La mer, source d’espoirs pour la médecine

Algues, éponges, planctons… L’univers marin regorge de vie. Il a d’ailleurs permis d’élargir le champ de recherche des scientifiques, surtout dans le domaine médical.

 

La faune et la flore marines sont utilisés dans les recherches pour la médecine. Crédit: Bernard Banaigs

La faune et la flore marines sont utilisés dans les recherches pour la médecine. Crédit: Bernard Banaigs

 

Au total, 18 000 molécules ont été identifiées à ce jour dans le milieu marin. C’est peu par rapport à ce l’on a déjà pu découvrir sur terre. Une différence qui s’explique par des recherches qui ont débuté tardivement ; c’est seulement depuis les années 1970 que les chercheurs disposent des moyens techniques pour étudier la mer. Des recherches qui s’avèrent nécessaires, car les molécules sont à la base de toute matière tangible, c’est-à-dire de tout élément visible et qui peut être touché.

20 molécules étudiées, 5 médicaments

C’est le premier bilan. Sur les 18 000 molécules répertoriées, peu sont étudiées à ce jour. D’abord parce que les scientifiques se concentrent principalement sur un type de molécule : les métabolites. Ces molécules se divisent en deux groupes, les primaires et les secondaires. Les primaires sont communs à tous les êtres vivants (ADN, sucres, acides aminés…). Au contraire, les secondaires sont propres à chaque espèce. Les chercheurs ont longtemps cru qu’ils n’avaient pas grande utilité, mais ils servent pourtant à la communication entre espèces et au sein de chacune d’elles. Ce sont justement ces métabolites secondaires qui intéressent les chercheurs.

Une autre explication à ces quelques molécules à l’étude : le budget annuel alloué par l’Etat à la recherche scientifique est en baisse de 1% par rapport à l’année 2013, soit une amputation de 80 millions d’euros. « Je passe les trois quarts de mon temps à la recherche de financements, et non à la recherche scientifique », raconte Bernard Banaigs, chercheur à l’Université de Perpignan. Malgré tout, les recherches internationales ont permis l’élaboration de cinq médicaments différents : deux anticancéreux, un antitumoral, un analgésique et un antiviral. C’est peu par rapport aux 20 molécules encore à l’étude. « C’est triste à dire, mais pour l’instant, l’industrie pharmaceutique ne s’intéresse qu’à ce qui rapporte », explique le chercheur. Il ajoute que les entreprises pharmaceutiques se concentrent principalement sur la création de médicaments contre le cancer en délaissant les autres maladies et virus (paludisme, malaria…).

La Méditerranée est riche en molécules

« Les recherches n’ont pas encore permis de savoir si ces molécules s’avéreront utiles dans le futur », précise Bernard Banaigs. La mer forme un tout ; certaines espèces présentes dans une mer peuvent également se retrouver dans une autre. Mais plus il y a d’espèces, plus il y a de chances de trouver des molécules intéressantes. La Méditerranée représente 10% de la biodiversité marine mondiale. Environ 12 000 espèces aquatiques y sont répertoriées, faune et flore confondues.

Et les recherches ne sont pas simples. Ce qui manque aux chercheurs, ce sont les pistes qu’auraient pu constituer les « remèdes de grand-mères », savoirs traditionnels qui consistent à utiliser les plantes pour se soigner. C’est ce qu’on appelle l’ethnobotanique. Quelques siècles plus tôt, cette pratique n’était que peu exploitée concernant le milieu marin, tout simplement par manque de moyens techniques pour l’étude des fonds marins. Aujourd’hui, les chercheurs rencontrent parfois le même manque de matériel. La faute aux restrictions budgétaires évoquées précédemment, surtout dans la recherche académique française. La mer semble être une ressource incontestée pour la médecine. Encore faut-il s’accorder les moyens de l’explorer.

Lhadi Messaouden

Suzanne Shojaei