Huster au service de la culture

Francis Huster jouait L’Affrontement à Cannes, ce samedi 14 mars à 20h30. Avant cela il donnait une master class gratuite et ouverte à tous, dans un des salons de l’hôtel Carlton. Buzzles s’y est rendu pour vous.

davy à genoux

Davy Sardou et Francis Huster dans L’Affrontement (Crédit photo : blog.ticketac.com)

« Comment se fait-il que les animaux n’aient pas fait de théâtre ? », c’est sur cette interrogation que Francis Huster commence sa master class, devant une centaine de personnes, réunies dans le salon Californie du Carlton ce samedi après-midi. Les animaux « rient, parlent, font la guerre, construisent des maisons, ils ont une âme, ils sont même capables de se suicider », mais ils ne font pas de théâtre. Pourquoi n’ont-ils pas développé de pratiques culturelles ? La réponse de Francis Huster : les animaux ne se regardent pas, ils ne portent pas de jugement sur eux-mêmes, contrairement aux Hommes. « La raison du théâtre, c’est la traversée du miroir. » Huster distingue les pièces dites « miroir », des véritables chefs-d’œuvre : les pièces « miroir » sont celles dans lesquelles l’auteur met en scène sa vie, dans lesquelles le monde est représenté tel quel, « il n’y a aucun intérêt dans ce théâtre-là » selon lui.

L’intérêt de l’art, de la culture, c’est justement la traversée de ce miroir, il cite notamment Picasso qui peint comme il ressent le monde et non pas comme il est vraiment. L’art c’est la conscience de la vie, sa fin étant de laisser une trace de notre passage sur Terre. « Qu’est-ce qu’il reste des fourmis ? Qu’est-ce qu’il reste des lions ? Des tortues ? » Nous, les Hommes, avons traversé le miroir, nous avons créé des œuvres qui expriment quelque chose, qui entraînent des réactions, et surtout, qui font évoluer le monde. « Alors il faudrait peut-être qu’ils se la ramènent un peu moins, les animaux », s’amuse Huster.

L'AFFRONTEMENT (Steve SUISSA) 2013

Francis Huster joue un prêtre dans L’Affrontement, actuellement en tournée dans toute la France (Crédit photo : lefigaro.fr)

Après cette introduction, le comédien s’est attaqué à l’école, à l’enseignement en France, pourquoi si peu de culture ? Comment faire passer la culture, qui selon lui est essentielle ? Parce que les musées, les théâtres, ou les opéras, ce sont les seuls endroits où les jeunes peuvent encore poser des questions, et avoir des réponses. Pas de parent pour les surveiller, pas de professeur pour leur dire qu’on n’a pas le temps : ils peuvent évoluer, progresser, par eux-mêmes. Les jeunes ont besoin de la culture mais il n’y en a pas suffisamment à l’école, alors où peuvent-ils la trouver ? Devant la télévision ? Certainement pas : 400 matches de foot pour trois pièces de théâtre par an, selon Huster. Alors « il faudrait un miracle », pour que les jeunes se cultivent. D’après lui, il est déjà trop tard. Les plus âgés sont là pour laisser des empreintes, mais ils ne peuvent plus rien faire d’autre.

Francis Huster conclut ces deux heures de conférence par plusieurs anecdotes d’acteurs qu’il a rencontrés, de Marlène Dietrich à Jean Gabin, en passant par Arletty. Fidèle à lui-même, le comédien est très « hustérien », on ne l’arrête plus. Le public est passionné, s’esclaffe, et en redemande. Les fans seraient prêts à l’écouter toute la journée. A la fin des deux heures, l’organisateur de la master class l’interrompt, et les applaudissements fusent, standing ovation. Une file se forme et chacun attend son tour pour prendre une photo avec l’acteur ou demander un autographe, le public est ravi. Francis Huster est un puits de science et partage sa culture avec énormément de générosité.

Après la théorie, la pratique

Affiche Affrontement

L’affiche de L’Affrontement / (Crédit photo : sceneweb.fr)

A 20h30, rendez-vous au théâtre de la Croisette, pour la représentation cannoise de L’Affrontement. Cette pièce américaine de Bill Davis a déjà été jouée par Francis Lalanne et Jean Piat, et a reçu quatre Molières. Elle est maintenant interprétée par Francis Huster et Davy Sardou, qui la joueront 90 fois à travers toute la France. Dans L’Affrontement, un prêtre confirmé et adoré par ses paroissiens, incarné par Francis Huster, tente d’enseigner la diplomatie et l’art du sermon à un séminariste révolté interprété par Davy Sardou. Ce séminariste s’oppose à ses supérieurs, tous en désaccord avec ses idées : il n’hésite pas à donner son avis tranché sur le mariage des prêtres, le droit aux femmes d’accéder au sacerdoce, ou à deux hommes de s’aimer, ce qui lui attire quelques ennuis. Malgré leurs divergences d’opinions, le prêtre chevronné qu’incarne Huster finit par s’attacher à ce jeune séminariste. Une pièce très drôle : les rires éclatent dès les deux premières minutes de jeu. Huster met en pratique cette « traversée du miroir » qu’il évoquait plus tôt dans l’après-midi. Une mise en pratique réussie : Davy Sardou et Francis Huster auront contribué à cette empreinte que les Hommes laisseront sur Terre.

Pour retrouver toutes les dates de tournée de L’Affrontement, cliquez ici.

Emilie Unternehr