Le Vietnam se révolte contre la Chine

Depuis le week-end du 10 et 11 mai, les Vietnamiens protestent fermement contre la Chine. Mardi 13 mai, la violence a explosé dans la région d’Ho Chi Minh-ville.

Depuis le 13 mai, plus de 400 usines ont été saccagées par les Vietnamiens. La plupart sont des entreprises chinoises. (Crédits photo : REUTERS/Thanh Tung Truong)

Depuis le 13 mai, plus de 400 usines ont été saccagées par les Vietnamiens. La plupart sont des entreprises chinoises. (Crédit photo : REUTERS/Thanh Tung Truong)

Tout a commencé au début du mois… Les Vietnamiens demandent l’annulation du déploiement d’une plateforme pétrolière chinoise en Mer de Chine, dans l’archipel des Paracels, une voie maritime internationale riche en pétrole et revendiquée par Hanoï. Ces eaux ont également été le théâtre d’affrontements entre navires des deux nations. Ne constatant aucune évolution, les Vietnamiens ont décidé d’agir en s’attaquant aux zones industrielles du pays. Sur 63 provinces vietnamiennes, 22 sont concernées par ces manifestations. La plus touchée est celle de Binh Duong, près d’Ho Chi Minh-ville, dans le Sud du pays. Et c’est, de cette région, qu’un jeune ressortissant français – qui souhaite rester anonyme – a répondu à nos questions.

« Sociétés de chaussures, vêtements, vélos… Tout y est passé »

La nuit de lundi à mardi a été la plus violente dans la province : pillages, émeutes, destructions et incendies. Mais les forces vietnamiennes ne sont pas montées au créneau. Une réaction étonnante dans ce pays communiste dans lequel la moindre manifestation est signe de révolte envers le régime. Les Vietnamiens s’en sont notamment pris aux usines, incarnations parfaites de « l’impérialisme » chinois dont ils se sont toujours méfiés. Mardi 13 mai, la situation a empiré dans la province, ce français trentenaire explique : « Lorsque nous sommes retournés à notre usine après manger, nous avons été témoins d’émeutes devant une usine et de destruction du matériel. Ensuite, durant l’après-midi, deux attaques contre l’usine pour laquelle je travaille ont été repoussées. Nous avons du sortir pour leur expliquer que nous étions Français, pas Chinois. » Après ces incidents, le patron a décidé de fermer le site « pour la sécurité des ouvriers ». Avant de partir, certains travailleurs ont décidé d’installer d’imposantes machines devant le portail pour sécuriser leur lieu de travail mais ces dernières n’ont pas suffi. « 15 à 30 minutes après, on a été informés que le portail avait été arraché et que des fenêtres avaient été cassées. » Le lendemain, mardi, les employés ont une nouvelle fois été renvoyés chez eux.

Pillage et incendie... les manifestants vietnamiens n'ont pas épargné les usines taïwanaises ou coréennes. (Crédits photo : http://www.5giay.vn/)

Pillage et incendie… les manifestants vietnamiens n’ont pas épargné les usines taïwanaises ou coréennes. (Crédit photo : http://www.5giay.vn/)

« Impossible d’avoir de vraies infos »

Cet expatrié français explique qu’aucune information n’est vraiment communiquée par les médias officiels et que le meilleur moyen de se tenir au courant des événements est encore de consulter les réseaux sociaux. Ils sont nombreux comme lui, expatriés au Vietnam, a ne recevoir que peu d’informations de la part des consulats ou de l’ambassade. Mercredi après-midi, le consulat de France a pour sa part envoyé un mail. Faisant le point sur la situation, il ne propose aucun moyen d’aide aux destinataires (mais rappelle plutôt de « conseiller » aux ressortissants français non-inscrits au registre de « régulariser leur situation »). Mais pour ce jeune ressortissant, « la valise et les papiers sont prêts », au cas où la situation dégénèrerait. Dans son mail, le consulat français explique que « les autorités vietnamiennes surveillent la situation et ont renforcé leurs effectifs de police sur place ». Le consulat conseille ensuite aux Français de ne pas participer à ces manifestations et de les éviter au maximum,de s’en tenir éloigné.

« Des usines taïwanaises et coréennes ont également été touchées, les manifestants ne font pas la différence » raconte le jeune homme. Selon Focus Taïwan, les émeutes auraient blessé deux Taïwanais et causé la mort de deux Chinois. Le pays a également mis en place des vols « navettes » entre Taïwan et Ho Chi Minh-ville afin de rapatrier les ressortissants taïwanais en danger au Vietnam.

La Chine, de son côté, a communiqué sa « vive préoccupation » tout en notifiant à Hanoï, une « protestation solennelle ». Ce voisin un peu intrusif aux yeux des citoyens vietnamiens a également « exhorté le Vietnam à prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre fin à ces actes criminels et punir leurs auteurs.» Jeudi 15 mai, la situation s’est calmée dans la province de Binh Duong. « La police est très présente même si le mal est fait » déplore ce jeune français.

Eloïsa Patricio