Le Palais des Festivals : une salle de jeux géante

400 exposants étaient réunis ce week-end au Palais des festivals de Cannes pour faire… jouer le public. La 29e édition du Festival international des jeux a rencontré un franc-succès.

Le monde du jeu s’est donné rendez-vous au Palais des festivals de Cannes. Du 27 février au 1ER mars se tenait la 29e édition du Festival international des jeux, un rendez-vous incontournable pour les passionnés, petits et grands. C’est d’ailleurs plus de 150 000 personnes qui ont fait le déplacement pour aller à la rencontre des 400 exposants et vendeurs, avec un seul objectif en tête : découvrir de nouveaux jeux.

Un public hétérogène

Ici, pas de profil type. Les familles côtoient des fans de jeux vidéo, des adolescents ou encore des « vétérans ». Michel, 72 ans, fait partie de cette dernière catégorie. Il vient à chaque Festival depuis sa création en 1988. « Je suis à la retraite depuis quelques années, alors maintenant j’ai encore plus de temps pour jouer,  que ce soit avec mes amis ou mon petit-fils de 7 ans, à qui je transmets peu à peu le virus. » S’il apprécie autant ce salon, c’est principalement pour la proximité qu’il est possible d’avoir avec certains auteurs, souvent des concepteurs de petits jeux encore peu connus. C’est le cas d’Eddy Laval. Il est venu de la région parisienne, où il est professeur de lycée, pour présenter sa première création « Ou pas, houpa », un petit jeu d’ambiance sans prétention dans lequel il faut raconter une anecdote vécue ou inventée, suite à quoi les autres joueurs doivent deviner la véracité ou non de l’histoire. Le jeu est distribué depuis octobre dernier. 2 000 exemplaires se sont écoulés et pour son auteur c’est déjà une très bonne chose « Peu d’auteurs vivent de leurs jeux. Si j’ai créé celui-là c’est surtout pour l’expérience, parce que j’en avais envie. Je n’ai pas l’intention de faire fortune avec. Si je peux rembourser mon investissement, c’est déjà très bien. »

Son intérêt à être sur le salon ? Rencontrer un éditeur, prêt à distribuer le jeu, mais surtout le faire connaître auprès du grand public. Les visiteurs sont invités à prendre place autour de la table pour faire une partie et à échanger sur ce qui leur plaît ou non. Deux joueuses débriefent leur partie, et elles sont moyennement emballées : « C’est un bon concept, mais si l’on joue avec des amis, il y a de fortes chances pour qu’ils connaissent notre vie, et donc sachent si l’on raconte quelque chose de vrai ou non. » Eddy, lui, écoute chaque critique et les consigne précieusement pour améliorer son jeu.

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Eddy Laval a inventé un petit jeu d’ambiance, il le présente au public. (Crédit Photo : Cyrille Ardaud)

A quelques mètres de sa table d’auteur se tient un stand gigantesque de 700 m2. Impossible de le manquer avec ses couleurs vives. Asmodee, leader français du jeu de société (leur best-seller, « dobble », se vend à près d’un million d’exemplaires par an), a payé le prix fort –plusieurs milliers d’euros- pour pouvoir présenter ses nombreux jeux au public. Ici, pas question de vendre des boîtes, mais juste de jouer. Des animateurs sont d’ailleurs présents pour attirer la foule et leur proposer une partie. « On ne vend rien sur notre stand, nous sommes là seulement pour présenter nos produits. Les visiteurs se souviendront ensuite de nous lorsqu’ils seront sur les stands des vendeurs ou lorsqu’ils feront leurs courses », nous confie le responsable du stand.

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Le stand de l’éditeur Asmodee. Plus de 700 m2 pour découvrir ses produits. (Crédit Photo : Cyrille Ardaud)

Car éditeurs et joueurs ne sont pas les seuls à avoir répondu présent. De nombreuses boutiques spécialisées ont installé leurs étalages pour vendre tout type de jeux, dont certaines boîtes assez rares. Le panier moyen s’élève à une cinquantaine d’euros, parfois beaucoup  plus comme pour Thomas, Gaëlle et leurs deux enfants, qui ont fait le déplacement depuis Valbonne. Ils ne repartent pas les mains vides puisqu’ils ont acheté six boîtes. Prix total, 200 euros.

