Une professeure indomptable

Est-il possible de conjuguer passion et travail ? À en regarder l’exemple de Claire Carlut, la réponse est oui. La jeune femme arrive à combiner sa passion pour l’écriture et son travail de professeur.

Claire Carlut pose à côté de son auteur fétiche, Arthur Rimbaud. Crédit photo : Y. Loriette

Claire Carlut pose à côté de son auteur fétiche, Arthur Rimbaud. Crédit photo : Y. Loriette

Un mot pour qualifier Claire Carlut ? Indomptable. Cette jeune professeure de français et écrivaine, âgée de 30 ans, se différencie en de nombreux points des standards de l’Education nationale et de la littérature. Son entourage la qualifie même « d’électron libre ». Elle tente d’apporter « une touche de modernité à l’enseignement et à l’écriture ». Mais avant d’en arriver là, son histoire a démarré à Aubenas, en Ardèche, en 1984. Quatre années plus tard, direction Auxerre en compagnie de ses parents. C’est à partir de ce moment que sa vie a basculé.

Une dévoreuse de livre

Elevée dans une famille prolétaire, Claire Carlut a eu la chance d’avoir des parents motivés par l’envie de donner autre chose à leur fille. « Mes parents m’ont mis des livres entre les mains et comme j’étais fille unique, je passais mes journées à lire », raconte la trentenaire mariée depuis deux ans. Cette envie permanente de lire avait un coût financier que ses parents ne pouvaient plus supporter. Résultat ? Claire a reçu une carte de la bibliothèque d’Auxerre. « En toute honnêteté, j’ai dû lire l’ensemble des livres qui étaient à ma disposition ! J’ai tout dévoré ! », se souvient-elle, nostalgique. Ses modèles ? « J’ai plusieurs auteurs fétiches. Baudelaire, Maupassant, Stephen King et évidemment Rimbaud. » Ce dernier, a vécu à Charleville-Mézières, ville où habite désormais Claire Carlut. Un joli clin d’oeil au poète.

Cette amoureuse de la littérature en est seulement à sa troisième publication. En comparaison avec d’autres auteurs, c’est très peu. Mais il y a une raison à cela. L’écrivaine n’est pas « dans une logique de productivité ou financière. Un livre nécessite du temps et de la réflexion ». Vit-elle de cette activité ? « On ne peut pas faire de la littérature pour gagner de l’argent. Mon dernier recueil de poèmes, Tempête, se vend bien. Mais c’est éphémère. Le temps de la bohème parisienne est révolu ». Claire Carlut est donc dans l’obligation d’avoir une autre activité pour subvenir à ses besoins. Cela tombe bien, l’écrivaine est également professeure. L’autre passion de sa vie.

La connivence, sa marque de fabrique

Comme pour la littérature, il faut remonter à l’enfance de Claire Carlut pour comprendre son choix de carrière. Dès l’âge de 15 ans, elle a donné « des cours de soutien en anglais et en français aux autres élèves ». Son professeur de maths de l’époque l’a même « engagée pour apprendre l’allemand à sa fille », confie la jeune femme. Sa voie était donc toute tracée. En 2008, elle réussit les concours et devient professeure à seulement 24 ans. « J’avais des rêves et des idéaux à cette époque. Mais c’était avant de me confronter à la réalité du métier ».

Les classes surchargées et le manque de soutien des institutions ont noyé ses espoirs. Malgré ses difficultés, Claire Carlut n’a pas baissé les bras car son objectif, « c’est le succès de ses élèves ». Et elle s’est donné les moyens de cette ambition. « Pour moi, la relation professeur/élève ne doit pas être basée sur la domination mais sur la connivence », détaille-t-elle. Pour Claire Carlut, « il faut un véritable échange d’individu à individu, une relation de confiance sans tomber dans l’amitié ou l’affection ». Mais à en croire les anciens élèves de la professeure, cela peut quand même arriver. « C’est une professeure géniale pour qui j’ai énormément d’affection », expliquent Jules Revelat et Adrien Lefèvre, deux anciens élèves de Claire Carlut. Écrivaine accomplie et professeure appréciée de ses élèves, Claire Carlut nous montre qu’il est possible d’allier sa vie professionnelle à sa passion. Un bel exemple à suivre.

Lhadi Messaouden