Quand la tradition inspire la modernité

Il existe de nombreux liens entre les différentes danses traditionnelles du pourtour méditerranéen. Aujourd’hui, de plus en plus de chorégraphes et de danseurs s’inspirent de la culture méditerranéenne dans leurs créations contemporaines.

« Je pense qu’il existe beaucoup de connexions entre les danses et les musiques en Méditerranée ». Eva Figeras, professeur de Flamenco à la MJC Picaud  de Cannes, revendique une vision moderne de la danse traditionnelle Espagnole. Après avoir appris auprès des plus grands comme José Galvane , chorégraphe de flamenco reconnu mondialement, Eva s’est petit à petit écartée du style « classique ». « J’aime adapter les mouvements traditionnels dans des chorégraphies plus modernes ». Elle travaille aujourd’hui sur un projet mêlant cette danse à la danse africaine. Eva ajoute : « la base du lien entre toutes les danses méditerranéennes c’est le rythme ! Flamenco, musique orientale, musique des Balkans… »

 

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Eva Figeras, professeur de Flamenco à la MJC Picaud. Crédits DR

 

Un avis partagé par Jean-Paul Montanari, directeur du festival international Montpellier danse et de l’Agora de la danse. Ce chorégraphe reconnu a déjà mis en avant la Méditerranée lors de plusieurs éditions du festival. « Les danses folkloriques méditerranéennes sont souvent utilisées comme outils dans les spectacles contemporains. Déstructurer, découper en petits morceaux les techniques traditionnelles, tout en gardant le rythme et l’esprit pour en faire quelque chose de beaucoup plus moderne ». Le chorégraphe français Tony Gatlif reprend par exemple les danses des derviches tourneurs turcs dans ses compositions. Israël Galvane, fils de José Galvane, fait exploser les codes du Flamenco pour en faire une danse beaucoup plus moderne. Radouane El Meddeb, chorégraphe tunisien s’est quant à lui réapproprié la danse du ventre, dans son spectacle « Au temps où les Arabes dansaient ».

 

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Un spectacle de danse flamenco « classique ». Crédits DR

 

« Ce qui est sûr, c’est qu’autour de la Méditerranée, il y a beaucoup de danseurs, de chorégraphes et de lieux de créations très intenses » ajoute Jean-Paul Montanari. Montpellier et son festival, la biennale du Flamenco à Séville, les plateformes de découvertes à Chypre, ou « danse contemporaine en Israël » à Tel Aviv sont autant de preuves de l’élan de créativité qui saisit la Méditerranée. Cette évolution de la danse rencontre cependant des résistances dans certaines régions. « Avec le printemps Arabe, il est de plus en plus difficile de faire venir des artistes de l’autre côté de la Méditerranée et il est difficile pour les nouveaux talents d’éclore » nous confie Jean-Pierre Montanari. Ces évènements s’illustrent par un retour à la tradition dans certaines régions. « Mais il se passe encore beaucoup de choses à Beyrouth et au Caire sur le plan artistique». Dans une Espagne très traditionnelle, il existe des difficultés à accepter l’évolution du Flamenco. Un artiste comme Israël Galvane , pourtant reconnu dans le monde entier, est controversé dans son propre pays.

Eva, tout en reconnaissant la force de l’héritage méditerranéen, assure que les danseurs actuels, en s’ouvrant à d’autres styles et techniques de danse, ont « gagné en capacité d’adaptation et en qualité ». Alors, on danse ?

Un aperçu en images avec une création de Radhouane El Meddeb :

 

 

 

 

Antoine Coste Dombre

Antoine Lahier