacre sur les ondes: « Abattez les grands arbres ». Pour elle, les responsables sont les Tutsis. Les médias « ultras » aux mains des Hutus vont déclencher l’action des machettes. On peut entendre sur les ondes « chers auditeurs, mesdames et messieurs, ouvrez grands vos yeux. Ceux d’entre vous qui vivez le long des routes, sautez sur ceux qui ont de longs nez, qui sont grands et minces, et qui veulent vous dominer. » Le 28 mai 1994, un présentateur a même clamé « la guerre que vous menez est effectivement une guerre finale. »

Le 3 décembre 2003, le Tribunal pénal international déclare au cofondateur de la RTLM « Vous étiez très conscient du pouvoir des mots et vous avez utilisé la radio, moyen de communication le plus répandu, pour disséminer la haine et la violence.  Sans arme à feu, machette ou arme de poing, vous avez causé la mort de milliers de civils innocents. » Ferdinand Nahimana  sera condamné à la prison à vie, en appel il écopera de trente ans de prison.

En cent jours, les mots ont tué avant les machettes presque un million d’hommes, de femmes et d’enfants. Un drame dur à cicatriser pour le Rwanda.

Manon David