Le secret des Iyas

Au Bénin, un combat pour préserver les coutumes des ancêtres.

Nous avons rencontré Cyrille Noyalet, réalisateur du Secret des Iyas, le documentaire d’une équipe franco-béninoise qui traite du rapport entre modernité et traditions au Bénin.

Alidou Mama Seko, narrateur principal, part à la rencontre de ses ancêtres initiés au Gèlèdè, rite béninois rendant hommage aux mères. Au-delà du documentaire ethnologique, le spectateur part à la découverte de ce rite vaudou à travers le prisme de la quête identitaire d’Alidou.

Au départ, vous étiez allé au Bénin pour une tout autre raison, à savoir un reportage sur le trafic d’enfants, comment en êtes-vous venu à ce film ? Comment avez-vous découvert ce rite ?

On a découvert le rite ensemble avec Alidou, c’est un rite qui célèbre les mères et on a tous les deux perdu nos mères au même moment, donc ça nous a touchés complètement. Et puis on avait un ami, qui est d’ailleurs dans le film, qui nous a fait comprendre qu’il y avait urgence à montrer certaines choses, ça nous a motivés donc on s’est lancés. On a travaillé à plusieurs, c’est vraiment un travail collectif, donc le sujet nous tenait tous vraiment à cœur.

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Représentation de la fécondité dans le rite Gèlèdè. (Crédit photo : Cyrille Noyalet)

Dès 2012 vous avez eu recours au financement participatif via le site KissKiss BankBank, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?

On a d’abord été financés par la région PACA, mais on a eu beaucoup de problèmes d’argent, donc le crowfunding m’a paru être une bonne solution. Cela nous a permis de financer le film et tout le travail préparatoire.

Savez-vous de qui venaient les dons ? Est-ce que vous les connaissiez ?

Malheureusement oui ; parce que j’espérais qu’il y ait beaucoup de gens autres que des intéressés personnellement par le projet, mais en fait ce sont souvent des amis ou des amis d’amis. C’est pour cela que je ne suis pas certain que se soit un mode de financement viable pour financer à 100% des films. Par contre ça peut être un financement complémentaire intéressant.

Une fois le financement trouvé, vous avez dû chercher un diffuseur télé, comment cela s’est déroulé ?

Oui, nous avons signé un contrat avec Vosges TV mais ils n’ont pas mis d’argent dans le projet. C’est une situation compliquée et je ne sais pas si le film sera finalement diffusé sur Vosges TV.

Vous défendez votre documentaire en soutenant notamment que ce n’est pas simplement un reportage ethnologique mais bien un film original qui présente une vision narrative du problème…

Oui, c’est un documentaire de création, je me suis inspiré de l’anthropologie partagée de Jean Rouch, qui a fait des films comme Jaguar par exemple. Il a donc une équipe africaine et un narrateur africain, le but étant de parler aussi bien aux Européens qu’aux Africains, voire dans mon cas plus aux Africains qu’aux Européens.

Votre équipe de tournage est donc franco-béninoise, est-ce que l’équipe du Bénin a vu le film ?

Mon équipe l’a vu car je leur ai envoyé le film, mais par contre le village pas encore, d’ailleurs actuellement je lance de nouveau un KissKiss BankBank pour pouvoir aller le montrer en priorité dans le village où on a tourné mais aussi dans d’autres villages au Bénin. Nous allons présenter le film à un festival au Bénin également. Ce sera entièrement organisé par mon équipe, le but étant que le film soit présenté par des Béninois, c’est toujours plus simple et mieux vu que si c’est un blanc qui le présente.

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Une équipe de tournage mixte. (Crédit photo : Cyrille Noyalet)

Comment avez-vous rencontré votre équipe béninoise ?

Au départ ce sont des amis que j’ai rencontrés là-bas, des gens qui travaillent dans le monde du théâtre, qu’on a formés au cinéma.

Comment s’est passé cet apprentissage ?

La formation est encore en cours, j’avais l’assistant caméra des frères Dardenne avec moi au Bénin, ainsi qu’un réalisateur marseillais professionnel, qui les a formés là-bas.

A partir de cette expérience, pensez-vous que l’équipe béninoise est capable aujourd’hui de porter un projet elle-même ?

Actuellement ils sont justement en écriture de projet. Je veux qu’ils continuent de faire des films et j’espère que sur mes deux prochains films ils m’accompagneront. Mais c’est aussi à eux de faire leur propre film. J’emmènerai toujours mon équipe béninoise avec moi pour qu’ils puissent poursuivre leur formation auprès de mon équipe française. Ils sont sur la bonne voie mais malheureusement ils auront toujours besoin de la France, surtout au niveau du financement.

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Tournage au Bénin. (Crédit photo : Cyrille Noyalet)

On l’a vu, vous avez vécu un parcours du combattant pour en arriver là, d’où vous venait cette volonté de continuer malgré tous ces obstacles ?

J’ai dépensé beaucoup d’argent, beaucoup de temps dans ce projet… C’était aussi pour ne pas décevoir. On avait beaucoup d’attentes dans le village, si on n’était pas allé au bout du projet on aurait beaucoup déçu. Je ne peux pas vous répondre directement, simplement ça a été ma vie pendant dix ans, et d’ailleurs ça l’est toujours aujourd’hui. J’espère maintenant que le film sera vu par le plus grand nombre de spectateurs parce que justement le parcours du combattant continue encore aujourd’hui : maintenant il faut montrer le film.

Propos recueillis par Emilie Unternehr