Le jeu vu par un designer

Dans le milieu du jeu, Ian Parovel est ce que l’on appelle un directeur artistique. Peu mis en avant, ce poste est pourtant central. Ian Parovel revient sur son parcours et sur la situation du jeu de société. Rencontre.

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Ian Parovel (à gauche) en compagnie de Emmanuel Beltrando (à droite), l’éditeur de Minivilles (crédit photo: Lhadi Messaouden)

« Je fais ça depuis bientôt 9 ans », constate Ian Parovel. Pourtant, être designer n’était pas son premier choix de carrière. Ian Parovel travaillait pour l’un des 38 studios d’animation parisien. « J’étais directeur artistique et je bossais sur plusieurs séries animées, notamment Podcats, se souvient-il. « Après que mon studio ait été fermé avec une vingtaine d’autres, je me suis lancé dans le jeu grâce à Emmanuel Beltrando, le directeur des éditions Monster Games Asia », raconte le jeune homme de 32 ans.

Une année pleine de réussite

Depuis, son quotidien consiste à réaliser, imaginer et adapter des jeux. « Mon rôle se rapproche de celui que j’avais en tant que directeur artistique. Je n’aide pas à la conception d’une série mais à celle d’un jeu. Je participe aux différents réglages du jeu », détaille le designer. En 2014, Ian Parovel a participé à la création de 4 titres dont Deus, Minivilles et Colt Express. Les trois jeux ont été sélectionnés pour l’As d’Or-Jeu de l’année et Colt Express est reparti avec le prix. « L’année a été très chargée mais je suis heureux du succès de ces jeux. Et avant tout, je suis heureux du succès de mes amis », explique-t-il. Bien que freelance, Ian est en mesure de travailler avec les gens de son choix. Selon lui, il est préférable de bosser « avec des gens que l’on apprécie » et qui ont besoin « d’un avis extérieur pour finaliser un projet ».

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Deus est l’un des trois jeux sur lesquels a travaillé Ian Parovel (crédit photo : Lhadi Messaouden)

Un marché en évolution

Alors que la crise économique frappe tous les secteurs d’activité, le jeu de société est en bonne santé. Avec plus de 1000 jeux édités en France en 2014, le marché augmente de 10% par an. « Les jeux s’adressent de plus en plus au grand public maintenant », analyse le jeune homme. Pour lui, le jeu souffrait auparavant d’un manque d’originalité avec des dispositifs trop souvent « imposants, longs et parfois compliqués » pour les joueurs occasionnels. Désormais, les jeux sont plus accessibles et disposent de règles plus simples à assimiler. A l’instar de Nintendo avec la Wii, le jeu de société se simplifie et se démocratise. Un jeu comme Splendor, que nous avons testé pour vous, en est le parfait exemple.

Selon Ian Parovel, cette tendance viendrait tout droit de l’Asie. « Beaucoup d’asiatiques vivent dans de petits appartements. Ils n’ont pas la place d’avoir des plateaux de jeu immenses. Leurs jeux ne sont pas encombrants », raconte Ian qui voyage régulièrement en Asie. On peut aussi expliquer cette transformation de l’industrie du jeu par le fait que les joueurs ont moins de temps à consacrer à leurs loisirs.  Les jeux se sont donc adaptés. Pour autant, les jeux de société s’adressant aux « hardcore gamers » sont toujours présents. « Il y aura toujours des gros titres, c’est évident. Mais désormais, il y en aura aussi pour tous les types de public », conclut Ian. Avec plus d’acheteurs potentiels, le jeu de société a sans nul doute de beaux jours devant lui.

Lhadi Messaouden