« Morgan Parra m’apporte beaucoup » #1

Jérémy Gondrand a commencé le rugby à l’âge de 5 ans. Arrivé très tôt au haut niveau, il s’impose aujourd’hui comme titulaire indiscutable au sein du Club Sportif Bourgoin-Jallieu. Alors que la saison s’annonce compliquée pour son club qui évolue en Pro D2, il a accepté d’accorder une longue interview à Buzzles. Et c’est un joueur détendu et en confiance que nous avons retrouvé dans la brasserie du stade.

Joueur polyvalent, pouvant jouer numéro 9 et numéro 10, quel poste préfères-tu ?

Il faut savoir que j’ai un parcours étonnant. Dans les catégories jeunes j’ai toujours joué numéro 10. Ensuite, j’ai joué trois saisons à la mêlée avec l’équipe une, avant d’être partagé entre les deux postes de la charnière par la suite. Donc je vais dire que peu m’importe le poste, tant que je joue. Après c’est vrai que je me sens bien en 10, parce qu’il y a plus d’espaces, t’as plus le temps d’analyser les situations qu’en 9.

L’année dernière tu étais régulièrement en charge du jeu au pied et il t’est arrivé d’avoir des jours sans, notamment contre Dax. As-tu profité d’Alexandre Péclier pendant l’intersaison pour travailler ces carences ? Et qui sera en charge du jeu au pied cette saison ?

(Rire) Oui oui je me souviens de ce match. J’avais manqué les deux premières et après j’étais au fond, heureusement on avait fait le taf dans le jeu courant. Ça m’était également arrivé une deuxième fois la saison dernière, contre Mont-de-Marsan, il me semble. Pour Alexandre Péclier, oui j’en ai profité. On a une bonne relation et il ne me met pas trop sous pression. Du coup on a beaucoup travaillé, que ce soit en fin de saison dernière ou sur la préparation de celle qui arrive. Ce qui est cool, c’est qu’il est plus dans l’échange que dans la directive. Puis on connait tous ses qualités de botteur, alors quand il te parle ça t’influence plus que si c’était un pilier qui te donnait des conseils (rire). Après il a su me mettre en confiance. Par exemple après le match contre Dax, il ne m’a pas mis au fond du trou en me disant ce qui était positif, malgré mes échecs, c’est ce qui m’a fait progresser. Et c’est peut-être ce qui m’a aidé à rentrer celle contre le LOU (le Lyon Olympique Universitaire, ndlr) en fin de saison. Après les coachs ne mettent pas la pression, ils me font confiance, tout comme mes coéquipiers. Du coup j’ai confiance en moi. Et il me semble qu’avec ça j’ai déjà fait 50% de la performance.

Pendant l’intersaison, Jérémy a travaillé son jeu au pied avec Alexandre Péclier, pour continuer de progresser. (Crédit photo :  Le DL / Jean-François Souchet)

Pendant l’intersaison, Jérémy a travaillé son jeu au pied avec Alexandre Péclier, pour continuer de progresser. (Crédit photo : Le DL / Jean-François Souchet)

 

Peux-tu nous décrire ton parcours ?

J’ai joué mon premier match avec l’équipe une en fin de saison 2007/2008, alors que je n’avais que 18 ans (victoire 22-19 contre Brive le 14 juin 2008). Pendant les 2 saisons suivantes, j’ai  un peu stagné. J’ai joué 4 et 5 matchs, et encore je pouvais dire merci au challenge européen. Après il faut dire que la concurrence était très forte (Morgan Parra et Mickaël Forest), puis la vision du coach n’étaient pas la même. A l’époque j’avais moins prouvé et donc logiquement ils avaient moins confiance en moi. Puis en  2011/2012 alors qu’on était en proD2, j’ai joué toute la fin de saison, et l’année suivante, en fédérale 1 j’ai fait tous les matchs.

Quelle est ta relation avec Morgan Parra ?

Il m’a beaucoup apporté  au début. On était en concurrence donc c’était un peu compliqué, on avait tous les deux beaucoup de caractère. Mais depuis l’année de fédérale 1, chaque fois que je le revois, on échange, ça se passe super bien, il m’apporte beaucoup, me donne des bons conseils. On se voit dans les mariages, c’est vraiment sympa, on a de très bonnes relations.

Est-ce que tu te considères comme un leader ? 

