Rencontre avec une Suicide Girl

À l’heure où le tatouage est devenu mainstream et où il devient impossible de voir la moindre publicité de parfum sans un mannequin tatoué, il est important de revenir aux origines de ce mouvement culturel.

Il y a encore quelques années, le tatouage était assez mal vu en public. Il était impossible d’afficher ses tatouages lorsque l’on travaillait en relation avec des clients et la publicité refusait tout mannequin portant des tatouages. Pourtant une entreprise, à l’époque, s’est élevée contre ce rejet du tatouage : Suicide Girls. L’histoire de cette marque commence en 2001 à Portland (Oregon, Etats-Unis) à l’initiative d’une jeune photographe et de ses amies. La philosophie de cette marque mêle les cultures underground du Do It Yourself, du tatouage, de la culture punk/émo/gothique, ainsi qu’une vision positive de la sexualité. Aujourd’hui le site compile les sets photo de nombreuses modèles ou apprenties modèles du monde entier afin de les proposer à des entreprises de publicité ou de communication. Là où le site Suicide Girls fait la différence, c’est qu’une majorité de son équipe dirigeante est composée de femmes ainsi que près de la moitié des abonnés au site. Les Suicide Girls veulent défier le monde masculin en proposant une image de la femme différente : une femme qui s’assume dans toute sa sensualité et qui revendique sa culture underground en affichant aux yeux de tous ses tatouages et ses piercings.

Suicide Girls c’est un million de visiteurs par semaine, plus de 300 000 adhérents et environ deux-mille modèles à travers le monde. Nous avons rencontré l’une d’entre elles, Wondersky Suicide, actuellement Suicide Girl Hopeful car son set photo n’a pas encore été acheté par des professionnels.

Crédits photo : Maximilien DSD, Sirenwood Photograghy et Yann

Crédits photo : Maximilien DSD, Sirenwood Photograghy et Yann

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je suis une jeune Française de vingt ans, passionnée de bodmod depuis toute petite. Mon papa est tatoué et je le suis aussi depuis mon adolescence. Le goût pour la photo m’a pris il y a quelques années, et je peux maintenant m’assumer comme modèle alternatif.

Tu as une page Facebook en tant que modèle photo, pour toi c’est juste une passion ou c’est vraiment un domaine dans lequel tu aimerais percer ?

Et bien même si mon rêve serait de réussir dans ce domaine et d’en vivre, je suis consciente que les chances sont très minces. Cela reste donc pour l’instant un loisir qui me tient énormément à cœur.

As-tu déjà eu des expériences professionnelles dans ce milieu ?

Mon premier set photo Suicide Girls est actuellement en cours. Sa sortie est prévue prochainement sur le site. J’espère que cette expérience va m’ouvrir des portes.

Tu te définis en tant que « suicide girl ». Peux-tu nous en dire plus sur ce qu’est exactement une suicide girl et sur ce que cela représente pour toi ?

Suicide Girls est sûrement ce qui me donne vraiment envie de continuer la photo ! Ce site je l’ai découvert grâce à un reportage français où deux filles en parlaient. J’ai tout de suite adoré l’état d’esprit. À mes 18 ans, j’ai pu devenir membre, je me suis inscrite en rêvant un jour d’être à leur place. Et il y a quelques mois, mon copain de l’époque m’a poussée à poster ma candidature, et à mon plus grand étonnement, le site a eu un coup de cœur. La semaine d’après je me retrouvais nue devant la belle Jupiter Suicide. Suite à quoi, j’ai rencontré d’autres Suicide Girls, et c’est vraiment quelque chose qui me correspond. J’ai hâte de pouvoir vous dévoiler mon set ! Et pourquoi pas m’investir encore plus au sein du site si j’en ai l’opportunité.

Certaines de tes photos sur ta page Facebook te montrent dénudée, n’as-tu pas peur de t’exposer ainsi sur internet ?

Hum… je dois avouer que j’ai un peu hésité avant de publier des photos du genre. Mais après réflexion je pense que la nudité ne devrait pas être tabou, surtout sur internet ! Tout individu voit ce qu’il veut voir sur les réseaux sociaux. Je sépare ma vie privée de ma vie de modèle. Les photos sont un moyen d’expression, et les photos de nu, je trouve ça encore plus joli.

As-tu déjà eu des problèmes à cause de cette exposition ?

Oui, je ne me voile pas la face, ça ne plaît pas à tout le monde. Déjà, mes proches n’ont pas tous compris et c’est encore difficile des fois avec certains. Mais mis à part des signalements sur Facebook pour quelques unes de mes photos, je n’ai jamais eu trop d’ennuis. En espérant que ça dure.

J’imagine que poser devant un photographe n’est pas forcément chose facile. D’autant plus pour des photographies de nu. Comment les choisis-tu ? Ce sont des amis, des professionnels ?

J’ai commencé par poser devant la meilleure amie de ma petite sœur. Je ne suis pas vraiment pudique donc je me mets facilement à nu devant l’objectif, ça a tendance à m’amuser. Après, je pense que j’ai eu de la chance de collaborer avec les bonnes personnes.

Je voudrais revenir sur les tatouages. Tu disais que ton père était tatoué, c’est donc une histoire de famille. Mais pour toi ça représente quoi le tatouage ?

Le tatouage est quelque chose que je cultive depuis petite. Cette passion me vient de mon papa, donc ça fait partie de mon mode de vie depuis toujours. J’ai commencé par développer une passion folle pour le piercing vers mes 13 ans, puis les plugs la même année, et après tout s’est enchaîné rapidement jusqu’à mon premier tatouage à 18 ans. Je compte aujourd’hui une dizaine de piercings et 14 tatouages.

Pour finir, as-tu un message à faire passer ?

J’encourage tout le monde à se donner les moyens de réussir dans ce qu’ils souhaitent, peu importe le regard des gens, car on ne peut qu’y gagner. Je remercie aussi toutes les personnes qui font que tout ça est possible, notamment les Suicide Girls !

Dans le MP3 d’une Suicide Girl :

* All About That Bass de Meghan Trainor

* Sextape des Deftones

* Let It Go de Betraying The Martyr

* Bad Girls de M.I.A.

* Guts Over Fear de Eminem feat. Sia

Dans la télé d’une Suicide Girl :

* American Horror Story

* Orange is the new black

* Breaking Bad

* How I met yout mother

* South Park

 

Antoine Lahier

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