Un festival loin d’être réservé aux jeux traditionnels

Les jeux de société ne sont pas les seuls à avoir leur place sur le Festival. Toutes les formes y sont représentées, et notamment le jeu vidéo. De nombreux gamers se sont donné rendez-vous pour assister aux tournois, découvrir des jeux indépendants dans l’espace dédié, ou encore jouer aux nombreuses consoles qui sont en accès libre. C’est le cas de Benjamin, qui a amené son fils au Festival, mais ce n’est pas que pour ce dernier qu’il est venu : « J’adore les jeux vidéo. Je suis là pour mon fils mais aussi pour jouer. Il y a quelques consoles rétros sur lesquelles je jouais quand j’étais plus jeune, donc forcément ça me fait plaisir de refaire une partie. »

Jean Rossat, lui, possède son stand un peu à l’écart de l’agitation. Sa passion, ce n’est ni les jeux vidéo ni les jeux de société, mais les mots-croisés. Il est verbicruciste de profession : il invente des grilles pour de nombreux journaux. Plus de 25 ans de métier et toujours le même plaisir. « J’ai toujours aimé jouer aux mot-croisés. Quand j’ai perdu mon emploi dans les années 1980, j’ai décidé de consacrer ma vie à ma passion. Depuis c’est devenu mon travail à plein temps, et je ne regrette rien » nous explique ce sexagénaire qui cherche avant tout à raconter des histoires dans ses grilles « Je commence par trouver un thème, une idée qui me plaît. Et puis j’imagine un récit autour de ce sujet. L’histoire, je l’écris ensuite dans une grille. C’est un exercice de style ! » Présent sur le salon pour  la seconde fois, il avait l’intention de rencontrer des passionnés comme lui, mais également des structures intéressées pour l’organisation d’évènements autour de ces fameuses grilles. Pour lui, c’est un pari réussi.

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Jean Rostat, verbicruciste de profession, invente une nouvelle grille. (Crédit Photo : Cyrille Ardaud)

« Lorsque quelqu’un confond Kapla et TomTect, il doit donner dix euros »

Si vous demandez aux moins de 10 ans quel est leur espace préféré, ils vous répondront sans aucun doute la zone « jeux de construction ».

Les marques Playmobile, Lego, ou encore Duplo, étaient présentes au Festival international des jeux pour présenter leurs produits à des enfants émerveillés.

La marque Kapla, un jeu de construction néerlandais composé de petites planchettes de bois à empiler, propose aux visiteurs de défier les lois de la physique en réalisant des structures instables : ceux qui le réussissent gagnent quelques pièces du célèbre jeu, histoire de s’entraîner à la maison. Forcément, la foule se presse.

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Sur le stand Kapla, la marque expose de nombreux modèles impressionnant comme cette Tour Eiffel. (Crédit Photo : Cyrille Ardaud)

Non loin de là est exposé le jeu TomTect, la nouvelle création de Tom Van der Bruggen, l’inventeur des Kaplas. Le principe est très similaire, à la différence près que de petites pinces en plastique permettent de tenir les planchettes entre elles : moins rageant (mais moins excitant !)

« Beaucoup de gens confondent les deux jeux. Dans nos bureaux de Monaco à chaque fois que quelqu’un les confond il doit donner 10€ pour payer les déjeuners. On mange plutôt bien » nous confie discrètement celui qui a inventé les Kaplas alors qu’il rénovait un château dans les années 1970 et n’arrivait pas à faire de maquette avec des cubes.

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Tom Van Bruggen, inventeur du Kapla, présente son nouveau jeu de construction. (Crédit Photo : Cyrille Ardaud)

Le Festival est un franc succès. A la sortie, les enfants sont comblés et les adultes aussi, heureux  d’avoir pu, l’espace de quelques heures, retomber en enfance.

Cyrille Ardaud