FIP : la pépite de Radio France à sauvegarder

A Radio France, les problèmes s’accumulent. Après  Mouv’, c’est au tour de Fip de se retrouver au cœur des discussions de la Maison Ronde.

Photo illustration dessin FIP sauvegarde

Photo illustration dessin FIP sauvegarde. (Crédit photo : Jean-Philippe Vella)

On se souvient du tollé qu’avait provoqué le nouveau directeur du Mouv’, Bruno Laforestrie, alors élu par le Président Directeur Général de Radio France, Mathieu Gallet, à sa tête il y a tout juste un an. Le Mouv’, alors source inconditionnelle d’émissions variées (« Pop Corn », « Allo la Planète », « Le Point G »), faisait pâle figure à l’annonce d’un plan de restructuration de la station radio en juin dernier. Une annonce qui n’est toujours pas passée auprès des fidèles auditeurs de la radio. Par dépit ou par colère, des fidèles se sont tournés vers Fip, la dernière « pépite éclectique de Radio France ».

 Mais voilà que trois jours avant la rentrée et l’énième redémarrage de Mouv’ qui stagne à 200 000 auditeurs, Mathieu Gallet et Anne Sérode, directrice de Fip, faisaient planer le doute sur une des rares stations alternatives françaises. Fip est une radio écoutée par plus de 250 000 auditeurs en Ile-de-France (d’après une enquête Médiamétrie septembre – décembre 2014) malgré un nombre de fréquences relais trois fois moins important que Mouv’. « Un exploit qui tient en soi », selon Philippe Guihéneuf, à l’initiative d’un mouvement de contestation sur les réseaux sociaux « FIP Toujours ! ».

 « FIP est une pépite à la marge. »

 Après le déficit de 21,3 millions d’euros annoncé pour cette année (pour cause de coûts de travaux de rénovation sous-estimés), Mathieu Gallet pourrait-il débrancher Fip pour faire des économies ? Déjà en décembre, il avait déclaré dans Paris Match que « Mouv’ comme Fip ne représentent pas grand-chose en terme de réseaux, mais elles sont utiles pour notre développement. Le Mouv’, c’est 32 fréquences, et Fip, dix. Mais si nous n’avons plus d’argent, que faisons-nous ? ». « Qu’ils trouvent des fonds ailleurs ! » s’exclame Philippe en cours d’interview.

 FIP, une histoire de turbulences

 La station la moins populaire de la Maison de la radio est aussi celle qui connaît, depuis sa création, les plus grandes turbulences. A plusieurs reprises, des rumeurs sur une hypothétique fermeture ont circulé avec virulence et acharnement. C’est véritablement à partir de l’année 2000 que Radio France se met peu à peu à gratter la peinture de Fip : le directeur de la radio souhaite alors développer les antennes locales, et le plan « Bleu » est voté. Une vingtaine de stations estampillées France Bleu voient le jour en région et remplacent les locales de Fip : à Lille, Nice, Marseille et à Metz. « Une décapitation » selon Phillippe Guihéneuf.

Seulement voilà, Fip fonctionne depuis une quinzaine d’années avec une roue en moins : « La force de FIP c’est les locales. Je m’informe avec Fip sur l’actualité locale et je mets Fip toute la journée pour la programmation musicale. Je sors grâce à Fip et son agenda culturel local ». Aujourd’hui dans de nombreuses régions, les auditeurs doivent faire avec l’antenne nationale, celle de Paris. Restent encore trois antennes au réseau : Nantes, Bordeaux et Strasbourg, où les auditeurs étaient venus en masse manifester pour les sauvegarder. « Difficile de faire moins » réplique Phillipe.

Très suivie, la grève des syndicats des journalistes de Radio France du 11 février dernier, rappelait à quel point la radio est dans le flou concernant les décisions économiques à prendre. Les discussions battent leur plein au sein de la Maison de la radio sur les prochaines coupes budgétaires réalisées avec un plan de reprise d’ « au moins deux ans ». Les Echos annoncent qu’il s’agirait probablement d’une centaine de départs volontaires à la rentrée 2015. « Je ne veux pas crier au feu quand il n’y en a pas. Si j’ai créé « FIP Toujours ! », c’est avant tout de la prévention » rappelle le fondateur de ce mouvement en faveur de FIP.

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Une pétition circule de manière virale sur le web : c’est celle de Fip. (Crédit photo : capture d’écran de change.org)

Mais les auditeurs n’attendent pas la sentence, là encore comme il y a quinze ans. Phillipe Guihéneuf a lancé une pétition de sauvegarde de la radio Fip sur le site change.org. Dès la première semaine, plus de 8 000 signataires se raccordaient à la cause. Parmi eux, des intermittents, des journalistes, des artistes : Oxmo Puccino, Orange Blossom et Jeanne Balibar pour les plus illustres d’entre eux.

 FIP relaxée

Succès de la pétition ou culpabilité ? Trois semaines après sa mise en ligne et quelque 15 000 signatures obtenues, Anne Sérode envoyait un tweet et un mail au créateur de la pétition, en lui assurant une nouvelle fois que Fip ne serait pas touché par le prochain plan économique mis en place par Mathieu Gallet. Une victoire pour Phillipe Guihéneuf qui reste tout de même méfiant : « Cela peut être stratégique. »

Contactée par Buzzles, la locale de Fip Nantes explique : « On n’a pas d’indication ni de mesure à prendre. On suit les évènements de près mais l’équipe reste quand même dans le flou ». Idem pour les deux autres locales.

Compte tenu de la nouvelle, Philippe Guihéneuf appelle toutefois à la vigilance : « C’est une première partie de gagnée mais on n’est pas fixé sur le sort des locales ». Et c’est sur ce dernier sujet que le créateur de la pétition souhaite travailler. En qualité de fidèle auditeur, il fera parvenir à Mathieu Gallet sa volonté de créer une association d’auditeurs spécifique. « FIP représente 1,7% du budget de Radio France. En termes de qualité de programme, c’est un avantage apporté à Radio France » explique le fondateur des « Indignés du PAF » qui se rallie à une autre cause.

Quand même rassuré, il annonçait la semaine dernière sur les réseaux sociaux qu’il souhaite à l’avenir créer « un collectif d’auditeurs de FIP à échelle nationale ». Et ce, « pour suggérer et discuter des idées pour le développement de la station ».

Passer de « Fip Toujours » à « Fip Partout », voilà le nouvel objectif. L’idée ? Avant tout développer le réseau Fip. « Avec l’association que nous créerons, on déposera le projet de revenir à huit antennes locales et de réhabiliter celles qui ont fermé dans les grandes métropoles françaises. » Une affaire qui s’annonce d’autant plus difficile avec le déficit annoncé. Et de surcroît en région où France Bleu et Fip pourraient se faire de l’ombre mutuellement.

Prochain rendez-vous le 10 mars, date à laquelle le très attendu rapport de la Cour des comptes et de la direction de Radio France scellera au moins pour les deux années à venir, les choix stratégiques que devra prendre la première station de France.

 Lucile Moy