Pas de gros lot pour les accros

Lumières multicolores des façades, musique entêtante et tintements des machines à sous, nous sommes dans un casino comme il y en a par dizaines sur la Côte d’Azur. Ce lieu de loisir peut vite devenir plus qu’un divertissement : une addiction.

Si la plupart des joueurs sont occasionnels, pour certains jouer devient une nécessité, comme pour combler un manque. Détresse morale, dégringolade financière, ruptures sociales et familiales. En France, 62% des citoyens ont déjà joué à des jeux d’argent, 3% d’entre eux en sont dépendants.

C’est grisant de jouer. On s’imagine déjà en train de décrocher le gros lot et de changer de vie. On pourrait enfin s’offrir toutes les choses dont on rêve, sans plus jamais avoir à compter… Oui mais voilà, le rêve se transforme parfois en cauchemar. Le désir de miser peut devenir plus fort que la raison.

De fil en aiguille, le loisir se transforme en obsession

En France, 62% des citoyens ont déjà joué à des jeux d’argent, 3% d’entre eux en sont dépendants.

En France, 62% des citoyens ont déjà joué à des jeux d’argent.

La richesse en partant d’une somme dérisoire, c’est la promesse faite par les casinos. Un ou deux euros le jeton pour les machines à sous, l’addition peut vite devenir salée. Pas de fenêtres, ni d’horloge, aucun rappel du monde extérieur, à la réalité. Sans repères, le joueur se retrouve dans un monde parallèle dans lequel tout est fait pour le pousser à la consommation et au jeu. Fanny a perdu 4 000 euros l’an dernier. Cette secrétaire médicale de quarante-deux ans jouait occasionnellement « pour s’amuser entre amis. » Puis elle a commencé à aller au casino seule et les sommes jouées sont passées d’une dizaine à une centaine d’euros dépensés par sortie. Cette addiction a envahi sa sphère professionnelle « même quand j’étais au boulot je pensais casino. J’attendais avec impatience le versement de mon salaire car je savais que j’allais aller au casino le soir même. » Elle a compris qu’elle était dans une impasse quand son mari a découvert les nombreux crédits à la consommation contractés. « La situation était devenue ingérable, mes enfants m’ont forcée à consulter un psychologue. J’ai accepté car j’ai pris conscience que j’étais malade. » Les jeux d’argent deviennent un problème à partir du moment où ils ne sont plus un divertissement. La gravité de la situation s’évalue selon le degré de dépendance au jeu. Les conséquences qu’elle engendre chez le sujet (interdit bancaire, dettes colossales) et les impacts directs que cela a sur la vie privée, familiale et professionnelle du joueur. « L’addiction au jeu est une dépendance aliénante et compulsive, et le sujet ne peut ni la contrôler, ni l’arrêter », explique Marie, psychologue dans un centre d’aide à Cannes.

La dépendance, un calvaire pour celui qui la vit et pour son entourage

On reconnait un ludopathe (autre nom donné au joueur pathologique) car il peut jouer jusqu’à ce qu’il ne lui reste plus un sou en poche, et souvent il ressent l’envie incontrôlable de rejouer, qu’il ait perdu ou gagné auparavant. « Il emprunte de l’argent pour jouer, il néglige sa famille et la met dans une situation financière délicate sans s’en soucier, son humeur générale se dégrade, il devient stressé, a des difficultés à trouver le sommeil », définit une conseillère de Drogue Infos Service. Les familles ne sachant quoi faire décident souvent de poster des messages sur les forums, de faire appel à des associations de « joueurs anonymes » pour les guider et les aider à soigner ce proche accro. Aujourd’hui, il existe de nombreux moyens mis en oeuvre pour prévenir et traiter ces malades du jeu. Drogue Infos Service propose un service d’écoute et prodigue des conseils (08.00 23.13.13). Des centres sont également accessibles comme celui rue Teisseire à Cannes. En consultation individuelle ou en groupes de parole, les personnes désireuses de s’en sortir sont soutenues, travaillent sur des solutions concrètes pour abandonner leurs habitudes et ont aussi un suivi financier comme des mandataires pour gérer leurs comptes. Le traitement encourage l’abstinence totale au jeu, mais apporte aussi un soutien psychologique important. L’addiction aux jeux d’argent nécessite une prise en charge sérieuse et sur la durée. Comme pour tout état de dépendance, le danger est de rechuter, même des mois ou des années après.

De nombreux moyens mis en œuvre pour prévenir et traiter ces malades du jeu.

De nombreux moyens mis en œuvre pour prévenir et traiter ces malades du jeu.

L’info en plus

La France, qui a pris conscience plus tardivement que la Suisse ou le Québec de ce problème, commence à réagir. Le PMU et la Française des Jeux diffusent des informations et des messages de prévention « Restez maître du jeu, fixez vos limites  » en partenariat avec sos joueurs (08.10.60.01.15). Les casinos ont établi une charte de prévention qui impose un contrôle d’identité à l’entrée des salles de jeu pour refuser mineurs et interdits de jeu.

Par Florence JOMIE et Alexia SAMUEL