La difficile équation du tourisme

Eau turquoise, sable fin, palmiers et chaleur : le bassin méditerranéen attire un très grand nombre de touristes tout au long de l’année. En devenant une destination incontournable pour les visiteurs, la Méditerranée s’expose aux effets néfastes du tourisme mondial.

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Le tourisme est une manne financière indispensable, comme ici à Cannes, mais peut avoir des effets négatifs. (Crédit photo : Eloïsa Patricio)

Entre 2011 et 2012, la Méditerranée a accueilli près de 300 millions de voyageurs, ce qui en fait la zone la plus touristique au monde. En 2012, la France se plaçait même en tête des destinations les plus prisées avec 83 millions de visiteurs devant l’Espagne (3ème), l’Italie (5ème) et la Turquie (6ème). Si le tourisme représente une manne financière indispensable dans bon nombre de pays méditerranéens, il peut aussi devenir très problématique. L’environnement est souvent trop fragile pour assumer ces flux incessants. À Venise par exemple, les immenses bateaux de croisière n’hésitent pas à s’approcher au plus près de la ville, quitte à détruire les fonds marins. “Le tourisme abîme toujours”, avoue Laurence Rannou, responsable de l’agence Selectour à Cannes. En plus des problèmes écologiques, le tourisme soulève aussi des questions quant à la protection du patrimoine historique et culturel. De Pompéi aux grands temples grecs, en passant par Dubrovnik en Croatie, la surfréquentation de certains sites met en danger leur conservation. A tel point que l’on pourrait se diriger, selon Laurence Rannou, vers “une fermeture d’une grande partie du site de Pompéi par exemple, comme pour les grottes de Lascaux”. Une décision qui représenterait une véritable perte pour la ville. Cette situation résume le plus grand paradoxe du tourisme. Les gouvernements ont absolument besoin des recettes qu’il génère, pour aménager les sites et restaurer les lieux historiques. Paradoxalement, c’est ce même tourisme massif qui détruit environnement et patrimoine. Pour Lucien Chabason, président du Plan Bleu pour la Méditerranée, le tourisme “permet à la fois de sauvegarder les ressources mais aussi de les détruire”. Tout l’enjeu se trouve alors dans la gestion des flux et des bénéfices générés par les visiteurs. “Le tourisme peut être le pire comme le meilleur, il faut savoir le gérer sans trop le prendre en main”, souligne cet ancien directeur de cabinet au Ministère de l’environnement.

Des solutions collectives

La France, qui est “un bon exemple de gestion du tourisme” selon Lucien Chabason, a créé en 1975 le Conservatoire du littoral. Il permet notamment la protection de l’environnement face au tourisme. Cet établissement public achète des terrains à des particuliers afin d’en préserver la valeur patrimoniale. Le site est alors protégé, surveillé, entretenu et ouvert au public avec une réglementation stricte. François Fouchier, délégué Provence-Alpes Côte d’Azur du Conservatoire, qualifie cette institution “d’outil réglementaire pour trouver un équilibre entre le tourisme et la protection de l’environnement et du patrimoine”.

L’établissement possède également une délégation internationale et des partenariats avec de nombreux pays méditerranéens (Algérie, Maroc, Tunisie, Espagne, Italie, Libye…) afin de mettre en place des programmes internationaux pour la conservation du littoral et des fonds marins. Ainsi, le Conservatoire tente de construire un “tourisme durable” pour éviter le cercle vicieux du tourisme de masse, comme l’exprime François Fouchier : “Le touriste se lasse et va dans d’autres espaces, comme en Croatie, pour en profiter jusqu’à les dégrader”. La gestion du tourisme est donc devenu indispensable pour les gouvernements, afin d’assurer la pérennité de l’activité tout en réduisant ses conséquences négatives. “On ne peut rien faire individuellement, il faut une prise de conscience collective” conclut Laurence Rannou.

Lucas Vola

Eloïsa Patricio