Ils boivent avec excès

Les pratiques dites festives évoluent et l’on voit apparaître un nouveau phénomène de mode qui consiste à consommer de l’alcool rapidement et excessivement.

Les urgences de l’hôpital de Cannes voient arriver des jeunes dans un état d’alcoolémie extrêmement avancé dès le début du week-end. Tous les jeudis, vendredis et samedis soirs, c’est le même constat: “Leur moyenne d’âge est d’environ 17 ans et ils sont là soit parce qu’ils ont fait un coma éthylique, soit parce qu’ils étaient ivres et se sont battus” explique Khalid, interne à l’hôpital. De plus en plus, les jeunes adoptent un comportement excessif avec l’alcool. Le phénomène des “beuveries express” (ou “binge drinking” en anglais) en est l’exemple parfait. Le but étant d’atteindre un état second le plus rapidement possible en consommant de l’alcool. Romain, étudiant de 18 ans à Marseille, avoue avoir fini  “chez les pompiers dans un état d’inconscience total” après avoir ingéré “une bouteille de whisky et la moitié d’une bouteille de vodka”. En 2011 selon l’OFDT (Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies), plus d’un jeune sur deux âgé de 17 ans avoue avoir eu, comme Romain, un comportement de beuverie express.

 Aujourd’hui, ce n’est pas tant la quantité d’alcool consommée mais plutôt le (court) laps de temps dans lequel elle est ingérée qui caractérise cet excès. L’alcool est de moins en moins utilisé comme facilitateur social pour se désinhiber. Pour Bruno Perez, directeur du centre d’action et de libération du mal-être éthylique de la clinique à Cabris (06), « cette recherche de transe  est une démarche qui ressemble plus à ce qui s’était passé avec l’héroïne il y a 40 ans ».

“Tu relèves le défi pour ne pas perdre la face”

 

Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer ce comportement à risque. La peur de l’avenir et la pression scolaire instaurent un mal-être lié à la place du jeune dans une société en crise. Cependant, cette quête d’ivresse excessive est avant tout un phénomène de mode. “N’importe qui peut se laisser entraîner à boire ! Dans l’ambiance de la soirée, les potes te chauffent et tu relèves le défi pour ne pas perdre la face”, confie Romain. Cette pratique s’inscrit dans un acte rituel d’intégration au groupe, comme l’explique le sociologue Thierry Morel : “Boire est vu comme le marqueur du passage de statut d’adolescent à celui d’adulte.”

Ce phénomène prend d’autant plus d’ampleur qu’il est accentué par l’omniprésence des réseaux sociaux. En témoigne le succès de la « neknomination »  qui consiste à boire le plus possible en défiant ses amis d’en faire de même, le tout devant une caméra. Un concept dangereux qui a déjà entrainé la mort d’un adolescent et qui attire même les plus jeunes. Dernier exemple en date, cette fillette de 9 ans hospitalisée au début du mois d’avril en Angleterre après avoir ingurgité une grosse quantité d’alcool.

 

La consommation d’alcool excessive symbolisée par la «neknomination»  (Crédits Photo : Elie Julien)

La consommation d’alcool excessive symbolisée par la «neknomination» (Crédits Photo : Elie Julien)

 

 

Une consommation ponctuelle à risque

 

Le « binge drinking » et toutes les autres formes de consommation excessive d’alcool restent, pour la plupart des jeunes, des actes ponctuels. Très peu en sont dépendants pourtant il y a de réels risques. D’une part, les jeunes sont les plus touchés par les accidents de la route alors qu’ils sont sous l’emprise de l’alcool. D’autre part, à long terme, les fonctions neurologiques ainsi que l’organisme peuvent être gravement dégradés. «  Il est difficile de les sensibiliser car ils n’arrivent pas à se projeter dans l’avenir », affirme toutefois le Dr. Jean Marc Cohen, médecin au centre d’addictologie et toxicomanie à Antibes (06). Il existe donc un vrai danger pour ces jeunes qui boivent sans modération.

 

Erwan Schiex

Lucas Vola