Un leader, c’est sur le terrain, alors non pas vraiment. Je me prends pas trop la tête, je suis plus dans la déconnade. On va plutôt dire que je suis un leader de l’après match (rire). Non plus sérieusement je joue à un poste à responsabilité, donc comme disent les coachs je suis un leader stratégique mais je ne joue pas le rôle d’un capitaine ou d’un leader de combat.

A 24 ans tu as déjà connu 3 divisions différentes, que t’apporte cette expérience ?

J’ai attaqué assez jeune en Top14. Mais au départ ça a peut-être été un peu une finalité pour moi d’intégrer le groupe pro. J’ai été vite propulsé sur le devant de la scène et donc forcément, je voulais vite jouer. Et donc ça a été un peu dur pendant 2-3 ans, parce que je n’étais pas forcément dans le groupe, quand j’y étais c’était dû à une blessure. Dans le même temps je jouais avec les espoirs mais j’espérais plus. J’étais trop pressé de jouer, ce qui était normal. Mais c’est cette époque où ça a été un peu compliqué qui est peut-être bénéfique maintenant. Puis c’est vrai que je n’avais pas grand-chose à dire sur ceux qui étaient devant moi, mais j’aurais pu faire un peu plus de bouts de matchs. Pendant une période j’étais un peu aigri et au final, aujourd’hui j’en remercie les coachs. Parce qu’avec le recul je n’étais pas prêt ni physiquement, ni mentalement.

Tu as déjà pensé à quitter Bourgoin?

L’année de ProD2 où on descend financièrement (2011/2012), si Laurent Seigne n’avait pas été viré je pense que je serais parti, parce qu’il ne voulait pas me garder. Il ne me faisait pas jouer, préférant titulariser Fabio (Da Silva) et Josh Holmes. Et dès son départ, Laurent Mignot a pris les rênes de l’équipe une et dès ce moment, j’ai joué les 12 derniers matchs. Il m‘a fait confiance d’entrée et c’est ce qui m’a permis de rester.

Comme la saison dernière, les joueurs du CSBJ ont « tuné » une voiture aux couleurs du club. Celui qui fait la plus grosse bourde du match doit se déplacer la semaine suivante en ville avec ce bolide. C’est là une preuve de la bonne ambiance qui règne au sein du groupe. (Crédit photo: Pierrick Ilic-Ruffinatti)

Comme la saison dernière, les joueurs du CSBJ ont « tuné » une voiture aux couleurs du club. Celui qui fait la plus grosse bourde du match doit se déplacer la semaine suivante en ville avec ce bolide. C’est là une preuve de la bonne ambiance qui règne au sein du groupe. (Crédit photo: Pierrick Ilic-Ruffinatti)

Et le départ de Laurent Mignot peut justement changer quelque chose ?

Non je ne pense pas. Il m’a beaucoup fait grandir, il m’a vraiment fait évoluer dans le rugby. Mais bon, tu ne peux pas dépendre que d’un entraîneur, faut savoir faire la part des choses et prendre son envol. Je lui suis reconnaissant, mais je dois continuer à me développer de mon côté, et lui aussi d’ailleurs. Puis bon, c’est un staff qui ne nous est pas inconnu, composé de Pascal Peyron et de Pec’(Alexandre Péclier). Sans oublier Camille Levast qui est en charge de l’administratif mais qui sera avec nous sur les déplacements et dans les avants-matchs.

Et le groupe ?

Certains font de la langue de bois en disant « Ouais ça se passe bien à l’intérieur… ». Mais ici, au CSBJ, ça fait 7 ans qu’on bosse presque tous ensemble. On a traversé des moments difficiles et on est avec la force des choses tous devenus des amis. J’ai joué avec certains en Crabos (effectif junior), en Reichels (joueurs de moins de 21 ans) et en espoirs. Alors je peux dire qu’on en a passé des moments ensemble, je pense notamment à Maël Moinot, Walter Argoud,  Fabien Perrin, Julien Janaudy, Jérémy Guillot, Léandre Cotte et j’en passe. Plus que des collègues de travail, ce sont tous des amis. À Bourgoin, il y a tout ce qui se passe sur le terrain puis il y a l’en dehors. On vient plus tôt le matin, on repart plus tard le soir pour passer du temps ensemble, c’est dire si ça se passe bien entre nous.

Propos recueillis par Pierrick Ilic-Ruffinatti

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