La Dame de Fer plie sous une plume

Une auteure britannique va être mise en détention pour avoir écrit un scénario envisageant l’assassinat de l’ancienne Premier ministre britannique, ce qui a fortement déplu à certains responsables politiques.

Dans le paysage littéraire anglais il y a deux types de femmes écrivains. Celles qui sont à l’origine de best-sellers internationaux comme J.K Rowling, et celles qui préméditent le meurtre de Margaret Thatcher, pourtant décédée en avril 2013 . Hilary Mantel fait partie de la deuxième catégorie. L’auteure jouit pourtant d’une notoriété considérable dans son pays. Elle a en effet remporté le prix Booker, l’équivalent britannique de notre prix Goncourt, par deux fois. Elle est la seule femme à avoir jamais réalisé cet exploit. Mais sa dernière publication le 19 septembre intitulée The Assassination of Margaret Thatcher, paru dans le quotidien britannique The Guardian, lui vaut aujourd’hui les foudres des conservateurs britanniques, qui souhaitent même en venir à des procédures judiciaires. A leur tête : Timothy Bell, ancien collaborateur proche de Thatcher, qui appelle Scotland Yard à enquêter sur la romancière au motif d’un manquement à un certain bon goût. Un bon goût discutable quant on sait que Lord Bell était chargé de communication du général Pinochet ou encore de l’épouse du président Syrien, Asma El-Assad.

Ci-dessus Hilary Mantel avec son roman historique qui lui a valu le prix Booker, le deuxième de sa carrière (Crédit photo: Ben Pruchnie/Getty Images)

Ci-dessus Hilary Mantel avec son roman historique qui lui a valu le prix Booker, le deuxième de sa carrière (Crédit photo: Ben Pruchnie/Getty Images)

Fantasme littéraire ou crime ?

Hilary Mantel est en quelque sorte habituée à ce genre de litiges. Dans un de ses romans  paru en 2013 sous le tire français Le Conseiller, elle assimile la duchesse de Cambridge Catherine Middleton, l’actuelle épouse du prince William, à une « Barbie en plastique ». Le genre d’auteure en phase avec les hautes sphères du pays, donc. Mais ici la chose est différente. C’est en regardant par la fenêtre de son appartement en 1983 que l’idée vient à l’esprit de la romancière. Lorsqu’elle voit Margaret Thatcher, qui habite la résidence juste en face, sans garde du corps, le script se dessine sous sa plume. L’histoire d’un assassin professionnel de l’IRA, l’armée irlandaise, et d’une femme tout à fait ordinaire mais avec une vue imprenable sur Margaret Thatcher et son quotidien. Ainsi tous deux deviennent complices dans l’optique d’assassiner la Dame de Fer. « Si ce n’était pas moi, si j’étais quelqu’un d’autre, elle serait morte » a alors pensé la romancière. Cette phrase, perturbante au premier abord, traduit pourtant bien la place de Margaret Thatcher dans le cœur de certains Anglais. Est-il nécessaire de rappeler toutes les réformes économiques appliquées sous son gouvernement ? Des politiques d’austérité avec des répercussions sur les classes sociales les plus démunies. A travers ces deux personnages, Hilary Mantel réalise le rêve de nombreux anglais qui n’ont jamais caché leur aversion envers leur Premier Ministre.

Ding dong ! La sorcière est morte. A Brixton on célèbre la mort de Margaret Thatcher  (Crédit: SWNS agency)

Ding dong ! La sorcière est morte. A Brixton on célèbre la mort de Margaret Thatcher
(Crédit: SWNS agency)

 

La Dame de fer n’a jamais été appréciée de son vivant par le peuple britannique, en tous cas pas dans son ensemble. Un an après sa mort, les hautes instances politiques du pays s’offusquent contre une histoire qui risque de faire sourire beaucoup de citoyens anglais.

Skander Farza