Sébastien Loeb en WTCC, c’est mieux que prévu

On est presque à la mi-saison en WTCC (World Touring Car Championship) pour la grande première de Citroën et Loeb dans la discipline. Quel bilan peut-on tirer de la première partie de saison de l’Alsacien?

Après avoir refermé la parenthèse des neuf titres de champion du monde des Rallyes, Sébastien Loeb a choisi le WTCC en guise de deuxième carrière. L’Alsacien n’avait pas les yeux plus gros que le ventre à l’heure de fixer ses objectifs, mais comme tous les grands champions, il se montrait impatient de réussir : « Nous allons avoir des réponses, au moins en partie en tout cas, à ces interrogations qui restent en suspens tant que le drapeau vert n’est pas déployé. Où en est la voiture ? Et moi, où j’en suis ? J’ai hâte de voir notre niveau de performance, et le mien par rapport aux autres concurrents, et à mes coéquipiers. Je vais véritablement découvrir cette nouvelle discipline. Et c’est excitant ! » déclarait-il à l’aube de la première manche à Marrakech. Des questions auxquelles on est en mesure de répondre aujourd’hui.

• Où en est-il par rapport à ses coéquipiers ?

Jose Maria Lopez et Yvan Muller devancent Sebastien Loeb au général. (Crédit photo : D.R.)

Jose Maria Lopez et Yvan Muller devancent Sebastien Loeb au général. (Crédit photo : D.R.)

Au général, Loeb est troisième avec 134 points, soit quatre petites unités de moins qu’Yvan Muller. En revanche, l’ex-pilote de Rallye est très loin de Jose Maria Lopez, le leader du championnat, lui aussi pilote Citroën qui totalise déjà 179 points. Loeb termine souvent derrière ses deux coéquipiers lorsque les trois C-Élysée parviennent à finir une course. Il porte son total de victoires à deux unités. Mais chaque fois obtenues dans des conditions spéciales. À Marrakech, il a gagné la deuxième course, dans laquelle Yvan Muller a été pris dans un accident sur la ligne de départ. Et en Slovaquie, sous le déluge qui frappait le Slovakiaring, il est parti en deuxième position, a réalisé un bon départ pour se placer devant puis a profité de l’interruption de la course pour s’imposer. On n’enlève rien à Sébastien Loeb, évidemment. Mais il nous tarde de le voir gagner une course en supplantant ses deux coéquipiers. D’un point de vue du talent au sens intrinsèque, Jose Maria Lopez est clairement au-dessus des deux Alsaciens en conduite pure sur circuit. Sa domination insolente en qualifications (trois pôles sur cinq possibles) le démontre. Son nombre de courses remportées (trois) également. Yvan Muller, qui a été accidenté au Maroc, puis pénalisé en Slovaquie pour un faux-départ, n’a donc pas toujours marqué les points. Contrairement à Loeb qui lui a fini toutes les courses. Mais le champion en titre est devant Sébastien Loeb pour quatre petites unités au championnat du monde. Au-delà du résultat, on voit bien que Seb ne possède pas encore la roublardise et l’expérience de Muller. Il est logiquement derrière lui, mais pas si loin. La différence repose sur quelques détails que seule l’expérience pourra apporter à Loeb.

Sébastien Loeb est 3e (Crédit Photo : capture d’écran)

Sébastien Loeb est 3e (Crédit Photo : capture d’écran)

• Où en est-il par rapport à ses adversaires ?

Pour ne pas tronquer notre analyse, il faut prendre en compte la supériorité du constructeur Citroën lors des deux premières courses. À Marrakech, Loeb a fait 1er et 2e. Puis au Castellet en France, il s’est élancé de la dernière ligne (17e place) puis a su remonter tout le peloton pour finalement prendre une magnifique deuxième place en première course. Mais sa C-Élysée était beaucoup plus rapide que les Honda Civic ou encore les Chevrolet Cruze de ses adversaires. Résultat : la Fédération Internationale de l’Automobile (FIA) a décidé de lester de 60 kg les trois bolides Citroën. Depuis cette décision, Sébastien Loeb ne parvient presque plus à doubler. Yvan Muller et Jose Maria Lopez, ses deux compagnons, éprouvent moins de difficultés. Loeb réussit bien en qualifications, et est quasiment tout le temps devant le reste du peloton. Mais en course, il lui arrive de se faire doubler, notamment dans les premiers virages. Concrètement, il n’est pas au-dessus du lot, mais il est dans le coup.

Sébastien Loeb a su trouver sa place dans le haut du classement en WTCC (Crédit photo : DPPI)

Sébastien Loeb a su trouver sa place dans le haut du classement en WTCC (Crédit photo : DPPI)

• Est-ce un bon début de saison pour lui ?

Oui, oui, oui et oui. Incontestablement. Passer du Rallye au circuit n’a rien de naturel. Même si on dit souvent que les pilotes de Rallye ont une adaptabilité supérieure à la moyenne. C’est le cas avec Loeb. Son objectif de début de saison était de faire quelques podiums. Il en fait à chaque meeting ou presque (deux à Marrakech, un au Castellet, et un en Slovaquie). Il voulait bien se situer vis-à-vis de ses coéquipiers habitués au circuit et s’il ne mène pas la danse, il n’est pas aux abois non plus puisqu’il colle au train de Muller. Il engrange du vécu sur circuit, et se fait plaisir. Le titre devrait se jouer entre José Maria Lopez et Yvan Muller, bien plus réguliers que Sébastien Loeb. Il va falloir qu’il s’habitue à ne plus être sur la plus haute marche du podium en championnat du monde. Et c’est peut-être ça le plus dur à accepter après un règne sans partage (neuf titres) sur la planète rallye.

Jérémy Satis