Faut-il rendre le vote obligatoire?

A l’approche des élections départementales du 22 mars prochain, le débat sur le vote obligatoire est relancé. Les études prévoient un niveau d’abstention record, ce qui intensifie les échanges. Mais la classe politique est divisée.

57% des électeurs n’auraient pas l’intention d’aller voter le 22 mars prochain. C’est ce que révèle une enquête de l’Ifop réalisée pour Sud Ouest Dimanche. Un tel taux d’abstention ne pouvait que relancer le débat sur le vote obligatoire. François de Rugy, coprésident du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, a même annoncé qu’il déposerait cette semaine une proposition de loi sur le sujet, pour faire baisser l’abstention. A l’heure actuelle, en France, seules les élections sénatoriales sanctionnent l’abstention, d’une amende d’une centaine d’euros. Un scrutin un peu spécial, puisque seuls les représentants locaux (appelés grands électeurs) sont amenés à participer.

Un modèle déjà adopté dans certains pays

Dans certains pays, le vote est une pratique obligatoire, et tout manquement peut être durement sanctionné. Un tour d’horizon de ces Etats a été publié par le quotidien Le Figaro. En Europe, six pays ont adopté ce modèle : la Belgique, la Grèce, le Danemark, le Lichtenstein, Chypre et le Luxembourg. Le modèle belge est d’ailleurs le plus ancien, puisque le vote est obligatoire depuis 1893. Et le résultat est imposant : plus de 90% de participation. Dans ces pays, le vote est considéré comme un devoir et non comme un droit, et des sanctions importantes peuvent être appliquées. Un autre exemple souvent repris par les médias est celui de l’Australie, où le vote est obligatoire depuis 1924. Citons enfin le Brésil qui, depuis 1932, applique des sanctions administratives importantes aux citoyens qui ne votent pas. L’Italie, quant à elle, est le seul pays à s’être séparé du droit de vote obligatoire, cette mesure ayant été retirée en 1993.

En France, des divergences d’opinion dans la classe politique

C’est un fait indéniable. Les pays qui ont adopté le vote obligatoire voient leur taux de participation grimper en flèche. Pourtant, une telle mesure ne fait pas l’unanimité. On peut notamment s’interroger sur ses effets possibles. Une piste de réponse est apportée par le dossier des Décodeurs sur lemonde.fr : « Le vote obligatoire changerait-il quelque chose ?». Stéphane Le Foll, Ministre de l’agriculture et porte-parole du gouvernement, a déclaré lors d’une interview à BFM TV qu’il n’était « personnellement pas favorable » à l’instauration du vote obligatoire, non sans ironiser : «Rendre le vote obligatoire lorsqu’on n’est pas capable nous, et je pense en particulier aux Verts, de s’unir et de rendre obligatoire l’idée toute simple, (…) de commencer par se rassembler.»

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« Stéphane Le Foll a affirmé « ne pas être favorable au vote obligatoire » au micro de BFM TV. (Crédit photo: bfmtv.com)

Marine Le Pen, présidente du Front national, a glissé ne pas être choquée par l’idée d’un vote obligatoire : « Moi ça ne me choquerait pas, parce que je pense qu’il est fondamental que chaque Français soit conscient que le vote détermine son quotidien, détermine son avenir » a-t-elle affirmé au micro d’Europe 1. Si la classe politique est divisée sur la question, certains chercheurs estiment qu’il s’agit d’un vrai débat. Lors d’une interview accordée à 20 minutes, Michel Hasting, professeur de sciences politiques, estime que la question mérite d’être posée. Pour cause, les hommes politiques s’intéresseraient à un électorat plus large, notamment les catégories sociales précaires. Pour le spécialiste, « le vote obligatoire n’a jamais été créé pour répondre à une baisse de la participation. (…) Il ne faut pas donner l’impression de punir les électeurs ». En somme, il faudrait plutôt s’interroger sur l’essence du vote : est-ce un droit ou un devoir ?

Malgré les divergences d’opinion dans la classe politique sur le sujet, la question mérite d’être posée. Un tel projet de loi suscitera certainement un débat animé à l’Assemblée. Reste à savoir s’il sera mené pour les bonnes raisons.

Matthias Somm