Well Well Well redonne vie à la presse lesbienne

Depuis vendredi 12 septembre, les lesbiennes ont enfin retrouvé un média qui leur est destiné. Well well well, nouveau « mook » semestriel (mi-book, mi-magazine), est disponible en librairies et sur Internet.

A première vue, le « mook » a la classe. Sobre, papier de bonne qualité et portrait de la réalisatrice Céline Sciamma en Une. Dès les premières pages, les rubriques sont aguicheuses et le sommaire incitatif : dossier sur le mariage pour tous, portraits d’artistes, écrits inédits de Virginie Despentes, foot féminin… 128 pages pour découvrir (ou redécouvrir) la culture lesbienne. Virginie Despentes ouvre le bal, décrivant avec justesse et sincérité la difficulté de se retrouver dans la société, mais évoquant aussi la confusion des genres : « J’en ai marre d’être une meuf. Je n’ai aucune envie de passer de l’autre côté mais je ne supporte plus d’être à ma place », écrit l’écrivaine et réalisatrice française. Encore un peu de culture dans les pages qui suivent, avec notamment les portraits de la cinéaste française Céline Sciamma, celui de la photographe sud-africaine Zanele Muholi et la bédéiste américaine Alison Bechdel. Suit le dossier sur le mariage pour tous, intitulé « Le temps des regrets ». Avec du recul, la rédaction analyse les temps forts, les occasions ratées, les gaffes mais aussi la représentation des lesbiennes lors des manifestations et plus largement dans la politique. Un peu de sport ensuite avec un reportage photo sur le foot féminin, puis une touche d’histoire ou encore les bonnes adresses pour sortir à Paris. Dans Well Well Well, on trouve également des témoignages, sur le féminisme ou livrés par des transsexuelles lesbiennes. Ce numéro comporte une interview de Jiz Lee, une star du porno queer.

Well well well ouvre d’autres horizons en même temps qu’il se penche sur les questions importantes du quotidien des femmes homosexuelles. Sans forcément chercher à trouver une théorie, à rentrer dans des cases, il laisse simplement ses lignes ouvertes à des profils encore trop peu connus.

La rédaction permanente de Well Well Well, composée de onze journalistes et deux graphistes. Crédits : D.R/Well Well Well

La rédaction permanente de Well Well Well, composée de onze journalistes et deux graphistes. Crédits : D.R/Well Well Well

 

« Beaucoup d’annonceurs ne veulent pas être associés à ce genre de presse »

Après la disparition de quasiment tous les titres lesbiens à la veille du débat sur le mariage pour tous (La Dixième Muse, tetue.com…), les lesbiennes peuvent à nouveau bénéficier d’une revue dans laquelle elles se retrouvent. Grâce à la plateforme de crowdfunding, Ulule, 17 000 euros ont été récoltés au total grâce aux dons des futures lectrices (et lecteurs?). L’objectif de base, de 10 000 euros, a été atteint en seulement 15 jours, au lieu des deux mois et demi prévus. De l’argent indispensable pour assurer les frais d’impression, postaux, administratifs, etc. D’autant plus nécessaire que toutes les économies possibles ont été réalisées : les onze journalistes et deux graphistes, le noyau dur de la rédaction, ont choisi de travailler bénévolement. Ulule est également apparu indispensable face au peu d’annonceurs prêts à apparaître dans le « mook » : « C’est compliqué de financer la presse, mais d’autant plus la presse LGBT (« Lesbienne, Gay, Bi, Trans », ndlr). Beaucoup d’annonceurs ne veulent pas être associés à ce genre de presse, à ce genre de public », explique Marie Kirschen, rédactrice en chef.

 La création du « mook » prend alors tout son sens. Si la rédaction n’est en rien associée à une quelconque association LGBT, elle se place tout de même sur le front pour « porter la voix des lesbiennes ». Et leurs combats.

 

Eloïsa Patricio

Retrouvez l’interview complète de Marie Kirschen, rédactrice en chef de Well Well Well, sur l’oeil de l’info.