Les femmes aussi ont droit à leur part du gâteau

A l’occasion de la 9e édition des Etoiles de Mougins, Buzzles pose la question : les hommes ne pourraient-ils pas être aux fourneaux et les femmes aux remises de prix?

Enraciné dans les cultures, ce n’est pas une idée mais un fait, la femme se retrouve plus souvent à faire la cuisine que l’homme. Paradoxe étrange puisque parmi les plus grands noms de la gastronomie, la gente masculine reste largement majoritaire.

« Les filles sont plus ambitieuses que les garçons » déclare Christian Cottard. Juge à l’occasion du concours amateur du festival international de la gastronomie à Mougins, ce chef pâtissier ne paraît pas surpris de n’avoir que des femmes en course (voir encadré).

En un temps limité, les compétitrices doivent rivaliser de technique, de précision et aussi d’audace. Qualités dont les femmes sont loin d’être dépourvues d’après ce professionnel de la pâtisserie. « Dans mon entreprise, j’ai plus de femmes, elles sont plus régulières et opiniâtres » n’hésite-t-il pas à affirmer. C’est que la pâtisserie est un art délicat, qui nécessite « méticulosité et organisation » d’après Jean-Yves Hervé, autre juge de ce concours et professeur de pâtisserie pendant des années. Des qualités typiquement féminines ? Ce serait généraliser et même tomber dans le cliché que de l’affirmer mais pourtant la pâtisserie attire toujours plus la gent féminine où elle s’intègre d’ailleurs très bien : « en pâtisserie il y a beaucoup moins de machos, c’est plus facile qu’en cuisine » confirme Julie Abrignani, participante du concours amateur.

« J’ai choisi de n’avoir que des filles en pâtisserie »

Christelle Brua, invitée d’honneur des Étoiles de Mougins cette année est le chef pâtissier du célèbre restaurant le Pré Catelan à Paris, triplement étoilé depuis 2007. Élue chef pâtissier de l’année par le guide gastronomique Gault & Millau elle est aujourd’hui entourée d’une “brigade” exclusivement féminine. Contrairement à la cuisine où les femmes restent minoritaires, environ 25% des cuisiniers professionnels et 10% pour la cuisine haut de gamme, la pâtisserie fait meilleure figure en matière de parité.

 « Je suis très hésitante, je doute beaucoup »

Delphine Nicolas, lauréate du concours amateur, s’est tournée vers la pâtisserie par curiosité et aussi par challenge. Institutrice, elle n’expérimente la pâtisserie que depuis deux ans, « la preuve que n’importe qui peut y arriver ! » déclare-t-elle. Cette victoire, elle la doit au travail. « Je n’ai aucun talent, mais j’ai beaucoup préparé ce concours car je doute beaucoup de mes capacités » ajoute Delphine. Aucun diplôme, aucune formation et a priori aucune prédestination, elle a juste cherché la perfection. Au contraire de Christian Cottard elle pense que la femme manque justement d’ambition, « elles osent moins se lancer » juge-t-elle. Alors, inégalités ? Discriminations ? Génétique ? Et si la femme était son propre ennemi ? À trop longtemps avoir été considérée comme inférieure elle aurait peut-être fini par y croire.

Reste que dans le monde du travail les femmes sont en moyenne payées 25% de moins que les hommes (chiffre 2009) et plus touchées par le chômage, d’environ 10%. Si ce n’est qu’un concours parmi d’autres, Delphine Nicolas aura au moins ouvert une porte et prouvé qu’avec beaucoup de détermination rien n’est impossible, même pour une femme.

 

Concours amateur jeunes chefs

Le concours amateur jeunes chefs du festival international de la gastronomie de Mougins opposait samedi quatre femmes, quatre desserts avec un seul thème : le chocolat.Les six membres du jury après des instants de dégustation ont élu Delphine Nicolas pour son « voyage de chocolat », un dessert jugé « parfait » à l’unanimité. Réunis autour de leur président Christian Cottard, les juges ont attribué la deuxième place à Julie Abrignani, la troisième à Barbara De Labriffe et enfin Marie-Eve Chabot pour la dernière place.

 

Soraya Bezombes