Fashion photographes : une autre visibilité

Sur la Croisette et jusqu’au Casino Palm Beach de Cannes, le Festival international de la photographie, de la mode et de la beauté propose une galerie d’art à ciel ouvert aux visiteurs. Reportage sur place.

Il est possible d’admirer les photos dans les jardins de la Roseraie (Crédit photo  Gyotis Delsart)

Il est possible d’admirer les photos dans les jardins de la Roseraie (Crédit photo Gyotis Delsart)

Dimanche, le soleil tape, la population est concentrée sur la plage et dans les bars. Très peu de promeneurs déambulent sur la Croisette. Pourtant elle devrait attirer tous les regards car, depuis le  Carlton, elle est ornée d’immenses photos d’yeux de biche, de tailles fines et de longues jambes.  Ces images imprimées sur des toiles de bâche ont la taille d’un panneau publicitaire. Tous les cinq mètres environ, quatre toiles sont fixées sur un échafaudage, tenu au centre par un bloc de béton.  La plupart des passants ne s’attardent pas, ils préfèrent observer la mer. Certains s’arrêtent et touchent la bâche, mais rien de plus.  Les badauds  marchent, apparemment sans savoir que ces affiches sont des œuvres d’art.  Suzanne Greisman, une dame âgée, vient depuis neuf années à Cannes pour le 14 juillet.  Assise sur une des chaises bleues de la Croisette, Suzanne ne semble pas captivée par l’exposition. « Oui c’est bien », dit-elle simplement, « mais il ne faut pas trop exagérer ça gâche la nature », nuance-t-elle.  Suzanne sait que le Festival existe, pourtant elle ne s’y intéresse pas. D’après cette Parisienne, ces photographies ne sont pas de l’art et surplombent la fameuse promenade : «  il ne faut pas trop abuser sur la Croisette, sinon ça devient publicitaire tout ça ! » renchérit-t-elle. Contrairement à la septuagénaire, Olga Petigaix et son mari prennent le temps d’observer les photographies. Pour cette Cannoise, cette présentation extérieure est une bonne idée. Olga a tout de même une opinion assez tranchante : « au moins on a quelque chose à regarder. Il y a tellement de gens moches et qui sont mal habillés ici. » Pour la Cannoise, sur la Croisette, il n’y a rien d’autre que la mer à voir.

Des artistes de tous les horizons viennent exposer (Crédit photo : Gyotis Delsart)

Des artistes de tous les horizons viennent exposer (Crédit photo : Gyotis Delsart)

Au-delà des magazines, une démarche artistique

L’exposition se poursuit dans les jardins de la Roseraie. Au milieu des peintres et des sculpteurs se dressent entre deux palmiers, les photographies de Chico Bialas.  Cette douzième édition  met à l’honneur le photographe vedette, spécialiste de la mode. Il collabore avec les plus grands, notamment les rédacteurs en chef des magazines Elle, Marie-Claire, Vogue Italie. Les mannequins Naomi Campbell, Laetitia Casta, Eva Herzigova, Helena Christensen, Linda Evangelista, Monica Bellucci posent pour son objectif.

•h;Ô÷∞

Chico Bialas (Crédit DR)

Au Casino du Palm Beach, l’ambiance est plus intime qu’à l’extérieur. Sur les murs, tamisés d’une lumière rose, s’alignent, comme dans une galerie d’art, les photos des artistes internationaux, encadrées dans un plus petit format. De cette manière l’image devient tableau, elle perd, alors, son rang d’iconographie du paraître. Le Canada avec Benjamin Kanarek, l’Italie avec Fulvio Maiani, la France avec Patrice Berchery, exposent. Les lignes, les formes, les couleurs, le maquillage, la lumière, le regard, rien n’est laissé au hasard. La morphologie des corps s’accorde avec le paysage. Les mannequins ne se contentent pas de poser, il y a un vrai travail de rôle, de mise en scène. Certaines photographies sont imprégnées de Surréalisme. C’est le cas d’une des œuvres de Lucia Giacani. Un mannequin se tient debout  à côté d’un sac Prada géant. On imagine que c’est grâce à la magie des logiciels de retouches. En tout cas, l’illusion est réussie. Les artistes soulèvent tous les tabous et les complexes. Hamid Bechin, photographe américain joue avec l’homosexualité. Voici le tableau : trois femmes sont allongées dans un champ, deux s’embrassent et la troisième a le regard tourné vers le spectateur. Un regard provocateur.

Le Suisse Carlo Schuller présente sa collection "contact et exhibition" (Crédit DR)

Le Suisse Carlo Schuller présente sa collection « contact et exhibition » (Crédit DR)

Jean Loup Sieff, Guy Bourdin, Friedmann Hauss… Toutes ces stars de la photo ont parrainé tour à tour le Festival. Organisé par Marcel Partouche Sebban, cette rétrospective affirme le statut artistique de la photographie de mode.  D’ailleurs la photographie n’est-elle pas le huitième art ? La preuve est là. L’exposition a démarré le 15 juin et dure jusqu’au 29 août, il est encore possible d’y faire un saut et de s’émerveiller !

l'Italien Andrea Varani expose ses photos jusqu'au Japon et dans les plus grands magazines de mode. (crédit DR)

l’Italien Andrea Varani expose ses photos jusqu’au Japon et dans les plus grands magazines de mode. (crédit DR)

Gyotis Delsart

Article à retrouver sur dailymodeart