La nouvelle dimension de la mode masculine

La mode masculine connaît depuis plusieurs années une expansion considérable. Du sursaut des marques de prêt-à-porter à l’investiture de silhouettes masculines sur les podiums de la haute-couture, on assiste de plus en plus à une démocratisation de la mode pour hommes.

Du 13 au 16 juillet prochain, New York organisera pour la première fois une fashion week dédiée aux hommes. L’événement s’inscrit dans le processus de développement de la mode masculine ces dernières années. Milan, Paris, puis Londres à partir de 2012, accueillent chaque année les maisons de haute-couture et le prêt-à-porter masculin. Longtemps réservé à la femme, cet univers développe aujourd’hui une interaction considérable, entre l’homme moderne qui prend soin de son image, qui se veut sophistiqué, et les grandes maisons qui ont bien compris l’enjeu de ce nouveau marché. Selon une étude du cabinet de consultants Bain & Company, la mode masculine représentait en 2012 près de 40% du marché du luxe, soit 180 milliards d’euros, avec un taux de croissance doublement supérieur au secteur féminin. « Si les hommes s’habillent plus, s’habillent mieux, c’est aussi parce que l’offre a évolué avec eux » explique Jérémy, rédacteur sur le blog de mode bw-yw.com. Selon lui, le panorama stylistique s’est considérablement élargi, notamment grâce au cinéma, aux séries, à Internet, et pousse l’homme à chercher, à perfectionner son style vestimentaire.

Cette tendance a fait fleurir sur la toile de nombreux sites et blogs, parmi lesquels BonneGueule et CommeUnCamion, qui est le 11ème blog de mode le plus lu en France, et qui enregistre près de 400 000 lecteurs par mois. « Nous sommes là pour faire prendre conscience à l’homme que le style est une belle aventure, qu’il y a une véritable culture et une histoire derrière le vêtement » confiait Jérémy à Buzzles. En effet, l’intérêt pour la mode chez l’homme existe depuis longtemps, mais ne s’est démocratisé que très récemment. Déjà durant les Trente Glorieuses, le workwear et les jeans faisaient sensation auprès de la gente masculine, et les classes aisées faisaient attention aux couleurs et aux formes des vêtements. Aujourd’hui, on retrouve parmi les tendances des styles rétro du XXème siècle, comme le style « dandy ». Un terme péjoratif après-guerre, car désignant des hommes qui prenaient trop soin de leur tenue.

Rudolph Valentino dandy

Le dandy des années 20, incarné ici par l’acteur italien Rudolph Valentino (crédit photo : D.R.)

Quand les genres se croisent...

Désormais, la figure masculine est définitivement ancrée dans le monde de la mode. Elle casse même les genres, lorsque viennent le tour des défilés de Rick Owens ou d’Yves Saint-Laurent. Les deux maisons présentent des mannequins au look androgyne et au visage juvénile. La jupe est désormais portée par les hommes dans les grands défilés. Une libéralisation de la mode à l’extrême, qui a débuté dans les années 60, années pendant lesquelles les hommes voulaient revendiquer une liberté vestimentaire totale, en réponse au mouvement de libération des femmes selon Gérald Cohen, auteur de La Mode comme observatoire du monde qui change. En réalité, la féminisation du look masculin n’est pas récente, mais a mis du temps à rentrer dans les mœurs. L’exemple le plus parlant reste encore la coupe slim-skinny des pantalons de chez Saint-Laurent dans les années 2000. Hedi Slimane, directeur artistique de la maison parisienne, avait calqué ce style longiligne sur la silhouette masculine en s’inspirant de l’univers underground berlinois du début de millénaire. Après un accueil mitigé lors de son lancement, le jean skinny avait finalement été accepté quelques années plus tard, si bien qu’aujourd’hui, il est au centre des politiques commerciales des plus grandes chaînes vestimentaires.

Skinny Saint Laurent

Le pantalon « skinny » d’Yves Saint-Laurent (crédit photo : Gamma-Rapho)

L’impulsion de cette démocratisation a été grandement favorisée par des célébrités comme David Beckham, qui n’ont pas hésité à jouer de leur image pour insuffler un renouveau dans le monde de la mode et le rendre ainsi autant accessible aux hommes qu’aux femmes. Depuis, les médias ont surfé sur cette nouvelle dimension, en lançant des titres de presse dédiés à l’homme, parmi lesquels GQ, Vogue Homme, ou encore Esquire. « Notre but, c’est aussi d’éduquer le consommateur, de lui donner des informations sur la matière d’un vêtement, où elle est produite et donc quel est son juste prix » nous explique Jérémy. Un terrain de jeu considérable pour la nouvelle figure masculine.

Antonin Deslandes