UMP: l’improbable reconstruction

Accablée par les affaires et ridiculisée par sa guerre des chefs, l’UMP est à l’heure de la reconstruction. L’élection de son président sera une première épreuve épineuse que le parti se doit de réussir… avant les primaires de 2017.

Au pouvoir depuis 2002, le passage de l’UMP dans l’opposition suite à l’élection de François Hollande semblait délicat. Nous étions cependant loin d’imaginer que la période post-gouvernement serait aussi laborieuse, voire ridicule pour le principal parti de droite. Incapable de légitimer l’élection tronquée de Jean-François Copé, et donc de s’unir derrière lui, l’UMP s’est davantage concentrée sur une guerre interne que sur son rôle d’opposant numéro un au gouvernement. Ainsi, deux ans après sa défaite lors de l’élection présidentielle, la droite républicaine n’incarne plus une alternative crédible au pouvoir actuel, laissant une place importante au Front National. C’est donc avant tout une tâche idéologique qui attend le parti, qui doit se resituer sur l’échiquier politique et fixer clairement son cap, avec de vraies idées. Mais peut-il vraiment y avoir une ligne commune dans un parti plus étendu que jamais, flirtant au centre et à l’extrême droite ?

 

François Fillon et Jean-François Copé se sont livré une guerre acharnée, entraînant des divisions inévitables. Crédit photo : Jean-Pierre Muller/AFP

François Fillon et Jean-François Copé se sont livré une guerre acharnée, entraînant des divisions inévitables. Crédit photo : Jean-Pierre Muller/AFP

 

Renouveau et rassemblement

L’élection du président de l’UMP sera la tâche la plus complexe pour le parti, au bord de l’implosion lors du dernier vote. D’autant que cette élection ressemble davantage à une répétition générale des primaires de 2017 qu’à une réelle volonté de conduire le parti d’opposition. De plus, le nouveau président devra proposer un programme de renouvellement total pour le parti, pour lui rendre la crédibilité perdue. C’est sur ce renouveau que les trois candidats s’accordent. Alors qu’Hervé Mariton souhaite un réel renouvellement, Nicolas Sarkozy promet une profonde transformation du parti. Bruno Le Maire, lui, s’inscrit dans la même logique, sans toutefois plus de précisions pour le moment.

Hervé Mariton souffre d’un manque de notoriété certain, mais cela ne rend-il pas le renouveau plus crédible ?  Crédit photo : Jean-Christophe Marmara/Le Figaro

Hervé Mariton souffre d’un manque de notoriété certain, mais cela ne rend-il pas le renouveau plus crédible ? Crédit photo : Jean-Christophe Marmara/Le Figaro

 

Les trois candidats s’accordent aussi sur un autre point : l’importance du rassemblement.

C’est un enjeu clé pour l’UMP qui a tant souffert des divisions ces deux dernières années. Hervé Mariton paraît le plus à même d’incarner ce rassemblement, puisqu’il a d’ores et déjà garanti son désintérêt pour la primaire de 2017. Cependant, son manque de notoriété et l’absence de soutien de ténors du parti risquent de compliquer ce rassemblement derrière un président que les Français connaissent peu. Bruno Le Maire déclare que le rassemblement est son leitmotiv, et promet de mettre tout le monde autour de la table. Comme Hervé Mariton, il a fait part de sa volonté de débattre avec ses adversaires.L’ancien président de la République assure vouloir rassembler tous les Français, et créer une coalition comme celle qui lui avait permis de devenir chef de l’Etat en 2007.

Autrefois ministre de N. Sarkozy, Bruno Le Maire souhaite définitivement s’émanciper. Crédit Photo : Reuters

Autrefois ministre de N. Sarkozy, Bruno Le Maire souhaite définitivement s’émanciper. Crédit Photo : Reuters

Le problème pour Bruno Le Maire et Nicolas Sarkozy est qu’ils ne cachent pas leurs ambitions présidentielles. Se pose alors la question du rassemblement. Sera-t-il vraiment possible de rassembler les membres du parti si, aussitôt élu, le président de l’UMP s’engage dans une nouvelle bataille politique interne ? Nicolas Sarkozy acceptera-t-il de se rassembler derrière Bruno Le Maire tout en le combattant pour 2017, ou inversement ? Si l’un de ces deux candidats est élu, s’occupera-t-il vraiment du parti alors que les candidats à la primaire entameront leur campagne pour 2017 ?Rien n’est moins sûr, et c’est cet équilibre complexe que devra trouver le prochain président de l’UMP.

Emmanuel Durget