Un photographe de quartier devant les projecteurs

Georges Martin photographie un client dans son studio. (Crédit Photo : Nicolas Richen)

Georges Martin photographie un client dans son studio. (Crédit Photo : Nicolas Richen)

De l’aéronavale aux mariages, en passant par les « chiens écrasés », le Bolchoï, les voiliers, la publicité et les cartes d’identité, Georges Martin a collectionné les expériences avec son appareil photo en près de soixante ans de carrière. Une fois n’est pas coutume, c’est lui qui est passé devant l’objectif. Rencontre.

 « Studio 38 », à Cannes-La-Bocca. Un couple marié depuis 49 ans accueille sa clientèle avec un large sourire. Janine et Georges sont travailleurs indépendants. « Après toutes ces années, je ne sais pas comment je fais pour la supporter [sa femme] », lâche discrètement Georges Martin, taquin, et tout heureux de raconter son histoire. Ce dernier est artisan, et plus précisément, photographe « de quartier, à l’ancienne et proche des gens », comme il le dit lui-même. « Des photographes ayant un studio, il n’en reste presque plus à Cannes. »

Des expériences variées

L’histoire d’amour entre Georges Martin et la photographie remonte à 1956, alors qu’il avait quinze ans. À l’époque, il était apprenti électricien. « J’ai su qu’il y avait une place chez un photographe, j’y suis allé », se souvient-il, après mûre réflexion. Sa carrière de photographe professionnel a débuté lorsqu’il s’est engagé dans l’armée. L’occasion pour lui de suivre une formation en photographie et de devenir photographe dans l’aéronavale, en Tunisie. Cette expérience a duré trois ans. « Je devais développer les photos des avions pour les services secrets.  J’étais le roi à l’armée, car le photographe était hors cadre ; il pouvait être appelé à tout moment, lorsqu’un avion était en difficulté par exemple. J’étais dans un camion de pompier pour voir ce qui se passait. » Il raconte que son travail était très varié : « Il m’arrivait aussi de photographier des pièces d’avion cassées pour le service technique. […] Pour nous [les quatre photographes], c’était moins dangereux, on était protégés. »

« Il faut encore des professionnels pour certaines tâches »

De retour dans l’Hexagone, ce natif du nord de la France a rejoint Paris, où il a été embauché dans une imprimerie pour faire de la photogravure. « J’ai ensuite été pigiste à Nice-Matin pendant neuf ans. J’ai fait beaucoup de chiens écrasés, d’inaugurations, de mariages, mais aussi de beaux reportages. » À cette époque, il explique que les journalistes ne faisaient pas de photos. « Je gagnais plus d’argent en revendant mes clichés qu’avec les piges, car je ne passais pas les négatifs au journal ». Parmi ses souvenirs les plus marquants au cours de sa carrière de pigiste, la mort d’un homme écrasé par un train le 24 décembre : « à la morgue, j’ai dû lui rentrer sa langue dans la bouche pour pouvoir le photographier », raconte-t-il d’un air léger. Le décès de huit Cannois lors d’une avalanche fait aussi partie de ses moments forts. « Je devais me taper les huit maisons pour avoir des photos de chaque mort le jour de ce terrible accident… »

Celui qui « aime photographier tous les sujets » reconnaît que « la quantité de travail a énormément diminué au fil des ans ». Pour lui, le passage au numérique n’a pas été compliqué, car il s’est fait progressivement. Georges Martin gagnait beaucoup plus d’argent dans le passé. « Aujourd’hui, avec ma femme, on gagne de quoi vivre, mais on ne peut pas se permettre de prendre notre retraite. » Janine ajoute que « personne ne veut racheter le studio. Les photographes ne veulent pas être enfermés dans une boutique ». En attendant de passer le flambeau, Georges continue à faire vivre le « studio 38 ». Jadis, la mairie de Cannes lui proposait quelques contrats. « Quand l’adjointe a appris que j’étais coco [Georges a sa carte du parti communiste depuis vingt ans, ndlr], elle ne m’en a plus redonnés ». Malgré ses convictions — tout le quartier les connaît —, les hommes et femmes politiques de tous bords continuent de faire appel à lui pour les photos de campagne. « Même les candidats FN viennent dans mon studio. » Cela prouve bien qu’il sait être consensuel quand il est dans la peau du photographe.

Georges Martin a assisté à près de 700 mariages en tant que photographe. Qui dit mieux ? (Crédit Photo : Nicolas Richen)

Georges Martin a assisté à près de 700 mariages en tant que photographe. Qui dit mieux ? (Crédit Photo : Nicolas Richen)

À droite, un avion qui s’écrase. Il a été immortalisé par Georges Martin, quand il était engagé dans l’armée. À gauche, une note humoristique du pilote de l’appareil. (Crédit Photo : Georges Martin)

À droite, un avion qui s’écrase. Il a été immortalisé par Georges Martin, quand il était engagé dans l’armée. À gauche, une note humoristique du pilote de l’appareil. (Crédit Photo : Georges Martin)

César Prieto Pérochon

Nicolas Richen