Le Sénat mérite-t-il sa réputation ?

Quelques jours après les élections sénatoriales, l’institution manque toujours de crédibilité. La majorité des Français ne s’y intéressent pas. Cette opinion est-elle vraiment justifiée ?

« Ringard et déconnecté », voire même « la maison de retraite de la République » la Chambre haute du Parlement français suscite parfois un profond mépris en France.
Cette vision est-elle alimentée par le Sénat? On en a souvent l’image d’un hémicycle calme, silencieux, parfois vide, ce qui tranche avec l’Assemblée Nationale, souvent agitée et théâtrale.
Le Palais du Luxembourg (siège du Sénat), c’est un peu l’Assemblée Nationale sans pouvoir de décision. En effet, en cas de désaccord, c’est toujours le Palais Bourbon qui tranche. Les sénateurs ne votent pas non plus la confiance au Gouvernement, seuls les députés peuvent le faire.

« L’hémicycle du Sénat n’est pas toujours un exemple d’assiduité. » (Crédits photo : Eric Feferberg/AFP lefigaro.fr)

« L’hémicycle du Sénat n’est pas toujours un exemple d’assiduité. » (Crédits photo : Eric Feferberg/AFP lefigaro.fr)

Contrôler le Sénat est secondaire pour les partis: la preuve, la gauche relativise  le basculement du Palais du Luxembourg à droite. Les socialistes savent que cette défaite aura peu d’effets sur la politique gouvernementale.
La droite quant à elle, tient à en faire une place forte de l’opposition, et Gérard Larcher, nouveau Président du Sénat a promis un débat d’idées efficace. L’objectif ne sera pas de faire ralentir la lecture des lois, mais de les modifier. Pour cela la droite prétend dépasser le clivage gauche-droite.
Mais les sénateurs devront montrer leur capacité à travailler ensemble. D’autant plus que leur fonction est, plus que jamais, remise en question.

« Gérard Larcher, élu pour la seconde fois président du Sénat, après la période 2008-2011 » (Crédits Photo : Benoit Tissier/REUTERS).

« Gérard Larcher, élu pour la seconde fois président du Sénat, après la période 2008-2011 » (Crédits Photo : Benoit Tissier/REUTERS).

Ce n’est pas seulement la fonction du Sénat qui chiffonne les Français. C’est aussi l’image que dégagent les sénateurs. Le Palais du Luxembourg affiche des chiffres peu glorieux. Tout d’abord, le peu de sénatrices, un siège sur quatre seulement étant détenu par une femme. Ensuite, parmi les 348 Sénateurs, plus de 75 % détiennent un mandat local, d’où leur réticence à la loi sur le cumul des mandats.
Ce sont deux sujets sur lesquels les sénateurs devront faire des efforts. Mais le Sénat progresse. En 2014, 88 nouveaux sénateurs ont fait leur entrée, comme Jérôme Durain (45 ans) en Saône-et-Loire.
D’autres têtes bien connues ont laissé leur place, comme Jean-Pierre Chevènement, 75 ans, qui n’a effectué qu’un mandat au Sénat mais bien habitué aux hémicycles puisqu’élu à 9 reprises à l’Assemblée Nationale. Comme lui, deux anciens présidents du Sénat quittent le Palais du Luxembourg. Jean-Pierre Bel, président sortant et Christian Poncelet, 86 ans, sénateur des Vosges depuis 1977 sans interruption.
Sans remettre en cause le travail de ces trois parlementaires, leur départ montre probablement la voie que devra suivre le Sénat pour redorer son blason. Plus que son image, il faudra un vrai travail de fond pour que le Palais du Luxembourg légitime son rôle dans les esprits et s’installe comme une chambre incontournable du Parlement français.

Emmanuel Durget