La liberté d’expression danoise attaquée

Un double attentat a secoué Copenhague samedi 14 février. Les Danois sont stupéfaits de voir leur liberté d’expression agressée. Une liberté essentielle au Danemark, mais pas indéboulonnable.

Copenhague a été la cible de deux attentats faisant deux morts et cinq blessés. Un centre culturel où se déroulait un débat intitulé « Art, blasphème et liberté d’expression », en hommage à Charlie Hebdo, a été attaqué samedi 14 février, le réalisateur Finn Norgaard a été tué. Plus tard dans la soirée, c’est une synagogue qui a été prise pour cible, et une personne de la communauté juive a succombé à ses blessures. Omar el Hussein, le présumé coupable de la double fusillade, a été abattu par la police le lendemain matin. Plus d’un mois après les attentats de Paris, c’est le droit de s’exprimer librement qui est une nouvelle fois attaqué, un droit primordial dans la société danoise.

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Le centre culturel de Copenhague où se déroulait le débat en hommage à Charlie Hebdo, criblé de balles. (Crédits Photo : CLAUS BJORN LARSEN / AFP)

« Une attaque lâche et barbare contre la liberté d’expression »

La presse et les dirigeants politiques danois ont très vite réagi aux événements tragiques survenus au cœur de la capitale. « C’est une attaque lâche et barbare contre la liberté d’expression, qui nous est si chère », écrit le rédacteur en chef du quotidien BT, Olav Skaaning Andersen. Courrier International relaie également la réaction du journal conservateur Berlingske, qui fait écho aux récents attentats de Paris : « Au Danemark aussi la situation est grave. Nous sommes malheureusement tous Charlie. » La Première ministre danoise, Helle Thorning-Schmidt, du parti social-démocrate, a déclaré devant le centre culturel criblé d’impacts de balles : « Ce n’est pas le Danemark que nous voulons, nous restons soudés, nous nous battrons toujours pour notre liberté d’expression et notre démocratie. »

La tradition danoise de la parole libre

Exprimer son opinion ou être dans la satire, cela fait partie de la culture danoise. Peut-être encore plus qu’ailleurs. « La presse avec des journaux d’opinion comme trykkefrihed.dk laisse une grande liberté à ses dessinateurs et à ses éditorialistes » confirme Jonas, étudiant à Copenhague, contacté par Buzzles. « L’humour est très provocateur ici, très satirique, les Danois sont parfois même dans l’excès aux yeux des étrangers. Caricaturer des religions, des membres de la famille royale, cela ne choque personne. » D’où la stupéfaction des Danois quand ils apprennent qu’un centre culturel, où se déroule un débat sur l’art et la liberté d’expression, a été la cible d’une attaque à l’arme de guerre. L’étudiant franco-danois évoque l’état de choc de ses proches après la double fusillade, mais aussi après les événements de début janvier à Paris : « J’ai vu réagir les Danois sur les réseaux sociaux, tous ont défendu Charlie Hebdo au nom de la libre expression. »

Jyllands-Posten

Les douze caricatures de Mahomet publiées en 2005 par le journal danois Jyllands Posten (Crédit Photo : Jyllands Posten)

Jyllands Posten : la liberté d’expression toujours en danger

Il faut se rappeler qu’en 2005, les premières caricatures de Mahomet à avoir déclenché la protestation d’une partie du monde musulman venaient d’un journal danois, le Jyllands Posten. Le quotidien avait publié douze caricatures du prophète, dont une montrant Mahomet portant un turban en forme de bombe. Charlie Hebdo avait publié ces dessins par solidarité avec les Danois. La presse danoise a rendu la pareille au journal satirique français après le 7 janvier 2015 en publiant les couvertures polémiques de Charlie. Mais pas Jyllands-Posten, ce que justifie Jorgen Mikkelsen, le rédacteur en chef du journal : « Il serait complètement irresponsable de publier de nouvelles caricatures du prophète, notre journal a une responsabilité envers ses employés. La liberté d’expression est plus que jamais menacée. »

Nicolas Faure