Snow Therapy : la thérapie de l’ennui

Le nouveau film de Ruben Östlund  sort dans les salles le 28 janvier. Buzzles l’a vu en avant-première.

Acclamé par la critique, Snow Therapy (Force Majeure pour le marché international) a reçu le prix du Jury dans la section Un Certain Regard du festival de Cannes et a été sélectionné pour représenter la Suède aux Oscars. Le quatrième long-métrage de Ruben Östlund  traite des problèmes familiaux du XXIème siècle, à travers l’archétype de la tribu parfaite : un homme et une femme qui s’aiment, et deux adorables enfants aux cheveux blonds. Pour resserrer les liens familiaux que néglige un père absent, Tomas, Ebba et les enfants, partent en vacances en France pour une semaine de ski. Une semaine pendant laquelle ils seront confrontés à de nombreuses péripéties et les traverseront malgré les déchirements.

 

La famille modèle de Tomas (Crédit photo: DR).

La famille modèle de Tomas (Crédit photo: DR).

 

Une succession de catastrophes

 

En lisant la description d’AlloCiné on peut s’attendre à un film catastrophe : « Le soleil brille et les pistes sont magnifiques mais lors dun déjeuner dans un restaurant de montagne, une avalanche vient tout bouleverser ». Mais que les fans de ce genre de cinéma ne se ruent pas sur le film : il n’en est rien. Snow Therapy bascule vite vers un scénario à la Plus belle la vie, avec une quantité improbable de catastrophes, entre avalanche et chauffeur de bus fou, cette famille traverse en une semaine plus d’épreuves que n’importe quelle autre. L’avalanche, première épreuve, n’est qu’un prétexte pour entrer dans le questionnement psychologique d’Ebba, la mère, qui ne reconnaît plus son mari qui s’est enfui égoïstement, sans même penser à protéger ses enfants. On se perd et ces catastrophes à répétition n’aident pas le spectateur à ressentir la moindre empathie pour ces personnages déjà très lisses.

 

La famille de Tomas sur les pistes (crédit photo: DR).

La famille de Tomas sur les pistes (crédit photo: DR).

 

Des personnages sans âme, sans vie, si tristes qu’on ne s’y attache même pas, ils sont froids, à la limite du robotique. Certes c’est sans doute l’effet recherché par le réalisateur, qui souhaite dénoncer une forme d’austérité moderne, mais cela empêche le spectateur d’avoir de la sympathie pour les héros, à l’exception peut-être des enfants : perdus entre leurs parents, ils nous touchent profondément. Tout au long du film, on espère que l’arrivée de nouveaux personnages apportera un peu de vie et de folie au scénario, mais même ceux qui pourraient apporter ce piquant au film nous déçoivent. Que ce soit la mère de famille, mariée, qui a une liaison avec un jeune homme rencontré quelques heures plus tôt, ou un couple d’amis qui paraît déjanté, ils se révèlent tous aussi plats que les héros.

Un film sauvé par l’image et la musique

Une semaine dans un hôtel de luxe en France, une famille parfaite et de beaux enfants, mais un profond malaise qui règne dans le couple, un malaise que Ruben Östlund réussit à nous faire ressentir à la perfection. Ce film pointe du doigt l’hypocrisie de la famille moderne, trop souvent idéalisée par les médias. Snow Therapy vous met mal à l’aise, vous ennuie, mais il a toutefois le mérite de vous faire rire, à travers l’absurde de certaines situations et la gêne qu’en provoquent d’autres. Autre mérite du film : l’image, qui est sublime. La montagne est filmée dans toute sa splendeur, et certains plans vous feront oublier le manque de fond. Enfin la musique : chaque grande partie du film commence avec L’Eté des Quatre Saisons  de Vivaldi en fond sonore, de quoi vous réveiller l’espace de quelques minutes.

 

En résumé, Snow Therapy a beau être acclamé par la critique, il traite du vide par le vide. Une déception.

 

 

 

Emilie Unternehr