Le causse du Larzac, une cause du peuple

Verdure, roches et moutons, ou béton, armes et canons ? De 1971 à 1981, agriculteurs et militants occupent le plateau karstique du Larzac où le gouvernement avait prévu l’extension d’un camp militaire. Les paysans s’arment de leurs convictions pour faire face aux forces de l’ordre.

Paysans, travailleurs et étudiants étaient réunis pour une même conviction : sauver le Larzac. (Crédit Photo : D.R.)

Paysans, travailleurs et étudiants étaient réunis pour une même conviction : sauver le Larzac. (Crédit Photo : D.R.)

Les manifestants prônent la non-violence mais appellent à la désobéissance civile. Rejoints par des étudiants, des travailleurs, ils s’uniront pour résister, pour faire entendre leur voix : dire non à l’armée, rester sur leur terre, refuser la violence et protéger l’environnement.

« Qu’on le veuille ou non, la richesse agricole potentielle du Larzac est quand même extrêmement faible. […] Alors la contrepartie c’est le fait qu’il y a quand même quelques paysans, pas beaucoup, qui élevaient vaguement quelques moutons, en vivant plus ou moins moyenâgeusement, et qu’il est nécessaire d’exproprier » annonce le secrétaire d’État à la Défense, André Fanton, inquiétant les habitants. Le projet d’extension du camp militaire voulu par Michel Debré, ministre de la Défense se précise.

107 paysans doivent quitter leur terre, 103 signeront un accord de solidarité pour qu’aucun d’entre eux ne soit expulsé contre son gré. Le serment des 103 les engage à ne pas vendre quel que soit le prix proposé. Des militants antimilitaristes de tous bords, libertaires, féministes et altermondialistes participent rapidement à la lutte. La résistance paysanne est rejointe par les travailleurs, comme ceux de Lip, ouvriers de l’horlogerie qui défendent au même moment leur outil de travail et qui deviendront le symbole de l’autogestion. Par solidarité se retrouvent alors des gens qui ne se seraient jamais rencontrés. Les soutiens venus de toutes les régions de France et même de l’étranger se comptent par centaines de milliers lors des manifestations sur le plateau.

Le plateau du Larzac n'a jamais été aussi peuplé qu'en 1974. (Crédit photo : Gérard Bonnet)

Le plateau du Larzac n’a jamais été aussi peuplé qu’en 1974. (Crédit photo : Gérard Bonnet)

En 1975 le mouvement « Des Larzac partout » se développe en France, la revue de résistance Gardarèm lo Larzac (« Nous garderons le Larzac » en occitan) est publiée régulièrement. La lutte ne se limite pas aux manifestations où les paysans du Larzac se rendent en tracteur. Meetings, achat collectif de terres, construction de bergerie: les actions sont nombreuses et durables. Des militants, comme José Bové en 1976, squattent des fermes achetées par l’armée et cultivent les terres. Si le gouvernement ne veut pas écouter le peuple, c’est au peuple de se faire entendre. Après dix ans de lutte, en 1981, le président de la République nouvellement élu, François Mitterrand abandonne le projet.

Une épopée retracée dans le documentaire “Tous au Larzac” de Christian Rouaud.

Et aujourd’hui : la controverse sur de nouveaux projets

L’expérience du Larzac guide aujourd’hui les mouvements de résistance civile comme la lutte anti-OGM, le démontage du McDonald’s de Millau, les manifestations contre les forages de gaz de schiste. Notre-Dame-des-Landes, le barrage de Sivens, sont des projets qualifiés pour certains d’inutiles et destructeurs. Inspirés de la lutte du Larzac les militants écologistes investissent les forêts bientôt condamnées et espèrent la même victoire qu’en 1981. L’indignation s’inscrit sur des pancartes. Des abris et cabanes se construisent, les squatteurs s’organisent pour protéger les ZAD (Zones A Défendre).

Le barrage de Sivens dans le Tarn, devrait servir à l’irrigation des champs par une retenue d’eau d’1,5 million de m3. Cependant, douze hectares de zone humide seraient submergés. Le 26 octobre 2014 lors d’une manifestation, Rémi Fraisse – opposant au projet – meurt après avoir été touché par une grenade lancée par les forces de l’ordre. Le projet est suspendu, les hommages au jeune homme qui se sont déroulés dans plusieurs villes ont pris aussi la forme de manifestations contre les violences policières.

En 1978, Jean-Paul Sarte soutient les militants du Larzac « Je vous salue paysans du Larzac et je salue votre lutte pour la justice, la liberté et pour la paix, la plus belle lutte de notre vingtième siècle. ». La mobilisation actuelle pour les projets controversés s’inspire de cette lutte emblématique et la suit sur le chemin de la désobéissance civile en espérant la même issue.

Raphaëlle Daloz