Bruno Le Maire, l’outsider offensif

Jeudi 9 octobre, David Lisnard, maire de Cannes, recevait Bruno Le Maire, candidat à la présidence de l’UMP. Devant des militants acquis à sa cause, il a déroulé les grandes idées de son programme, les mêmes que celles détaillées dans son livre  À nos enfants.

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Bruno Le Maire, lors du meeting a Cannes, le 9 octobre. (Crédit photo : Lucile Moy)

Dès ses premières paroles, Bruno Le Maire a montré qu’il se distingue de son principal adversaire, Nicolas Sarkozy : « Je ne vais pas ressusciter l’UMP, je ne suis pas le messie ».
Pourtant, le député de la première circonscription de l’Eure assure qu’avec lui, l’UMP retrouvera la crédibilité du premier parti d’opposition et son honneur perdu en 2013 avec sa guerre des chefs. Le député a promis aux militants qu’il leur confiera les grandes décisions actuellement prises au sein du siège de l’UMP à Paris. Il prend l’exemple de Cannes où deux candidats de l’UMP se sont présentés à l’élection municipale qui a tourné au règlement de comptes. Il assure que cela n’arrivera plus et que seuls les militants seront habilités à investir un unique candidat. L’exemplarité de l’homme public est un point clé de son programme pour redonner confiance aux Français. Rendre publics les noms de ceux qui ont triché, voilà de quoi faire vaciller quelques cadres à l’UMP. Il se targue d’ailleurs d’en avoir montré l’exemple, en démissionnant de la fonction publique. Une décision qu’il aime rappeler pour justifier le passage de la parole aux actes, et ainsi se présenter comme un homme neuf.

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Lors de sa présentation, l’outsider de l’UMP a su conquérir son public. (Crédit photo : Lucile Moy)

« Si nous faisons de la politique, c’est avant tout pour nos enfants »

C’est autour du thème de la jeunesse que s’articule le livre de Bruno Le Maire, un sujet qui revient très souvent dans ses discours. L’ancien ministre de l’Agriculture et de la Pêche a probablement pris conscience que les jeunes s’attendaient à ce que l’on s’intéresse davantage à eux, parce qu’ils sont l’avenir, et qu’ils représentent une réserve de voix importante. C’est pour ces deux raisons que le député est revenu de longues minutes sur ses propositions en matière d’éducation, thème qui n’est selon lui pas « la chasse gardée de la gauche ». Bruno Le Maire veut valoriser l’apprentissage qui débouche sur un emploi plutôt que de ne mettre l’accent que sur les formations générales et les grandes écoles : «Les bases du primaire ne sont souvent pas acquises. Il faut recentrer l’apprentissage sur les fondamentaux, et ne pas tout mettre sur le dos des enseignants. Pour ce qui est de l’université, il faut faire preuve de bon sens : ne poussons pas les élèves vers des voies dans lesquelles ils ne réussiront pas. Il faut valoriser l’apprentissage.»

En matière d’économie, Bruno Le Maire s’inscrit dans une ligne libérale précise. Il dit « regretter que les militants n’aient pas été écoutés lorsqu’ils demandaient la fin des 35 heures ».
Même constat concernant la réforme des retraites, l’ancien ministre réclamant un « alignement des régimes du public et du privé ».
La liberté d’entreprendre est aussi un principe fondamental de sa politique économique, avec un Code du Travail qui « passera de 1500 à 150 pages », une manière de dire qu’il faut le simplifier et le raccourcir. « Le soutien aux créateurs d’emplois » s’inscrit dans cette même politique libérale, nécessaire selon lui pour relancer l’économie.
Sans jamais prononcer le mot d’assistanat, Bruno Le Maire propose cependant de « plafonner à deux tiers du SMIC l’ensemble des aides » aux personnes sans emploi, pour ne plus que « celui qui ne travaille pas vive mieux que son voisin qui travaille », bien qu’il ait pris soin de préciser auparavant que ce n’était pas une généralité.

Pour ce qui est de l’Europe en revanche, la position du candidat ne semble pas très bien définie. Un sujet (trop) peu abordé, si ce n’est pour critiquer la politique de François Hollande. Interrogé par Buzzles sur la question, Bruno Le Maire réduit le problème au manque de compétitivité de la France, et évite soigneusement les questions de fond : « La situation économique de l’Europe n’est pas bonne. Un euro fort ne réglera pas tout. Si notre monnaie baisse, nous serons plus productifs, mais nos importations deviendront plus chères. Je me méfie des mots comme austérité qui disent tout et son contraire. […] La faute est à mettre sur le dos de tous les efforts de compétitivité que nous n’avons pas fait depuis des années. »

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A la fin de la conférence, une séance de dédicace a été organisée. (Crédit photo : Lucile Moy)

Prêt à créer la surprise
Outsider face à Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire est offensif. Lorsque l’on interroge les militants présents aux meetings, ils déclarent à l’unanimité avoir été convaincus par son discours.
Sur une terre plutôt acquise à Nicolas Sarkozy, le député de l’Eure a su imposer un style clair, accessible à tous et donc proche des militants. A deux mois de l’élection du président de l’UMP, il lui sera cependant difficile de renverser la situation. Il pourra toutefois espérer peser suffisamment pour imposer ses idées, et, pourquoi pas, créer la surprise.

 

Emmanuel Durget

Matthias Somm