Réforme du permis de conduire : les auto-écoles disent « non »

La réforme du permis de conduire lancée par la loi Macron suscite l’incompréhension des moniteurs d’auto-école. Ceux-ci s’indignent d’une sécurité routière et d’une profession bafouées.

Photo - Auto-eÌ-coles manifestation (1)

Les auto-écoles se sont mobilisées contre le projet de loi d’Emmanuel Macron dans plusieurs villes de France, dont Paris, Bordeaux et Marseille. (Crédit photo : AFP – France 3 Provence-Alpes)

La loi Macron, c’est « la mise à mort injuste des auto-écoles ». C’est en ces termes que l’Union nationale des indépendants de la conduite (UNIC), syndicat des moniteurs d’auto-école, qualifie dans un communiqué la réforme du permis de conduire. Destinée à réduire les coûts de l’examen et à raccourcir les délais d’attente, la réforme engagée par la loi Macron soulève le mécontentement des auto-écoles et de leurs représentants. Dans un courrier adressé au ministre de l’Economie Emmanuel Macron, l’UNIC dénonce une réforme « de la filière de l’apprentissage » absurde puisque éloignée de « toute réalité de terrain ». La réforme du permis de conduire crispe les relations entre les moniteurs d’auto-école et le ministre. Voici les mesures qui figurent parmi les principaux points d’achoppement :

· Supprimer le seuil minimal de vingt heures de conduite.

· Permettre à des agents publics tels que les postiers, après formation et habilitation, à faire passer le permis de conduire aux candidats.

· Evaluer le besoin de formation des élèves via Internet.

· Permettre la location de voitures à double commandes afin notamment que les parents puissent former leurs enfants à la conduite.

· L’absence de dialogue préalable entre les auto-écoles et la commission spéciale de l’Assemblée nationale.

La réforme du permis de conduire « va à l’encontre de la sécurité routière et de l’emploi », dénonce Cédric Tortorici, directeur de l’Auto-Ecole du Cannet (06). La location de voiture à double commandes, cela revient « à voler notre travail », explique-t-il. « C’est comme si vous demandiez à un boulanger de vous donner la recette de son pain et dès que vous l’avez, vous ne revenez plus acheter le pain chez lui », résume Cédric Tortorici. Directrice de l’Auto-Ecole La Bocca à Cannes, Valérie Laparde s’inquiète d’une telle mesure sur la sécurité routière : « Il faut une formation pour assurer la sécurité à l’intérieur d’une voiture, qu’un papa ou une maman n’ont pas ». Ayant entendu les craintes des auto-écoles, le député socialiste Gilles Savary, rapporteur du projet, envisage néanmoins de « revenir en arrière » sur cette mesure. Passer son permis de conduire avec un postier, une perspective qui est loin de séduire les moniteurs. Pour Cédric Tortorici, « Les facteurs n’ont rien à faire dans la sécurité routière. Si les moniteurs d’auto-école avaient une filière possible pour pouvoir passer le concours d’inspecteur, cela éviterait de faire appel à des personnes extérieures.»

Les moniteurs d’auto-école, les « bêtes noires » du moment

Quelque 90% des Français estiment que le permis de conduire coûte trop cher, selon un sondage de l’Institut CSA pour Ornikar. Les moniteurs d’auto-école « sont un peu les bêtes noires en ce moment », déplore Cédric Tortorici. « Il nous reste deux à trois euros une fois que l’on a déduit toutes nos charges et que l’on a payé nos employés. Si nous étions riches, ça se saurait ! », explique-t-il. L’un des principaux objectifs de la loi Macron est l’abaissement du coût du permis de conduire, estimé par le ministère de l’Economie et des Finances à une moyenne de 1600 euros. En ce sens, la réforme du permis de conduire propose la suppression d’un seuil minimum d’heures de conduite effectuées par les candidats avant l’examen. Un palier généralement fixé à vingt heures. La réforme pointe ainsi du doigt les dérives de tarification des prestations, une fois le forfait de vingt heures épuisé. Trente-cinq heures de formation sont en moyenne nécessaires à chaque apprenti conducteur.

Si Gilles Savary s’est dit « ouvert au rétablissement du forfait de vingt heures », rien ne garantit que la mesure soit à terme retirée de la réforme. Des élèves qui ne sont pas prêts à passer le permis de conduire, constituant un danger pour la sécurité routière, tel est le risque de l’abolition du forfait, vivement critiquée par les responsables d’auto-écoles. Pour faire baisser le prix du permis, les moniteurs proposent d’autres alternatives. « Certaines mairies aident les élèves à hauteur de 250 ou 500 euros. D’autres aussi lorsqu’un lycéen obtient une mention au bac. Pourquoi ne pas proposer plus d’aides ? », suggère Valérie Laparde : « Cela fait des années qu’on attend la mise en application d’une loi qui a été votée pour dématérialiser les papiers [administratifs]. Pouvoir les envoyer à la préfecture par Internet, cela nous ferait très certainement baisser les coûts », ajoute-t-elle. De son côté, Cédric Tortorici propose de baisser le taux de TVA de 20% imposé aux auto-écoles : « Pourquoi ne pas baisser la TVA à 5,5% ? Cela réduirait énormément le coût du permis ». Un coup de pouce de l’Etat et des collectivités territoriales aux auto-écoles, l’appel n’est pas fortuit : « Pour baisser le coût du permis de conduire c’est compliqué, on est déjà serré au niveau des tarifs. Il y a des frais de gestion, de personnel, des outils pédagogiques et des salles de code qui justifient son prix », nous explique Cédric Tortorici.

Par un recours à l’article 49-3 de la Constitution, Manuel Valls a engagé, mardi 17 février, la responsabilité de son gouvernement sur la loi Macron. Le soir même, l’Union pour un mouvement populaire (UMP) et l’Union des démocrates et indépendants (UDI) ont déposé une motion de censure. Si la motion était adoptée par la majorité absolue des députés, le gouvernement Valls se verrait contraint de démissionner. Il entraînerait dans sa chute la loi Macron et sa réforme du permis de conduire. Un scenario peu probable, toutefois, au regard de l’échiquier politique du moment.

Les auto-écoles en opération escargot sur les routes de France

Alice Gobaud