« Je n’ai pas la prétention d’être ethnologue »

Dans le cadre des Rencontres cinématographiques de Cannes, le cinéaste Daniel Vigne présentait mardi 9 décembre une masterclass dédiée à l’ethnographie.

Une scène, un public, un débat entrecoupé d’extraits vidéo. C’est le principe des masterclass. Mardi 9 décembre, c’est le cinéaste Daniel Vigne qui a inauguré l’exercice à l’auditorium du lycée Carnot (Cannes),. Le réalisateur du Retour de Martin Guerre (1982) est venu parler d’un style bien particulier : le cinéma ethnographique.

De ethnos, gens d’origine commune, et graphein, écriture, Daniel Vigne définit son style par l’exemple. Avec les reportages Papous, mémoire de boucliers (2009) et Papou, entre deux monde (2013), le réalisateur intègre les peuples tribaux de Papouasie Nouvelle Guinée. Il livre une vision seulement, car « Un film est toujours un point de vue, et la vérité n’existe pas ». Des rites traditionnels aux situations du quotidien, et même une reconstitution de guerre, la caméra permet au cinéaste de témoigner, d’informer et d’éduquer le spectateur : « Le cinéma peut influencer le réel… plus que la politique ». Pour autant, Daniel Vigne reste un cinéaste, soucieux de magnifier par une vision artistique. « Je n’ai pas la prétention d’être ethnologue », tempère le septuagénaire.

« Daniel Vigne a attiré près d'une centaine de lycéens à sa masterclass » Crédit Photo : E.P

« Daniel Vigne a attiré près d’une centaine de lycéens à sa masterclass » Crédit Photo : E.P

Si Papous, mémoire de boucliers se concentre sur la culture via la symbolique des boucliers tribaux ; Papou, entre deux mondes se montre plus engagé en confrontant l’acculturation papou à l’arrivée d’une compagnie minière occidentale. Certaines images (la guerre reconstituée, les rites de scarification) saisissent par leur puissance. Le principe de la masterclass permet à Daniel Vigne de les expliquer : « L’Homme est le même partout, c’est une histoire de sincérité. Ils me laissaient presque tout filmer, leur seule crainte étant la moquerie. »

Il applique les mêmes recettes dans ses téléfilms. Fatou, la Malienne (2001), met en scène une jeune femme d’origine africaine victime d’un mariage forcé. Ce long-métrage inspiré d’un fait divers montre la persistance de rites dans la société française. « Tout ce qui relève de l’ethnographie n’était pas écrit », fait remarquer Daniel Vigne. La signature du cinéaste.

La masterclass se conclut sur le film qui a rendu Daniel Vigne célèbre : Le Retour de Martin guerre (1982) et sur son propre retour, trente ans plus tard, dans le village où a eu lieu le tournage. « Filmer le passé, c’est aussi de l’ethnographie » s’amuse le réalisateur. Ce nouveau reportage était présenté en avant-première.

Loïc Masson

Eloïsa Patricio