Kobané, la guerre aux portes de la Turquie

À la frontière turco-syrienne, les combats font rage entre les combattants kurdes et les djihadistes de l’organisation État Islamique (EI).

Des soldats turcs regardent une colonne de réfugiés syriens en provenance de Kobané, près de Suruc. Crédits : Reuters

Des soldats turcs regardent une colonne de réfugiés syriens en provenance de Kobané, près de Suruc. Crédits : Reuters

La ville kurde de Kobané (Ayn al Arab en arabe) est actuellement assiégée par des milliers de djihadistes. Elle est en passe de tomber aux mains de l’organisation terroriste. Surnommée le « Stalingrad du Moyen-Orient », cette ville située à la frontière turque constitue un point stratégique pour les djihadistes dans leur expansion. Menacée, la Turquie a décidé de réagir militairement.

S’appuyant sur des moyens économiques considérables et un armement militaire de plus en plus conséquent, les hommes de Daesh (acronyme arabe d’EIIL) ont déjà conquis une partie du Kurdistan syrien et les environs de la ville en soumettant 325 villages à leur autorité. Des milliers de djihadistes tentent de prendre le contrôle de la ville face à des combattants kurdes inférieurs en nombre et en armement. Malgré des frappes aériennes de la coalition militaire américaine sur les combattants de l’EI lancées ces derniers jours, les combats se rapprochent du centre-ville d’où l’on peut apercevoir les drapeaux noirs des djihadistes flotter sur les collines surplombant la ville, prise aux résistants. Assiégée depuis le début du mois de septembre, Kobané risque de tomber aux mains des combattants fanatisés du calife Abou Bakr al Baghdadi.

Une entrave à la progression des djihadistes

La ville située à la frontière entre la Syrie et la Turquie est un point stratégique dans l’expansion de l’EI en Syrie. Ce bastion kurde gêne la progression des hommes de Daesh vers le Sud du pays et la ville d’Alep. Kobané est également un poste frontalier voisin de la Turquie, d’où des trafiquants achètent le pétrole de l’organisation terroriste, l’une des sources principales des richesses de l’EI, vendu trois fois moins cher par rapport aux prix habituels du marché.

Réaction turque

Face à cette menace, la Turquie, qui accueille un million de réfugiés kurdes, a réagi en rejoignant la coalition. Le parlement turc, majoritairement du côté du gouvernement islamo-conservateur, a approuvé jeudi à 298 voix contre 98 un projet de résolution autorisant l’armée à mener des opérations militaires contre l’organisation État Islamique et permettant aux troupes étrangères de la coalition de stationner sur le sol turc. Cependant, selon les médias turcs, cet engagement devrait se limiter à l’ouverture à ses alliés de certaines installations militaires, comme la base aérienne d’Incirlik, pour des missions humanitaires même si des manœuvres de chars d’assaut de l’armée turque ont eu lieu ces derniers jours à la frontière.

Des chars de l'armée turque  se positionnent le 29 septembre 2014 près de la ville syrienne de Kobané. AFP / Bulent Kilic

Des chars de l’armée turque se positionnent le 29 septembre 2014 près de la ville syrienne de Kobané. AFP / Bulent Kilic

Néanmoins, ce vote divise le pays. Le Parti Républicain du Peuple, principal parti d’opposition de gauche, juge le projet de résolution « peu clair » tandis que de violentes manifestations ont éclaté à Diyarbakir, principale ville kurde du pays. Selon l’AFP, les manifestants exigent une intervention turque en Syrie. De son côté, le gouvernement d’Ankara empêche les combattants turcs et kurdes de rejoindre Kobané. Basés près de la ville de Suruk à quinze kilomètres de la frontière syrienne, ils tentent de rejoindre les combats et de repousser l’État Islamique qui a provoqué l’exode de 160 000 habitants de la région.

Arrivée de réfugiés kurdes syriens le 29 septembre 2014 à Suruc à la frontière entre la Syrie et la Turquie. Crédits : Bulent Kilic / AFP

Arrivée de réfugiés kurdes syriens le 29 septembre 2014 à Suruc à la frontière entre la Syrie et la Turquie. Crédits : Bulent Kilic / AFP

Grégoire Bosc-Bierne