« Artiste, une étiquette fournie par la société »

Elle n’aime pas qu’on l’appelle artiste et pourtant elle crée. Valérie Gho est connue dans la région PACA pour ses tableaux miroirs. Ses œuvres très Pop Art sont exposées à Marseille, en Italie, au Caire… Lumineuse et éthérée, elle nous reçoit dans son atelier, à Cassis.

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Au milieu de tiroirs remplis de bijoux, débordant de rubans et de perles, un lit. Quelques tableaux miroirs trainent au sol. Ils sont recouverts de résine, comme une seconde peau. On peut y voir son reflet. La photographie, l’encre, l’acrylique sont ses armes. Pour Valérie, se dire artiste c’est se coller une étiquette fournie par la société : « artiste est un point de repère pour que la société te place, je n’en ai pas besoin. L’inconnu est mon seul point de repère. » Cette créatrice originaire de Marseille, tient ses capacités manuelles de sa lignée paternelle où l’on retrouve souvent des artisans. « Mon père avait quelque chose dans ses mains mais n’a pas pu l’accueillir » raconte-t-elle. Si son goût pour l’art lui vient de son père, Valérie ne s’est pas sentie acceptée telle qu’elle était dans son cadre familial : « dès l’enfance j’ai appris à nier qui j’étais ». En rupture avec la société de consommation, elle se réfugie dans la nature et la cause animale, domaines dans lesquels elle s’investit entièrement. « Les animaux sont mes frères», souligne la Cassidaine. Cet amour pour la nature, elle l’affirme en politique : elle vote pour le parti écologique. Sea Shepherd et Pierre Rabhi sont ses exemples d’humanité.

Les Beaux-arts : désillusion

La jeune femme se niche aux Beaux-arts de Marseille, dans l’espoir de trouver un espace d’accueil et de création. Désenchantement. « Dans cet univers présumé sans frontière l’étroitesse d’esprit régnait » confie-t-elle. La technique prime sur tout, le jugement très scolaire de son travail ne lui convient pas. Durant ces trois années Valérie vit une relation de couple difficile : elle subit la maltraitance morale. Un jour, pour échapper à ce joug, l’étudiante se tapit dans son appartement pour dessiner. Le résultat est beau, mais il est inconcevable pour elle de créer à partir de sa souffrance. La chenille juvénile n’a pas trouvé de place pour fabriquer son cocon, alors elle fuit les Beaux-arts. Valérie émigre à Paris en quête de son identité. Ce n’est pas la seule raison : « je suis partie parce qu’il me manquait le regard protecteur de mon père, je l’ai cherché à travers les hommes ». Aujourd’hui célibataire, le couple est illusoire : « j’ai projeté une image sur les hommes et les ai embellis, c’est une erreur. ». Les seuls êtres qui l’ont connectée à l’amour sont les animaux.

Treize années de rupture avec l’art

De nature réservée, Valérie évolue dans le monde de la communication, opposé à sa personnalité. Les boulots parisiens s’enchaînent : actrice de publicité, vendeuse chez Chanel… Elle établit une distance avec l’art. Un soir, tout bascule : alors qu’elle doit partir à Cuba, le besoin de créer s’impose à elle. Valérie dépense l’argent prévu pour le voyage en achat de matériaux. Là naissent ses premiers bijoux. Chrysalide : la créatrice gagne en confiance. Le sacre du Papillon, sa première marque de bijoux, prend son envol à Marseille. Ce retour aux sources lui permet de se consacrer entièrement à la fabrication de ses bijoux peints. La jeune femme voltige sur tous les fronts : de la fabrication à la promotion, en passant par les expositions. Le flux incessant de travail

la perd. Valérie comprend que la performance est un piège et que « l’essentiel est ailleurs ». Aujourd’hui, à 48 ans, Valérie ne vit pas de ses œuvres et cela lui importe peu : « créer est ma seule nourriture ». La femme bohème se voit comme quelqu’un qui fait l’expérience de l’humanité et qui essaie de s’approcher de sa nature profonde, par la création. Un projet artistique en collaboration avec un sculpteur est en cours. Le papillon, qu’elle est devenue semble peu à peu sortir de son cocon et déployer ses ailes…

Gyotis Delsart