Record de l’heure : le nouveau règlement a-t-il tué tout intérêt ?

Révisées en mai 2014, les nouvelles règles de la discipline cycliste dite du record de l’heure ont été assouplies, pour le rendre plus attractif.

Le record de l’heure cycliste a été battu autant de fois ces six derniers mois que lors des trente années précédentes. Autant dire que l’assouplissement des règles concernant le matériel a redonné un second souffle à un exercice délaissé. Pourtant ce soudain regain d’intérêt pour le record de l’heure pose la question de sa légitimité. En 2000 l’UCI (Union cycliste internationale) avait été contrainte de réviser des règles trop souples. En effet, dans les années 1990, Indurain, Rominger ou encore Chris Boardman, explosaient le chronomètre avec des vélos toujours plus futuristes. Pour éviter cette course à l’armement, l’UCI décide de n’homologuer que les records obtenus avec un vélo de piste traditionnel. Ainsi, les neuf records battus entre 1984 et 2000 sont reclassés en « Meilleure performance de l’heure », et Merckx récupère son record de 1972. Face à ces restrictions, les coureurs se détournent peu à peu du record, et celui-ci ne sera battu que deux fois entre 2000 et 2005 (Chris Boardman en 2000 et Ondrej Sosenka en 2005).

Le rétropédalage de l’UCI

 

Sosenka-Dennis

Entre Sosenka 2005 et Dennis 2015, le matériel a quelque peu évolué. Ce qui pose la question de l’équité. (Crédit Photo : Getty Images)

Préoccupé par la modernisation et l’attractivité de son sport, Brian Cookson, fraîchement élu président de l’UCI, décide en mai 2014 de revenir sur le règlement du record. Pour attirer les plus grands rouleurs, le vélo de piste traditionnel utilisé par Sosenka, est abandonné au profit d’un matériel prévu pour les épreuves d’endurance (réapparition du guidon de contre-la-montre et des roues pleines). A quoi bon fixer un règlement qui a déjà montré ses limites il y a dix ans et qui empêchera de nouveau de comparer les performances au fil des années ? Certes, avec ces nouvelles possibilités, Jens Voigt (préretraité) bat un record vieux de près de dix ans, suivi par Matthias Brändle et Rohan Dennis. Aucun doute alors, le pari de l’UCI est réussi. Pour autant, depuis le changement de règlement, le record longtemps réservé aux meilleurs (Coppi, Anquetil, Merckx ou encore Baldini) n’a été battu que par des coureurs de moins grande envergure. Ce qui nuit forcément au prestige de la performance. Mais il devrait s’écouler peu de temps pour que sponsors et monstres sacrés s’attaquent au record. S’en suivra probablement une surenchère entre Cancellara, Martin, et surtout Wiggins (qui ne veut pas seulement battre le record, mais surtout le placer hors d’atteinte). Et l’histoire se répétera. L’UCI devra faire le choix entre tradition et modernité. Et c’est plutôt vers une modernité parfois destructrice qu’elle se tourne depuis quelques années…

Emmanuel Durget